Le faux adieu au glyphosate.

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La promesse française de mettre fin à l’usage du pesticide ce 1er janvier est compliquée techniquement à tenir, ruineuse économiquement, et écologiquement incertaine

Des rails SNCF devant la gare d’Entraigues-Sur-La-Sorgue, dans le Vaucluse.

« J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, au plus tard dans trois ans ». Le tweet d’Emmanuel Macron du 27 novembre 2017 avait pris le monde agricole de court, et l’avait laissé plus que sceptique sur sa faisabilité. Mais c’est ainsi que le président de la République pensait sortir d’un échec européen.

Paris s’était battu, en 2017, pour que l’autorisation de renouvellement de l’herbicide ne porte pas sur dix ou quinze ans en Europe, mais trois ans. Un compromis avait été trouvé à cinq ans : la molécule doit être réévaluée – et non forcément interdite – en 2022. Mais en France, où l’on veut laver plus blanc que blanc sur la question des pesticides, où l’on surtranspose systématiquement les législations européennes pourtant sévères, on a pensé que l’on pouvait interdire totalement et unilatéralement le glyphosate. Vivre sans lui.

Qu’importe qu’aucune agence sanitaire dans le monde – pas plus l’Anses en France que l’Efsa en Europe – ne le demande. Le glyphosate est devenu un combat politique depuis que, dans les années 1990, Greenpeace en a fait un remplaçant commode, dans ses campagnes de financement, du thème rentable mais devenu obsolète des essais nucléaires. Une agence de l’Organisation mondiale de la santé, le Circ, a déterminé que le glyphosate est un « cancérogène probable » (comme l’eau chaude à 60 degrés) ? Cette évaluation du danger, et non du risque, suffira comme justification scientifique, bien qu’elle soit contestée de toute part et que le profil toxicologique du glyphosate figure parmi les moins risqués de tout le catalogue phytosanitaire. Il n’est plus jugé pour ce qu’il est mais pour ce qu’il incarne : un symbole.

Dure réalité. 

Comment, donc, s’en passer ? Le « yaka le supprimer » s’est heurté à la réalité. Emmanuel Macron l’a admis le 4 décembre dans son interview à Brut : la France n’atteindra pas l’objectif et devra se contenter d’une réduction des usages de 50 % d’ici à 2022. Il n’existe pas d’alternative phytosanitaire exploitable. Les solutions pour remplacer un produit simple et peu toxique sont compliquées, coûteuses, demandent une absurde compilation d’opérations… ou se révèlent pires pour l’environnement.

Les professionnels le disaient.L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) l’a confirmé pour les grandes cultures, dans une étude d’impact économique parue en juin : elle exposait des possibilités de se passer du produit dans des conditions correctes pour certaines surfaces, environ 80 % d’entre elles en grandes cultures, qui utilisent de très petites quantités de produit. Mais 20 % des surfaces françaises posent de vraies questions. Pour certaines, l’arrêt du produit se révèle hors de propos, faisant exploser les coûts ou rendant la culture techniquement impossible, en zone marécageuse par exemple.

Faire sans pose plus de problèmes que cela n’en résout.Supprimer le glyphosate revient aussi à se priver de l’une des formes d’agriculture les plus vertueuses : l’agriculture de conservation.

Dans d’autres types de cultures, comme la vigne, le gouvernement a dû reconnaître que l’arrêt n’était pas possible sous les rangs, dans les parcelles en pentes, et pour lutter contre certaines plantes invasives. Dans les vergers, il a aussi fallu admettre que la sortie totale était impossible. Dans ces deux cas, les doses autorisées ont été réduites.

Mais faire sans pose plus de problèmes que cela n’en résout.Supprimer le glyphosate revient aussi à se priver de l’une des formes d’agriculture les plus vertueuses : l’agriculture de conservation ou ses variantes qui suppriment les labours. Elles ont de nombreux bénéfices : stockage accru du carbone, variété des rotations, vie du sol foisonnante, réduction drastique des émissions dues aux machines agricoles… A une condition : l’usage, une fois l’an, de petites quantités de glyphosate pour détruire les couverts végétaux avant les nouveaux semis. Sans molécule, adieu l’agriculture alliée du climat et les vers de terre.

Désastre ferroviaire. 

Mais la palme de l’effet contre-productif à la suppression du glyphosate, c’est la SNCF qui la décerne. Avec près de 40 tonnes chaque année, la compagnie est le plus important utilisateur français de la molécule. Pas pour le plaisir : elle doit entretenir ses 60 000 km voies pour éviter que les racines ne déstabilisent les rails et causent des déraillements. La recherche d’alternatives est un casse-tête hors de prix : tout a été tenté, de l’eau bouillante au désherbage mécanique, opérations sans cesse recommencées…

Pour finir, l’entreprise va utiliser de l’acide pélargonique, un produit de bio contrôle, certes, mais irritant. Pour les organismes aquatiques, il sera couplé à une molécule de synthèse, le flazasulfuron, dont on déconseille l’usage agricole trop régulier car il crée des plantes résistantes, et dont le profil toxicologique est pire que celui du glyphosate. Et il faudra passer plusieurs fois par an. « Cela va porter notre budget désherbage à 300 ou 500 millions d’euros, 10 à 16 fois plus qu’aujourd’hui », explique la SNCF. Faire moins bien, plus toxique et pour plus cher…

On peut vivre sans glyphosate, mais la France, s’étant rendu compte in extremis que prix à payer serait ridiculement élevé, a renoncé à le faire tout de suite. Et renvoie de nouveau la balle à l’échelon européen pour fixer une nouvelle échéance.

Un totem.

Le glyphosate est un produit qui fut dès 1974 fabriqué et vendu par la firme américaine Monsanto. Elle en a ensuite couplé l’usage avec des semences OGM résistantes au produit. Cela explique une partie de la détestation du glyphosate et éclaire l’accent politique mis sur la nécessité d’en sortir. Depuis plus de vingt ans, cependant, la molécule n’appartient plus à Monsanto et est tombée dans le domaine public.

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