Carrefour – Couche-Tard : l’histoire continue…

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Distribution Bloqués par Bercy dans leurs discussions en vue d’une OPA amicale, les deux partenaires veulent forger des accords de coopération.

Quelques jours, une fuite relayée par l’agence de presse Bloomberg mardi et deux coups de menton auront suffi à anéantir le projet de rachat du géant français de la distribution Carrefour par l’enseigne canadienne Couche-Tard. À deux reprises, mercredi soir dans l’émission C à vous et vendredi matin sur BFMTV et RMC, Bruno Le Maire a opposé une fin de non-recevoir à leur projet au nom de la souveraineté alimentaire. « C’est un non courtois mais clair et définitif », a-t-il déclaré. « On a contacté Bercy dès qu’on a pu », assure-t-on chez Carrefour. Confrontés au veto du gouvernement, les deux groupes ont arrêté leurs négociations vendredi soir. « Mais ce n’est pas la fin de l’histoire », martelait samedi matin une source proche du dossier. Dont acte. Les parties ont réuni leurs conseils d’administration et diffusé dans la soirée un communiqué conjoint officialisant l’interruption de leurs discussions. Pour la suite, les distributeurs indiquent dans le même communiqué qu’ils vont continuer à examiner « des opportunités de partenariats opérationnels ». Ils prévoient de coopérer sur le partage de bonnes pratiques dans la distribution de carburant, le développement d’achats en commun, de marques de distributeur, l’expérience client et l’optimisation de la distribution de produits sur les géographies communes aux deux groupes, détaillent-ils.

Reçu vendredi après-midi par le ministre de l’Économie, le fondateur du groupe de Laval au Québec, Alain Bouchard, qui pèse trois fois plus en Bourse que Carrefour, aura plaidé en vain. « Les Canadiens étaient dans une démarche amicale, relate un conseiller. On leur a dit : Revenez après la présidentielle.” Ils sont retournés au Québec abasourdis. » Entre Bercy et les distributeurs, le dialogue de sourds aura été entier. « On a été prévenus par texto par Alexandre Bompard juste avant la dépêche Bloomberg mardi soir, réagit une source à Bercy.

Carrefour est le premier employeur privé français et un acteur stratégique pour notre sécurité alimentaire. À chaque fois, les groupes privés essaient de nous tester mais nous ne sommes pas naïfs. » Il est vrai que beaucoup de fusions et d’acquisitions transfrontalières n’ont pas tenu leurs promesses, d’Alcatel à Technip en passant par Pechiney, Lafarge et Alstom.

« La France, c’est Cuba sous la neige »

« La France, c’est Cuba sous la neige, c’est : pas touche à nos fleurons nationaux, mais par contre c’est la loi du libre marché quand nos groupes font leur shopping à l’international, c’est consternant », s’emporte un banquier proche du dossier. Au Medef, on s’inquiète aussi d’un risque de « stérilisation » des opérations des groupes français à l’étranger. « Il ne faudrait pas que la place de Paris tombe dans un protectionnisme qui empêcherait ces opérations », a indiqué l’organisation patronale. Mais à la faveur de la crise sanitaire, la « grammaire des affaires » chère à Thierry Breton a pris une coloration nettement plus politique. « Ils n’ont pas compris que le Covid a changé la donne, objecte un observateur. Le gouvernement a injecté des milliards d’euros dans l’économie, distribué des prêts garantis par l’État et du chômage partiel, les caissières sont devenues des héroïnes. Céder un symbole comme Carrefour à un groupe anglo-saxon à un an de l’élection présidentielle était politiquement indéfendable. »

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