Culpabilité médiatique…

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Les identitaires qui ont attaqué le dessin de Xavier Gorce dans le Monde ont rappelé à la bonne conscience du quotidien du soir la seule règle qui vaille : la “victime” a toujours raison.

Xavier Gorce à Paris le 25 janvier 2021.

Cédant à la pression, le Monde a sacrifié son dessinateur Xavier Gorce, coupable d’un dessin ironique sur les minorités sexuelles. Dans le même ordre d’idée, le New York Times a renoncé, en 2019, aux dessins de presse parce qu’il s’était laissé aller à publier une caricature antisémite. Les deux événements sont les symptômes d’un même mal : une authentique perte de repères. Deux institutions de la presse occidentale, deux journaux progressistes qui ont formaté plusieurs générations de citoyens, semblent avoir perdu la boule. L’un n’est plus capable de reconnaître l’antisémitisme le plus grossier, l’autre se laisse culpabiliser par des fake sensibilités blessées.

« Le Monde et le New York Times recrutent un même type de journalistes : des individus décérébrés »

En France comme aux Etats-Unis, les médias sont aux prises avec une même perversion : des journalistes blancs progressistes en quête de rédemption morale s’autoflagellent pour complaire à des entrepreneurs identitaires (sexuels, islamistes ou indigénistes) qui tirent pouvoir d’une position de « victime » autoattribuée.

Le Monde et le New York Times recrutent un même type de journalistes : des individus décérébrés formatés à l’antiracisme de Sciences Po ou des grandes universités de l’Ivy League aux États-Unis. Les deux obéissent à une règle simple : la susceptibilité des « victimes » oblige à une moralisation de l’information.

« Une société blanche devenue compassionnelle et culpabilisée »

Dans White Guilt, un livre paru en 2006 (jamais traduit), Shelby Steele, senior fellow de la Hoover Institution, lui-même issu d’un mariage interracial, affirme que la « culpabilité blanche » et l’identitarisme noir ont déstructuré l’ensemble des institutions américaines. Shelby Steele explique que les violences noires qui ont surgi dans le courant des années 1960 ne sont pas nées de la ségrégation raciale. La violence a envahi les rues, explique-t-il, parce que les Noirs ont pris brusquement conscience de la faiblesse morale de l’oppresseur blanc. En démantelant un système ségrégationniste, la société américaine y a laissé sa bonne conscience. C’est ce qu’ont compris les Black Panthers hier et Black Lives Matter aujourd’hui. Ces mouvements n’ont jamais lutté contre les violences racistes; ils ont seulement exploité une société blanche devenue compassionnelle et culpabilisée.

La cancel culture, le décolonialisme qui affectent les universités, les partis politiques ou les médias américains affectent à l’identique les universités, les partis politiques ou les médias français. Les identitaires qui ont attaqué le dessin de Xavier Gorce ont rappelé à la bonne conscience du Monde la seule règle qui vaille : la “victime » a toujours raison.

Une culpabilité instrumentalisée et relayée dans les médias progressistes.

L’exploitation de la culpabilité des Occidentaux n’est pas une spécificité interne aux États-Unis ou à la France. Les Palestiniens exploitent la culpabilité des ex-puissances coloniales européennes ; les islamistes se posent en victimes de l’islamophobie occidentale, et les Algériens libres de toute colonisation depuis soixante ans font porter à l’ancienne métropole la responsabilité de leur échec économique et politique.

Les médias progressistes semblent ne pas comprendre le piège mental qui les ligote. Et leurs lecteurs avec eux. Il doit y avoir une jouissance masochiste là-dedans…

Yves Mamou est journaliste et essayiste.

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