La chasse est ouverte …

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L’agonie de l’Occident a-t-elle commencé ? Les civilisations meurent aussi, et l’Histoire nous a montré qu’au début de la fin, les coups de boutoir venaient autant de l’extérieur que de l’intérieur.

Observez comme l’Amérique et l’Europe sont aujourd’hui attaquées de toutes parts, en leur sein même, alors que l’avenir du monde ne s’écrit plus dans cet hémisphère, mais de l’autre côté de la planète, en Asie, nouvelle fabrique du futur qui, contrairement à nous, privilégie toujours le groupe par rapport à l’individu : la pandémie du coronavirus a ainsi prouvé l’inefficience occidentale. 

Un déferlement de haine de soi est en train de submerger notre Vieux Continent : les mouvements de contestation made in USA, comme le woke ou la cancel culture, déblatèrent frénétiquement contre notre modèle, prétendent censurer Babar et réclament sans cesse des têtes à couper, au nom de l’antiracisme et de l’égalité sociale, valeurs qu’on ne saurait contester. 

Sur son lit de mort, Georges Clemenceau, prince de l’humour noir, avait soupiré devant sa gouvernante qui lui annonçait la visite d’un ancien proche, Georges Mandel : « Déjà les vers ! » Ces temps-ci, ils grouillent sur le corps à la renverse d’un Occident ridiculisé par l’Asie, qui, de la Chine au Japon, domine, elle, la crise sanitaire, comme d’ailleurs beaucoup d’autres sujets. À Taïwan, le coronavirus a fait 7 morts sur 23 millions d’habitants ; en Corée du Sud, moins de 1 500 morts sur 51 millions. 

Les vers n’en ont qu’après l’homme blanc, la couleur qui tue – les autres, jaune, brun, noir, ça va, pas de problème. Qu’importe si l’Asie monte en puissance : grand fardeau de l’Occident, l’homme blanc est devenu l’ennemi, l’incarnation vivante de la pollution, de l’esclavage, de la volonté de puissance, de l’abaissement de la femme. Bref, du Mal absolu. Depuis que Pascal Bruckner a pris sa défense dans un essai retentissant (1), force est de reconnaître que son image n’a cessé de se dégrader.

Supprimez l’homme blanc et tout ira mieux sur la planète, les inégalités et les horreurs de la guerre disparaîtront comme par enchantement. Chanteuse et actrice, Camélia Jordana incarne bien, non sans charisme, cet état d’esprit, elle qui déclarait, il y a peu, au grand dam de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) : « Les hommes blancs sont, dans l’inconscient collectif, responsables de tous les maux de la terre. »« Si j’étais un homme, précisait-elle, je demanderais pardon. »

On a les Sartre que l’on peut. L’homme blanc est ainsi condamné à payer pour tous les autres. L’inculture ne cessant de faire des progrès, ne nous illusionnons pas : même s’il fut bien plus important que la traite occidentale des esclaves, le commerce arabo-musulman des Noirs du VIIIe au XXe siècle, castrateur systématique des mâles, restera toujours un sujet tabou, voire interdit. 

Pour le reste, la roue tourne, et il serait temps que les contempteurs de l’Occident remettent leurs montres à l’heure. Quand ils auront lu Guerres invisibles, de Thomas Gomart (2), gageons que ce sera chose faite. Le directeur de l’Ifri (Institut français des relations internationales) s’y livre à une impressionnante remise à plat géopolitique : retournez-vous, vous les censeurs de tout poil qui le croyez devant, l’ancien monde de l’homme blanc est loin derrière vous ! 

La Chine, qui a ravi à l’Europe la place de numéro deux sur la scène internationale, convoite aujourd’hui la première place. Face aux États-Unis, elle risque maintenant, selon Thomas Gomart, de tomber dans le « piège de Thucydide », ce casus belli que peut provoquer à tout moment la peur entre deux nations, l’une dominante, l’autre en pleine ascension. Mais, attention, la guerre d’aujourd’hui ne se limite plus au champ militaire. Elle est aussi technologique, économique, environnementale, sanitaire.

L’Amérique est menacée, l’Europe hors jeu. Le bilan provisoire de la crise sanitaire est une sorte de parabole de la situation géopolitique actuelle : l’Occident a perdu la main. Dans ce contexte, la France est mal partie, comme le disait jadis un célèbre agronome, René Dumont, à propos de l’Afrique. En situation de décrochage économique, elle doit, conclut Thomas Gomart, se trouver une « grande stratégie », c’est-à-dire construire un projet de puissance. Pour ce faire, encore faudrait-il qu’elle s’intéresse plus à son avenir et moins à son passé, ainsi qu’aux milliards de péchés capitaux commis par ce maudit homme blanc§

1. Le Sanglot de l’homme blanc, livre prophétique publié en 1983, a été suivi en 2020 par Un coupable presque parfait, chez Grasset. 

2. Tallandier, 316 p., 20,90 €.

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