À quoi sert la Haute Autorité de santé ?

le

Plus lente que ses homologues, la Haute Autorité de santé, cette « autorité administrative indépendante », est surtout… administrative.

Ce mardi, tout le monde attendait que la Haute Autorité de santé (HAS) rende son avis sur le vaccin AstraZeneca. À l’Assemblée nationale, le ministre de la Santé Olivier Véran l’annonçait fièrement pour 17 heures. Et en effet, le communiqué tombait en fin d’après-midi. Il s’alignait pour l’essentiel sur la position prise par l’autorité vaccinale allemande : pas recommandé pour les moins de 65 ans, en raison du manque de données.

Une telle chronologie interroge. L’Agence européenne des médicaments (EMA) a donné son feu vert à ce troisième vaccin vendredi 29 janvier. À cette date, les instances allemandes étaient déjà fin prêtes, puisqu’elles ont rendu un premier verdict jeudi 28 septembre et l’ont confirmé le lendemain. En France, il a fallu attendre quatre jours de plus pour obtenir le même résultat. Ce délai peut paraître infime, mais est-il bien raisonnable, alors que « nous sommes en guerre » contre le virus, engagés dans une « course contre la montre » ?

À chaque nouveau vaccin autorisé en Europe, le même scénario se reproduit. La HAS doit se prononcer. Fort bien. Mais imagine-t-on sérieusement qu’elle refuse d’autoriser un vaccin homologué dans tout le reste de l’Europe ? Elle doit aussi prodiguer des recommandations d’utilisation, dire pour qui et par qui les doses vont être administrées. Parfait. Mais n’est-il pas possible de ne pas attendre la décision européenne pour décider, au cas où elle serait positive, que les pharmaciens et les sages-femmes pourront procéder à des injections ? Ce ne sont pas les moyens qui manquent : cette institution, dotée d’un budget de 56 millions d’euros, ne compte pas moins de 425 collaborateurs.

Deux désaveux et un alignement…

La HAS est en vérité le symptôme d’un mal français maintes fois dénoncé, notamment dans des rapports parlementaires, et jamais guéri : l’inflation des autorités administratives indépendantes sur lesquelles le pouvoir a pris l’habitude de se défausser depuis des années, pour ensuite instrumentaliser sans vergogne ses décisions.

Autorité ? Deux récents épisodes conduisent à douter de la pertinence d’un tel substantif. Alors que la HAS s’arc-boutait sur sa décision de réserver les premières doses livrées par Pfizer aux résidents des Ehpad – tant pis s’ils étaient vaccinés au compte-gouttes ainsi qu’au personnel de ces établissements, le gouvernement a décidé d’ouvrir la vaccination aux soignants de plus de 50 ans. Puis, quelques semaines plus tard, le ministère de la Santé n’a pas voulu suivre sa suggestion d’espacer les deux injections de vaccin, mais a résolu de s’en tenir aux recommandations émises par les fabricants Pfizer et Moderna.

Indépendante ? Pour le vaccin AstraZeneca, la HAS s’est alignée fidèlement sur les propos tenus par Emmanuel Macron vendredi 29 janvier : « Ce que je peux vous dire officiellement, c’est que les premiers retours que nous avons ne sont pas aujourd’hui encourageants pour les plus de 60-65 ans sur AstraZeneca. » Était-il nécessaire d’attendre quatre jours pour traduire cette phrase en langage technoscientifique ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.