A contre-courant…

« Faire de l’humour sans choquer, ça sert à rien. Je suis un enfant de Jean Yanne et du professeur Choron, donc je trouve ça pitoyable. » Jean-Jacques Péroni.

Jean-Jacques Péroni.

L’entretien et la séance photo se sont déroulés dans un troquet du Ve arrondissement où son fils a ses habitudes. Un lourd rideau de velours nous cachait aux yeux de la maréchaussée toute proche. Jean-Jacques Péroni est un sociétaire des « Grosses Têtes » de RTL, auteur pour Laurent Gerra, et compagnon de route du Professeur Choron. Rigolard et affable derrière son verre de rouge et les volutes de fumée qui s’élèvent de sa cigarette vers les cieux (ce n’est pas le genre de type prêt à passer la vaporette), celui qui était allé au culot se présenter aux bureaux d’Europe1, parce « qu’il ne branlait rien au bahut », pour rencontrer son idole Gérard Klein, fait un peu tache dans le PAF français, au milieu des Charline Vanhoenacker et des Guillaume Meurice.

« Je voulais rencontrer Gerard Klein, et il m’a reçu. Il m’a dit c’est pour quoi ? et je lui ai dit « je voudrais faire de la radio, comment qu’on fait ? » Il m’a répondu : « j’peux rien pour toi, je vais t’envoyer voir un gars au bureau d’à côté ». Un type qui faisait des émissions comiques. Et puis bon, il n’y a pas eu de suite ». Mais la machine était lancée, et Jean-Jacques Péroni bien décidé à creuser son trou dans cet environnement, il se lance comme chansonnier, fait les cabarets, joue des sketchs, jusqu’à être repéré et passer à la télévision, dans Le Théâtre de Bouvard.

Ensuite il enchaîne un emploi de verbicruciste à Hara-Kiri, où il faisait « des mots-croisés malpolis pour la personne », avec cet anar de professeur Choron. Quel est le principe ?  « Ben, on avait le patron de l’almanach Vermot qui nous faisait une grille de mots-croisés, et ensuite on reprenait toutes les définitions pour les rendre vulgaires et malpolies pour la personne ». Simple et efficace. « On avait pris le modèle des mots croisés de Télé7Jours, avec la photo de la vedette » explique-t-il. La vedette qui se faisait maltraiter dans les mots à trouver. Suivez un peu ! Dans ces années-là, il croisera notamment la route de Michel Platini, à l’occasion d’un roman-photo (« J’ai fait des choses lamentables », nous confie-t-il au sujet de ces pastiches) dans lequel il joue un arbitre. « Mais un arbitre pédé », nous dévoile-t-il, relatant sa surprise en découvrant son costume d’arbitre assorti d’une perruque blonde ! Il noiera sa journée dans des libations au champagne en compagnie du célèbre footballeur, et du Professeur Choron.

Il dépeint ce dernier au gré de moult anecdotes servies dans un verbiage (fleuri que nous n’oserions relater en ces pages). Il nous confiera d’ailleurs avoir quitté Charlie Hebdo après la reprise du magazine par Philippe Val, qui avait interdit l’alcool aux réunions de rédaction. « Ben, j’y allais plus ». Ce n’est pas à L’Incorrect que ce genre de choses arriverait. Jean-Jacques Péroni a un verbe qui détonne dans un siècle châtré. Récemment, l’association des Journalistes LGBTI (où sont les Q et les 2A+? Mystère), qui a passé un mois à écouter les « Grosses Têtes » (on imagine la leur à la fin), a épinglé Jean-Jacques Péroni pour son affreux sexisme. En effet, il aura notamment lâché qu’il « savait que Chantal Ladesou finirait pute ». L’horreur. Mais pas question pour lui de changer de ton. « Moi, j’ai une phrase, c’est je m’en branle ». On lui reconnaîtra le mérite d’une fidélité exemplaire à sa doctrine. Faire de l’humour sans choquer, « ça sert à rien. Je suis un enfant de Jean Yanne et du professeur Choron, donc je trouve ça pitoyable ».

Comme pour sa collaboration avec Laurent Gerra : « Si ça ne choque pas, on ne le fait pas ». Avec ce dernier, ils écrivent notamment le premier One Man Show du comique, puis Jean-Jacques Peroni devient le co-auteur de ses chroniques, notamment sur Europe1, pour la revue de presse du matin, en 1998. Ce qui lui permet, plus tard de rentrer dans les « Grosses Têtes ». « Bouvard m’appelle, et me dit vous faites pas d’antenne, avec Gerra? Je lui dis que non. Bien, il vous restera bien quelques conneries pour les Grosses Têtes ? Donc je suis un des rares gars, avec Jean Yanne, à avoir été payé la fois par RTL et par Europe1 », termine-t-il.

Mais France Inter ? Ce n’est pas au programme, semble-t-il. « Je n’aime pas leur humour façon Edwy Plenel. On dirait que c’est lui ou Mélenchon qui écrivent leurs sketchs. Ce n’est pas intéressant. D’ailleurs, je n’écoute pas France Inter. Je voudrais trouver un moyen de ne plus payer ma redevance au service public. J’ai pensé à me domicilier en Hongrie. Demander l’asile politique à la Hongrie, parce que je les aime bien. Ils aiment pas l’Europe de Maastricht et de Bruxelles, ils veulent pas de migrants. Mais bon, j’aurais le problème de la langue. Comme m’a dit Philippe Chevalier, il va falloir que tu te mettes au magyar ». Jean-Jacques Péroni est aussi écrivain : il a commencé avec Les Carnets d’un malfaisant, puis sa suite Remettez-nous ça, et Les Statistiques du professeur Péroni. Sur ces entrefaites, on vide la bouteille de rouge. Sans trop savoir si ça valait encore la peine de lui dire « à votre santé » !

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