Notre pays paie son retard technologique …

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« Notre pays paie son retard technologique »

Alors que la France accuse un retard manifeste dans la vaccination contre le Covid-19, Nathalie Coutinet, économiste de la santé, regrette le manque d’investissement dans les start-ups de biotechnologie.

Avons-nous, en France, la capacité d’augmenter la production de vaccins ?

Oui, techniquement la France, avec Pasteur et Sanofi, et plus largement l’Europe sont de grands producteurs puisque nous réalisons 80 % des vaccins dans le monde. Nous avons la capacité de production, le problème se situe dans la technologie. Pfizer et Moderna utilisent l’ARN messager, que nous ne maîtrisons pas vraiment. La plupart des producteurs et laboratoires français utilisent encore les techniques chimiques traditionnelles. La France paie son retard technologique.

Comment l’expliquez-vous ?

Nous n’avons pas assez développé le financement et favorisé l’émergence de start-up de biotech. À l’inverse, les Etats-Unis ou l’Allemagne ont compris très tôt les enjeux. Le gouvernement a annoncé vouloir atteindre l’indépendance sanitaire. Encore faut-il s’en donner les moyens ! Nous avons laissé le tissu industriel pharmaceutique se dégrader.

Sous quel délai la France peut-elle rattraper son retard et accélérer la production ?

Cela peut mettre plusieurs semaines. Il y a toutes les questions techniques autour des licences. Pfizer et Moderna vont-ils accepter de partager leurs vaccins avec tout le monde ? J’en doute, même si l’image des sociétés compte. Tout cela va dépendre aussi des accords qu’ils passeront avec les sous-traitants. Les grands groupes pharmaceutiques externalisent beaucoup. Mais je ne pense pas que la quantité de vaccins soit la question essentielle à l’heure actuelle. Ce que nous voyons, surtout, ce sont des carences dans la stratégie vaccinale !

Vous pointez la lenteur de la vaccination…

Qu’elle soit lente dans son principe avec la demande de consentement, d’accord. Mais la logistique n’est pas au point. Le calendrier a été présenté par le gouvernement en novembre. Nous sommes en janvier, nous avons l’impression que rien n’a été réalisé ni préparé. Par exemple, sur les cent hôpitaux qui devaient être approvisionnés, seuls quarante ont reçu leurs doses. C’est grotesque ! Nos voisins, comme l’Allemagne et l’Italie, ont réquisitionné l’armée pour faciliter l’acheminement. Utilisons d’abord efficacement les vaccins dont nous disposons.

Les entreprises françaises vont-elles pouvoir fabriquer massivement les à-côtés, comme les seringues ou les flacons ?

Oui, même si un problème mondial va se poser concernant les flacons, par manque de sable pour produire le verre. Il y a une tension énorme, puisque c’est la première fois qu’une quantité astronomique doit être produite en un temps record. Cela pourrait conduire à ce que dix doses soient placées dans chaque flacon Pfizer, plutôt que cinq. La logistique et l’organisation n’en seront que plus importantes.

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