Quelques enseignements à tirer de la vaccination.

le

Le vaccin russe EpiVacCorona.

La vaccination contre le Covid 19 est désormais la priorité numéro un, tant pour des raisons sanitaires et de santé que pour accélérer la sortie de crise. Beaucoup découvrent à cette occasion combien la logistique – matière peu noble en France, dans le civil comme dans le militaire, au contraire des Etats-Unis où elle constitue depuis des décennies un des socles de la puissance américaine – est primordiale. Et voici que plusieurs entreprises numériques dont le succès repose sur la logistique s’en mêlent. A peine arrivé à la Maison Blanche, Joe Biden s’est vu proposé par Amazon que ce dernier prenne pour partie en charge le volet logistique de la vaccination aux Etats-Unis. En France, Xavier Niel a proposé que le gouvernement s’appuie en la matière sur le savoir-faire de sites commerçants à succès.

Bien sûr, il faut savoir discerner les motivations des uns et des autres. Face à des autorités publiques visiblement pour partie dépassées, Amazon, en faisant cette proposition, n’est certainement pas dénué d’arrière-pensées. Certaines, d’ailleurs, ne sont pas forcément illégitimes s’il s’agit, par exemple, pour elle d’essayer de faire vacciner en priorité ses salariés.

Ce rapprochement numérique/vaccins pose des questions plus larges. Il pourrait permettre de mettre un peu de raison entre ceux qui d’un côté ne jurent que par le Net et ceux – ils ont le vent en poupe – qui prétendent sans nuance réduire celui-ci à un Far West sombre et violent, avec ses grands anti-héros, notamment américains.

Open data. 

D’abord oui, trois fois oui, le Net a un eu et aura rôle essentiel positif face à la pandémie. Dans le domaine éducatif, si l’enseignement en ligne (MOOC et passage du mode présentiel au distanciel pour de nombreuses formations) est loin d’être parfait, il permet de sauver une partie de l’enseignement pour des jeunes qui sont les victimes largement oubliées de la crise. Autre exemple, l’open data. Alors que les complotismes fleurissent, aidés parfois par les ratés des autorités, l’open data, en matière de répartition des doses de vaccins, est et sera un puissant outil de transparence et de mesure de l’efficacité administrative.

Ensuite, si la mondialisation immaîtrisée a des effets pervers, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. La rapidité avec laquelle le vaccin a été développé et sera inoculé est et restera une première dans l’histoire. Imaginons, en revanche, que l’on n’accepte que les solutions vaccinales purement nationales. Ne nous méprenons pas : une partie des grandes technologies, y compris médicales, se développe ailleurs qu’en France et en Europe. La Chine – elle vient de le confirmer dans son plan de développement, confrontée à un sujet majeur de vieillissement – s’est lancée dans mouvement au long cours qui vise à développer les meilleures thérapies contre le cancer. Depuis de nombreuses années déjà la santé est l’un des piliers des plans quinquennaux de Pékin. L’essentiel des centres de recherche privés et publics s’y développent à Schenzen. Viendra-t-il un jour où les Européens – évidemment les plus riches d’entre eux – iraient devoir se soigner en Chine ?

Si l’Europe a manqué cruellement de masques, ce n’est pas la seule erreur qu’elle a commise. Son incapacité à comprendre la révolution numérique explique combien elle court après ses erreurs, plutôt sans grand succès tant qu’elle s’ingénie à stigmatiser les réussites des autres plutôt qu’à faire retour sur ses propres limites

Tout ceci renvoie plus largement à l’indépendance stratégique et à l’accès aux technologies. A cet égard, il faut prendre garde à tenir les deux bouts de la chaîne. L’on voudrait que l’Europe soit la meilleure en tout. L’indépendance stratégique a certes été négligée. Mais il faut être pragmatique de deux manières.

D’abord en comprenant qu’il est extrêmement difficile – voire impossible – d’exceller en tout ; surtout avec des moyens limités. La question est plutôt celle des choix qu’il faut faire dans un univers aux ressources de plus en plus contraintes. A cet égard, si l’Europe a manqué cruellement de masques, ce n’est pas la seule erreur qu’elle a commise. Son incapacité à comprendre la révolution numérique explique combien elle court après ses erreurs, plutôt sans grand succès tant qu’elle s’ingénie à stigmatiser les réussites des autres plutôt qu’à faire retour sur ses propres limites.

Ensuite en utilisant les technologies pensées par les autres comme un levier d’Archimède plutôt qu’en les rejetant par principe. Pour rester dans le domaine de la santé, les chercheurs qui y participent doivent-ils renoncer au « health data hub » français sous prétexte qu’il utilise Microsoft? Faut-il que la licorne française Doctolib renonce à travailler avec un fournisseur de cloud, AWS, parce qu’il est américain ?

C’est dire, en définitive, que la question de la vaccination doit être un moment de réflexion sur nos erreurs et notre rapport au reste du monde. À cet égard, la technologie, si on sait l’utiliser, est bien la solution. Se fermer aux échanges, risquer de se couper des technologies que d’autres savent développer, ce n’est pas protéger les Européens. C’est faire le lit de leur déclassement. Souvenons-nous que le Japon a fait le choix au XVIIe siècle de se couper du monde. Cent-cinquante ans plus tard il se trouvait à la merci des puissances qui avaient fait le choix de l’ouverture, avec les conséquences que l’on connaît.

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, d’économistes, de chefs d’entreprise et de professeurs d’université.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.