Donald Trump …1er bilan…

le

S’il est en train de rater sa sortie, l’hôte de la Maison Blanche a tenu quasiment toutes ses promesses électorales et réalisé des réformes importantes, sans parler des moyens massifs dégagés pour trouver un vaccin contre la Covid-19.

Déclaration de Donald Trump lors de l’opération Warp Speed à la Maison-Blanche, le 8 décembre 2020.

Donald Trump a fait pression lundi soir sur son vice-président Mike Pence en lui demandant d’agir en sa faveur lorsqu’il sera chargé ce mercredi de superviser la certification par le Congrès des résultats de l’élection présidentielle. Joe Biden a remporté 306 voix au Collège électoral contre 232 pour le président sortant. Une douzaine de sénateurs et une centaine de représentants républicains prévoient néanmoins de contester sa victoire à cette occasion.

Avec le recul, que retiendront les historiens du mandat présidentiel de Donald Trump ? La mise en tension de tout un pays, quatre années durant ? Un nouveau mode de communication avec l’usage immodéré du réseau social Twitter ? Une appréciation très personnelle de l’information et de la vérité ? Un bras de fer permanent avec l’establishment, ce qui l’amènera à faire tomber les têtes par dizaines à la Maison Blanche ? Des relations conflictuelles avec quasiment tous les pays du monde, alliés compris ? Une chose est sûre : ils seront amenés à reconnaître que Donald Trump a tenu un grand nombre de ses promesses électorales de 2016 qui lui ont valu de recueillir les voix de 46 % des électeurs américains cette année-là.

Comme il s’y était engagé, il a sorti les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat ; a renégocié tous les accords commerciaux, en premier lieu celui avec ses voisins mexicain et canadien (Alena) ; a donné un coup de frein à l’immigration illégale même s’il n’a pas réussi à faire financer son mur avec le Mexique, ni par les Mexicains, ni par les Américains… Il a commencé à rapatrier des troupes de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan. Fidèle à ses engagements auprès de la communauté évangélique, il a nommé près de 200 juges conservateurs dans les tribunaux fédéraux et à la Cour suprême, portant à six sur neuf le nombre de représentants de droite au sommet du pouvoir judiciaire.

« Même s’il les a mal traités, il faut reconnaître que Donald Trump a abordé les bons dossiers et lui en accorder le crédit. Instinctivement, il a semblé identifier l’échec de la politique étrangère américaine et le mal-être de la société américaine depuis ces trente dernières années […] Donald Trump a soulevé des questions qui étaient valables. Il a dit tout haut ce qu’un grand nombre d’Américains pensaient tout bas », convenait l’universitaire Simon Serfaty, dans l’Opinion. « Donald Trump sera crédité de réalisations considérables […] mais son comportement général, son manque d’empathie, son attitude gênante, ouvertement raciste et misogyne, va surtout caractériser sa présidence pour les années à venir », déplorait récemment John Zogby toujours dans l’Opinion. Les historiens mettront sans doute quatre grands dossiers en exergue.

1. La confrontation avec la Chine

Elle a commencé sur le terrain des échanges de biens, en 2018, avec l’instauration par Donald Trump de taxes et autres barrières douanières pour amener Pékin à changer des « pratiques commerciales injustes » et ses opérations de vol de propriété intellectuelle. Ce qui permettra de ramener le déficit des échanges de 419 milliards de dollars cette année-là à 345,2 milliards en 2019. Dès lors, avec des hauts et des bas pour ce qui est des relations avec le président chinois Xi Jinping, les différends s’élargiront aux questions de sécurité et de droits de l’homme.

Au fil des ans, la Chine est devenue l’obsession de Donald Trump. « S’il y a une phrase à retenir, résumant la vision du défi chinois pour son administration, c’est celle de Steve Bannon, son ancien conseiller spécial, toujours très influent, pour qui “tuer Huawei est plus important que de signer un accord commercial avec la Chine” », expliquait récemment Alexandra de Hoop Scheffer, la directrice du think tank transatlantique German Marshall Fund of the United States à Paris, dans les colonnes de l’Opinion. « C’est le défi technologique et la panique que l’on sent partout à Washington sur le fait que les Etats-Unis sont peut-être en train de se faire dépasser sur le plan technologique », ajoutait-elle en soulignant qu’il fallait reconnaître à Donald Trump d’avoir changé sur le long terme « le débat et la manière de faire des affaires en Chine. »

Mais à agir en solitaire, il n’a pas réussi à rallier à son combat les Européens. En dépit des avertissements réitérés de l’administration Trump, ces derniers ont récemment signé un accord sur les investissements avec Pékin, comme un pied de nez à l’occupant de la Maison Blanche.

2. La réforme fiscale

Baptisée TCJA pour Tax Cuts and Jobs Act, cette loi votée en décembre 2017, quelques mois après son arrivée à la Maison Blanche, est la plus ambitieuse réforme fiscale jamais réalisée depuis celle de Ronald Reagan en 1986. Son objectif est de réduire le taux d’imposition des entreprises et des particuliers pour un total estimé à 1 400 milliards de dollars sur dix ans. Pour l’administration Trump, cette réforme doit accélérer la reprise de l’économie américaine et favoriser les créations d’emplois. Mission remplie pour ce qui est de ce dernier volet avec un taux de chômage de 3,5 % à fin 2019, contre 4,7 % en décembre 2016, avant l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Sous son administration, il a été créé (avant Covid) 6,6 millions d’emplois (en trois ans), contre 12,2 millions en huit ans sous celle de Barack Obama.

« Si l’on compare la croissance de ses trois premières années avec celle des trois dernières années de l’administration Obama, les chiffres ne sont pas particulièrement révélateurs : 2,3 % de croissance sous Obama, 2,5 % sous Donald Trump », relève Gregori Volokhine, président de Meeschaert Financial Services. « Certains aspects positifs de la politique fiscale de Donald Trump, en premier lieux les baisses d’impôts accordées aux entreprises avec un taux ramené de 35 % à 21 %, ont été atténués par le climat de confrontation et de guerre commerciale continuellement présent durant son mandat », dit-il.

« Les compagnies américaines sont devenues globalement beaucoup plus compétitives. L’augmentation des marges et des profits de celles-ci ont eu un effet spectaculaire sur leur valorisation en Bourse, entraînant par cela même un effet de richesse qui a stimulé la consommation. Mais, elles n’ont que faiblement augmenté leurs investissements, privilégiant souvent les rachats d’actions », note-t-il, en ajoutant que les baisses d’impôts pour les particuliers bien que moindres – il a été calculé qu’un foyer moyen a économisé 800 dollars – ont apporté aussi un soutien notable à la consommation.

3. La réforme carcérale

Adopté en décembre 2018, le Formerly Incarcerated Reenter Society Transformed Safely Transitioning Every Person Act(First Step Act) est sans doute le volet le plus surprenant du mandat de Donald Trump tant cette loi ne colle pas à son image de tenant de la loi et l’ordre. L’objectif de cette loi vise, en effet, à réformer les prisons fédérales et le système de condamnations pour réduire la récidive et la surpopulation carcérale tout en maintenant la sécurité publique. Elle a permis notamment la libération de 3 100 prisonniers pour bonne conduite ainsi que de 2 100 autres qui ont reçu une sanction excessive pour possession de cocaïne. Son étendue et son impact sont plutôt modestes car elle touche seulement les détenus de prisons fédérales, qui représentent 181 000 prisonniers sur les 2,1 millions aux Etats-Unis.

« Cette réforme carcérale a contribué à réduire des peines minimales pour les crimes non violents concernant des offenses liées à la drogue », relève un rapport de l’Université de Sherbrooke au Canada daté de décembre 2019, en soulignant que cette réforme est « perçue par le président des Etats-Unis comme l’une de ses plus grandes réalisations depuis son arrivée au pouvoir ». « Selon lui, cette législation réforme des lois qui ont injustement puni la communauté afro-américaine, en mentionnant que les Etats-Unis sont un pays qui croit en la rédemption. L’impact le plus significatif […] est de rendre ce système plus rédempteur que punitif », note l’auteur du rapport. Ironie de l’histoire, ce texte corrige la dureté de la « loi des trois coups » (Three Strikes, you’re out) votée sous Bill Clinton, en 1994, à une époque où un certain Joe Biden présidait la commission judiciaire du Sénat…

4. Le vaccin contre la Covid-19

S’il a complétement raté sa politique de prévention vis-à-vis de la Covid-19, s’entêtant à ne voir dans le virus qu’une « grippette » (elle a fait à ce jour plus de 353 000 morts et infecté 20,8 millions d’Américains), Donald Trump a été en pointe sur le front vaccinal. Lancée par ses soins, l’Opération Warp Speed (OWS) a permis la création d’un sérum en un temps record. Lancée au printemps dernier, sous forme de partenariat public-privée, OWS a facilité et accéléré le développement, la fabrication et la distribution de vaccins thérapeutiques et diagnostics contre la Covid-19. Elle a disposé pour ce faire d’une enveloppe d’une dizaine de milliards de dollars avec à la clé des aides à la recherche pour des firmes pharmaceutiques comme Moderna (1,5 milliard), Novavax (1,6 milliard), Sanofi et GlaxoSmithKline (2,1 milliards) ou Johnson&Johnson (1 milliard) et des précommandes passées à Pfizer-BioNtech (2 milliards) et Novavax (1,6 milliard).

« L’OWS a compris que tous les membres de l’éco-système de santé (l’industrie biopharmaceutique, le monde universitaire, le gouvernement, les organisations transnationales et les fournisseurs) devaient travailler en équipe pour résoudre les multiples problèmes scientifiques et de santé publique posés par ce nouveau virus, hautement infectieux et mortel », commente Peter Pitts, ancien commissaire adjoint de la Food and Drug Administration. « Le succès de Warp Speed est dû à la concentration de ses efforts sur deux fonctions principales de facilitateur collégial et de souscripteur financier. En assurant le risque des coûts de recherche et développement et celui de la production, l’opération a permis le développement de diagnostics et de vaccins en supprimant tous les habituels barrages. Résultat, en moins d’un an on peut tester, traiter et vacciner. Nous ne sommes plus en train d’atténuer le virus, nous le contenons avant de le conquérir grâce à l’Opération War Speed », ajoute-t-il.

Bien qu’ayant un général comme directeur des opérations, l’OWS a connu quelques problèmes d’intendance dans sa campagne de vaccination. Commencée mi-décembre, elle a touché un peu plus de 4,5 millions d’Américains à la date du 2 janvier, loin des 20 millions annoncés pour le seul mois de décembre. L’administration Trump en rejette la faute aux États à qui il a été laissé le soin d’organiser l’administration des vaccins après la livraison de plus de 14 millions de doses.

Avec le recul, les mêmes historiens se demanderont sans doute comment Donald Trump a pu perdre l’élection présidentielle de novembre 2020 alors qu’à l’attaque de cette même année, l’opposition démocrate avait échoué à provoquer sa destitution et qu’une vingtaine de ses responsables s’étripaient pour décrocher l’investiture dans la course à la Maison Blanche. À l’époque, peu de monde pariait d’ailleurs sur Joe Biden pour affronter Donald Trump au final.

La gestion chaotique de la pandémie de coronavirus par l’hôte de la Maison Blanche – appuyé par une bonne partie de la population américaine dans son refus du confinement et du port du masque – n’explique pas tout. Le fait est que le président n’a jamais cherché à élargir sa base électorale, se contentant d’un taux d’approbation fluctuant entre 40 et 45 % et qu’il a mené une très mauvaise campagne. Négative. Sans références à son bilan, ni un éventuel programme. Son opposition à l’égard du vote par correspondance lui a sans doute coûté des voix. Celles d’électeurs républicains qui n’y ont pas eu recours et ne se sont pas pour autant rendus aux urnes de peur d’être infectés. Or, l’élection de Joe Biden s’est jouée à quelques dizaines de milliers de voix dans un certain nombre d’Etats…

Plutôt que de dénoncer d’éventuelles fraudes, Donald Trump devrait d’abord s’en prendre à lui-même.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.