Le monstre de la fausse tolérance.

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Alors que s’ouvre un débat essentiel sur l’inceste, sexualiser le corps d’enfants musulmans – via le voile – est accepté.

Abnousse Shalmani

Un voile peut être un asservissement, mais aussi un choix », nous dit Éric Dupond-Moretti, garde des Sceaux, alors que se pose la question du voilement des petites filles. Une enfant de 2 ans – ou de 6 ans, 8 ans, ou même de 10 ans – est donc capable de faire un choix. Et pas n’importe lequel : celui de se couvrir la tête et le corps pour ne pas provoquer ni exciter les hommes. Offrir une dînette à une fillette ou un camion de pompier à un petit garçon relève dorénavant de l’insupportable injonction patriarcale hétérosexuelle dominante ; visionner (*) Les Aristochats, Peter Pan ou La Belle et le Clochard vous transforme indiscutablement en un futur ennemi de l’humanité*, tendance suprémaciste blanc, mais il semble qu’une petite fille voilée représente le summum de l’épanouissement dans nos sociétés occidentales malades du cancer de la tolérance.

Poses outrées et avantageuses

À l’heure où s’ouvre un débat toujours indispensable sur l’inceste, à la suite de l’électrochoc du livre de Camille Kouchner, sexualiser le corps des enfants nés musulmans est accepté, défendu et applaudi.

Le mariage fertile de l’indignation continue et de la posture multiculturaliste dissimule la vérité, tandis que la réalité s’efface devant le monstre « tolérance » qu’il a enfanté. Même lorsqu’il s’agit de révéler les mécanismes qui enchaînent la victime d’inceste au silence et à l’isolement, on se concentre sur la question de la prescription alors qu’il s’agit de crever l’abcès familial. À quoi servirait donc de jeter la prescription par la fenêtre quand le temps efface les preuves, permettant au coupable de préparer une défense réduite à parole contre parole ? Alors que, depuis la nuit des temps, l’omerta familiale entretient la violence, protège le bourreau au nom de la sacro-sainte solidarité familiale, quelle que soit l’origine sociale, ethnique ou religieuse.

La complicité familiale autorise la pérennité de l’inceste, mais ce qui importe, visiblement, est non pas de mettre en place un espace sécurisé pour accueillir la parole des enfants et adolescents victimes, mais de prendre la pose outrée la plus avantageuse possible en pointant du doigt un certain milieu social, la libération sexuelle, le soleil du Midi, qu’importe, n’importe quoi qui efface la réalité brutale de l’inceste : partout, de tout temps, dans tous les milieux.

Sacrifiées sur l’autel du crime « racisé »

Quand le hashtag #MeToo est apparu, un scandale a éclaté au Royaume-Uni, qui n’a jamais été relayé par les néo-féministes, hypnotisées par la pudeur islamiste victimaire censée les protéger de l’ogre hétérosexuel blanc, source de toutes les injustices.

À Rochdale, plus de 47 adolescentes (blanches) ont été prostituées par une dizaine d’hommes britanniques d’origine pakistanaise. La police de Manchester s’est excusée pour n’avoir pas osé creuser l’enquête, de crainte de passer pour raciste. Folie des temps qui sacrifie des jeunes femmes violées et exploitées au prétexte de ne pas désigner les coupables d’origine – faussement « dominés ». La jeune Mila est abandonnée sur le même autel au nom d’un militantisme grossier qui pardonne le moindre crime à tout « racisé » sous prétexte de passé mal digéré, devenu source continue de combats anachroniques.

Le déterminisme valorisé et la liberté niée.

Le même silence accompagne les victimes de Tariq Ramadan ; le même aveuglement refuse le constat d’un Ismaël Saidi, ancien policier devenu dramaturge de talent, qui refuse les injonctions identitaires – « Alors oui, évidemment que la discrimination existe, je dis simplement que ce n’est pas une fatalité : lorsque l’ascenseur est en panne, on peut prendre l’escalier de secours. » Le même déni condamne des petites filles à considérer leurs corps comme le lieu du péché et de la honte, et à se recouvrir de noir pour complaire à la doxa religieuse sexiste qui n’est qu’une injonction sociale, née de la volonté de garder le contrôle d’une population outrageusement résumée à sa naissance.

Toutes ces folies, toutes ces approximations, toutes ces postures, tous ces interdits mal pensés au nom de « l’inclusivité », devenu l’autre nom de la censure, valorisent le déterminisme et nient la liberté. L’humain est réduit à l’état de victime perpétuelle, incapable de faire un choix, marionnette entre des mains invisibles.

Et vous savez quoi ? L’humain vaut mieux que ça.

(*) Allusion à la décision récente de la plateforme Disney+ de retirer ces dessins animés de son offre jeunesse pour les mettre à disposition dans l’espace « adultes », avec mot d’avertissement concernant un contenu censé être offensant pour les minorités.

Abnousse Shalmani, engagée contre l’obsession identitaire, est écrivain et journaliste.

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