La ministre fantôme…

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Enseignement supérieur : Frédérique Vidal… La ministre fantôme

Aux abonnés absents, la responsable des Universités a enfin réapparu pour annoncer une reprise très partielle des cours.

COMMENT FRÉDÉRIQUE VIDAL, ANCIENNE PRÉSIDENTE D’UNIVERSITÉ, A-T-ELLE PU LAISSER « SON » UNIVERS EN DÉSHÉRENCE ET DÉSOLATION?

Elle n’avait donc pas complètement disparu ! Depuis des semaines, les étudiants, les professeurs et les présidents d’université faisaient pourtant appel – appels au secours ! – à « leur » ministre. En vain ! Frédérique Vidal, censément en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ne répondait pas à leurs demandes d’aides ni n’intervenait en force sur les médias pour défendre leurs causes : l’ouverture des facs, le soutien psychologique aux décrocheurs, l’aide matérielle aux plus pauvres privés de petits boulots et réduits aux Restos du cœur.

Il a fallu attendre la dernière conférence de presse de Jean Castex pour que ce ministre fantôme revienne sur scène, avec cinq de ses pairs, prenne la parole – elle ne l’avait donc pas complètement perdue – et accède enfin, très partiellement certes, aux demandes de reprise des cours « en présentiel » pour les travaux dirigés de première année. Concession a minima obtenue après que … le professeur Jean-François Delfraissy, président du fameux Conseil scientifique, ait réclamé cette réouverture pour « raisons sanitaires ». Qui commande ?

Grand écart par rapport Jean-Michel Blanquer

La comparaison avec le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, est cruelle. Ce dernier n’a cessé de se battre pied à pied, becs et ongles, pour maintenir les écoles ouvertes. Contre le Conseil scientifique qui voulait toujours fermer, contre le Premier ministre Edouard Philippe ou une bonne partie de l’administration et des syndicats qui l’accusaient « de jouer avec la vie des enfants ». Il lui a fallu tenir, se battre et combattre, se démultiplier sur tous les plateaux radios et télés au nom de l’intérêt des élèves justement, mais aussi des parents et de l’économie. Tout ce que n’a pas fait la ministre des Universités qui a abandonné les enseignants et les étudiants à leur isolement, à leur déprime, à leur paupérisation sociale et financière. En particulier ceux de première année condamnés au « distanciel », alors que leurs pairs des très chics classes préparatoires avaient droit, eux, à se rendre dans des classes allégées, à suivre des cours avec leurs enseignants et à avoir des échanges en direct avec eux, ce qui est à la base du contrat éducatif.

Comment Frédérique Vidal, cette ancienne présidente d’université (Nice-Sophia-Antipolis), a-t-elle pu ainsi laisser « son » univers en déshérence et désolation ? Il faut dire que le chef du gouvernement lui-même n’a pas même employé le mot « étudiant » lors de ses précédentes interventions. Université angle mort, alors même que les alertes se multipliaient. Alors même que le Président de la République – reconnaissait dès octobre dernier « qu’il était dur d’avoir 20 ans en 2020 » et que les jeunes sont ceux qui vivent un terrible sacrifice : examens annulés, angoisse pour les formations et pour trouver un premier job ! Et c’est peu de dire que la situation ensuite n’a cessé de se dégrader, cependant d’ailleurs qu’on rendait ceux-là responsables et coupables de propager l’épidémie. Comme s’ils l’étaient plus que d’autres, et alors qu’on leur demandait des efforts pour la santé des anciens sans qu’on leur exprime la plus infime gratitude. Ainsi que l’écrivait le professeur de droit, Nicolas Molfessis, dans l’éditorial de La Lettre du Club des Juristes « l’anathème plutôt que la contrition, voilà ce que nous avons trouvé pour signifier notre empathie ».

Que la ministre sorte des limbes !

On ne peut pas dire en effet que les pouvoirs publics aient manifesté grande considération jusqu’à l’esquisse de ces derniers jours pour la génération qu’on dit en général « montante » et qui a été bloquée à l’isolement. A l’âge, précisément, de l’ouverture indispensable et de l’éducation sentimentale. Leur souffrance ignorée s’est pourtant exprimée par des gestes désespérés, des manifestes, des lettres ouvertes qui n’ont guère rencontré d’écho, telle celle de Heidi Soupault à l’adresse du président de la République et qui était bouleversante : « À 18 ans, j’ai l’impression d’être morte (…) La réalité, c’est que je n’ai plus de rêve. Tous mes projets s’écroulent les uns après les autres. Au même rythme que mon moral décline (…) Rendez-nous un bout de vie… Signé Une mort vivante ».

Pendant ce temps, dans une de ces rares expressions publiques, la ministre Frédérique Vidal expliquait benoitement les raisons qu’elle donnait à la fermeture des facs : « le problème, c’est le brassage (…), l’étudiant qui prend un café à la pause, un bonbon qui traîne sur la table ». Inutile de dire que ce « bonbon », les étudiants l’ont encore sur l’estomac, ainsi qu’on peut le lire sur Internet sous le #etudiantsfantomes ». Comme si on avait affaire à des bébés incapables d’intégrer les gestes barrières !

Il y a heureusement des professeurs et des responsables d’université qui ont remué ciel et terre pour ne pas perdre définitivement les « paumés ». Ceux-là, tel Stéphane Braconnier, président de Paris 2 Panthéon Assas, se sont démenés non seulement pour venir en aide aux étudiants, mais ont multiplié les assurances et les garanties pour permettre une reprise des cours aussi tôt que possible, dans des conditions de sécurité sanitaire maximales. D’autres souffrances, d’autres causes ont jusqu’ici couvert leurs voix. Et pourtant, ils disaient une chose simple : nous devrions avoir honte de traiter nos enfants de la sorte! Et la ministre serait bien inspirée de se faire l’écho plus ardent de leurs difficultés.

Frédérique Vidal lors du dernier remaniement avait fait savoir qu’elle était toute prête à rendre son tablier. Elle a été confirmée finalement. Alors puisqu’elle est en poste, qu’elle sorte des limbes !…

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