Le Danger de rester au lit …

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Dans une nouvelle intitulée Le Danger de rester au lit, le génial Mark Twain racontait l’histoire d’un voyageur qui achète systématiquement des billets de train assortis d’une assurance en cas d’accident. Mais ne voyant aucun sinistre venir, du moins pour lui, il s’interroge sur le bien-fondé de cet investissement. Il effectue donc des calculs savants quant à la mortalité sur les lignes de chemin de fer, pour s’apercevoir que, par passager, le risque était minime. Alors que, dans le même temps, des milliers de gens mouraient dans leur lit… Il décide en conséquence d’acquérir un billet simple, ne réclamant, à la stupéfaction du guichetier, une assurance que pour le lendemain, jour durant lequel il ne compte pas voyager… « Le danger n’est pas dans le voyage en train, mais réside dans la confiance accordée à ces lits mortels », explique Twain. Jolie fable. Mais cet exercice littéraire sur le thème de l’absurde n’est, malgré les approximations mathématiques, pas si délirant. 

Principe de précaution. Prenons notre sujet d’aujourd’hui : les vaccins. La peur de ceux-ci est évidemment irrationnelle, la mortalité due à un vaccin ne dépassant jamais celle de la maladie qu’il est censé prévenir. Ce seraient donc plutôt les vaccinosceptiques qui auraient intérêt à prendre une assurance… Pourtant, Emmanuel Macron, par son insistance à préciser que les vaccins contre le Covid ne seraient pas obligatoires, et, plus généralement, par sa prudence dans le démarrage du processus, a donné du crédit aux marchands de frousse. On aurait pu attendre de sa part plus d’enthousiasme. Surtout qu’au milieu de la déprime ambiante ces progrès scientifiques spectaculaires sont plutôt revigorants. Ainsi l’essor de l’ARN messager, dont la particularité est de permettre de s’adapter dans un temps record à un nouveau virus ou variant, est particulièrement euphorisant. Au-delà même du coronavirus, les espoirs de cette technique dans sa version dite ARNi sont fabuleux (voir« Une nouvelle ère de la médecine »), notamment à propos du cancer ou encore des infarctus. Malgré tout cela, la priorité fut, en décembre dernier, de ménager les prophètes du passé et autres précautionnistes professionnels. La manière dont nous allons sortir de cette pandémie va-t-elle nous guérir de ce préjugé contre l’avenir ? Ce n’est pas certain. Le principe de précaution est entré dans la Constitution, il a surtout envahi les esprits. 

Le retour du gaz et du charbon. Dans un domaine différent mais connexe – l’environnement –, les mêmes forces sont à l’œuvre. Alors que le changement climatique est une question existentielle et urgente, certains pensent toujours que le danger, c’est le nucléaire… Barbara Pompili, notre ministre de la Transition écologique, a encore défendu mordicus, dimanche 24 janvier, l’engagement présidentiel de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité, contre plus de 70 % aujourd’hui (1). La conséquence de cette décision sera que l’on brûlera plus de gaz et de charbon pour produire de l’électricité, comme cela s’est produit en Allemagne, dont la décision d’abandonner le nucléaire se traduit par une grave régression écologique. Ce qui, visiblement, n’alarme pas Mme Pompili. Qu’importe la vérité, pourvu qu’on ait la posture. Dans la même émission, celle-ci vantait – à raison – les véhicules électriques. Mais si cela revient à rouler au charbon, à quoi bon ?

Le dogme inepte des « 50 % ». L’histoire de ce dogme inepte des « 50 % » remonte, rappelons-le, à un pacte politicien entre Martine Aubry et Cécile Duflot conclu en 2011, par lequel la fermeture de 24 réacteurs a été troquée contre des circonscriptions. Celui-ci, bien que nuisible à la cause climatique (et aux intérêts de la France), fut ensuite assumé par François Hollande, puis par Emmanuel Macron, tous deux intimidés par le poids politique des précautionnistes. Une bérézina de la raison.

Le pire, toutefois, est peut-être à venir. Mme Pompili a aussi réaffirmé, dimanche, qu’il faudrait décider lors du prochain mandat ce que l’on ferait après 2035 : renouveler le parc nucléaire à ce niveau cible de 50 % ou bien le remettre complètement en cause, ce qui semble avoir sa préférence… Emmanuel Macron a certes redit récemment son attachement au nucléaire, mais sa ministre, elle, semble être dans le camp opposé. Qui croire ? Quoi qu’il en soit, Mme Pompili a raison sur un point : ce genre de choix se fait très en amont, car construire de telles capacités de production prend du temps. Et si la décision doit se prendre lors du prochain mandat, il faudra donc en débattre lors de la campagne de 2022. Macron devra alors choisir son camp. Lui qui avait fait du « progrès » son credo en 2017 décidera s’il veut acheter une assurance pour le train ou pour le lit§

1. Sur BFM TV.

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