L’épidémie des médecins Tant-Pis…

le

Comme un écho à la fable de La Fontaine, certains médecins ne se résolvent pas au non-reconfinement immédiat. Au risque de faire de l’antijeu…

Paris, pendant le couvre-feu, le 18 janvier 2021.  

Dans son dernier spectacle – auquel les chanceux ont pu assister entre deux confinements –, Fabrice Luchini cite avec gourmandise un passage de Knock ou le triomphe de la médecine, la célèbre pièce de théâtre de Jules Romains. Le héros, interprété de manière inoubliable par Louis Jouvet, considère que « tout homme bien portant est un malade qui s’ignore ». Et, quand un confrère lui fait remarquer qu’il ne peut tout de même pas mettre tout un canton au lit, Knock répond : « Ça se discuterait. »

Certains médecins Tant-Pis, comme les a appelés La Fontaine dans une courte fable, rêvent quant à eux de remettre toute la France sous cloche, comme elle le fut entre la mi-mars et la mi-juin de l’an passé. Leur déception fut grande, vendredi soir dernier, quand Emmanuel Macron a fait annoncer par son Premier ministre que l’on pouvait encore se « donner une chance » d’éviter un troisième confinement.

Une chance ? Pour les médecins Tant-Pis, c’est au contraire une calamité, un crime de lèse-majesté sanitaire ! Certains n’ont pas su garder leur dépit pour eux, et brandissent à l’envi le « risque », voire l’impéritie, d’une telle décision. Comme si le pays avait besoin d’une dose d’anxiété supplémentaire.

La communication erratique de l’exécutif, durant toute la semaine dernière, avait certes alimenté leurs espoirs de boucler tout le monde à la maison. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, évoquait un « confinement serré ». Le ministre de la Santé, Olivier Véran, exposait pour sa part les ravages potentiels du « variant anglais », avant de préciser, trois jours plus tard, que sa propagation était beaucoup moins rapide qu’au Royaume-Uni.

Louis Jouvet jouant docteur Knock.

Confusion des genres

On peut considérer que chacun prêche pour sa paroisse. Les restaurateurs pour rallumer leurs fourneaux, les professionnels de la montagne pour remettre en route les remontées mécaniques, les médecins hospitaliers pour éviter la surchauffe. « On a tous une approche biaisée par là où on exerce », dit le Pr Éric Caumes sur BFM TV avec une lucidité qui l’honore. Toutefois, seuls les médecins sont désormais écoutés comme des oracles. Un positionnement qui devrait les inviter à une certaine retenue.

Nul ne sait, pour l’heure, si le président de la République va gagner son pari audacieux – et nous avec. Mais on ne peut pas à la fois reprocher au pouvoir d’infantiliser les Français, comme il l’a fait à maintes reprises, et se lamenter quand ce même pouvoir parie sur la responsabilité de chacun. Sauf à se livrer à une regrettable confusion des genres.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.