1794 – 2020 : dix Noëls pas comme les autres…

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La Tour Eiffel en temps de Covid

Avant que ne débute la campagne de vaccination, dimanche, et dans la crainte d’un éventuel troisième confinement début janvier, les Français ont été invités par le gouvernement à placer leur Noël sous le signe des gestes barrières. En attendant, à chaque jour sa polémique. L’exécutif a reculé en catastrophe sur son projet de pérenniser l’état d’urgence sanitaire.

Restaurant, cafés et cabarets pourront rester ouverts pendant la nuit du 24 au 25 décembre, assure la préfecture de police. Viande et pâtisserie sont autorisées, mais dans le strict respect des prix limites des repas fixés par décrets. Ce Noël pas vraiment ordinaire date de… 1945.

Soixante-quinze ans plus tard, les Français s’apprêtent de nouveau à passer un réveillon hors norme. Même si Emmanuel Macron a un temps adopté la rhétorique martiale, les restrictions d’après-guerre n’ont bien sûr rien à voir nos préoccupations actuelles. Il n’empêche, crise de Covid oblige, le gouvernement a invité toutes les familles à respecter, dans le respect des gestes barrières, le principe d’une limite de six personnes à table. « Sans compter les enfants », a indiqué un Premier ministre, devenu maître dans l’art d’ordonner la vie quotidienne. Jean Castex a même précisé qu’il serait raisonnable de laisser « papi et mamie » dans la cuisine…

C’est la version light d’une propension plus préoccupante, au nom de l’efficacité de la lutte contre la pandémie, à banaliser la limitation des libertés de tous les jours. L’exécutif a d’ailleurs dû reculer sans attendre après la polémique provoquée par son projet de loi sur les urgences sanitaires visant à pérenniser l’exceptionnel. Le Premier ministre aurait ainsi pu interdire les déplacements et les activités de personnes refusant de présenter des preuves d’un test de dépistage ou d’un traitement préventif. L’opposition y a vu une manière détournée de rendre obligatoire la vaccination. Tollé immédiat.

C’est ainsi, le coronavirus ne connaît pas la trêve – cette trêve qui, miracle, permettra des fraternisations improbables au plus fort de la Grande Guerre… Partout dans le monde, et malgré la perspective d’une vaccination massive, les fêtes de fin d’année sont perturbées, quand elles ne virent pas au chaos, comme à Londres où sévit un virus mutant. Toujours isolé en raison de son contrôle positif, Emmanuel Macron a d’ailleurs évoqué « une mutation problématique du virus ».

Ce Noël pas comme les autres a donné l’idée à l’Opinion de rechercher des 24 et 25 décembre extra-ordinaires, après coup riches d’enseignements. Une manière, sans doute, de relativiser.

Ariane propulse l’Europe dans les étoiles

1979. Dénommée Ariane 1, la belle qui compte trois étages, mesure 47,4 mètres de hauteur et 3,8 mètres de diamètre pour un poids total de 210 tonnes. Elle est censée placer en orbite de transfert géostationnaire une charge utile de 1850 kilos. Ce 24 décembre, elle décolle avec succès de la base du centre spatial guyanais de Kourou et donne le coup d’envoi d’une série de quatre vols d’essai. Le deuxième lancement sera marqué par une explosion au cours du décollage. Les deux autres permettront la mise en orbite de trois satellites mais le premier vol commercial sera un échec. Il n’empêche, Ariane qui donnera, en 1980, son nom au consortium européen Arianespace fera des petits avec Ariane 2, 3, 4 et 5 qui permettra à la société de devenir le numéro un mondial du transport spatial.

L’aventure trouve ses racines en France qui veut contester la suprématie des Etats-Unis et de l’URSS dans l’espace. Kourou verra ainsi, en 1968, le lancement de la fusée-sonde Véronique puis de Diamant. Ce premier lanceur orbital ni russe, ni américain, placera en orbite le premier satellite français baptisé… Astérix. Suivra le programme de fusée Europa, associant la France, le Royaume-Uni, la République fédérale d’Allemagne, l’Italie et l’Australie qui sera abandonné. Jusqu’à ce qu’Ariane 1 ne relève le gant.

La Révolution abolit le contrôle des prix, saison 1

1794. Nous sommes en septembre 1793, la révolution bourgeoise a cédé le pas à la terreur communiste. La Bourse est fermée, la création de sociétés par actions interdite, les prix et les salaires sont bloqués : ils sont figés à leur niveau de 1790, majoré de 30 % pour les prix et de 50 % pour les salaires. Ainsi en décide la Convention dans sa loi sur le maximum général (29 septembre). Ce texte instaure un contrôle des prix pour des « denrées de première nécessité » (tiens tiens, Jean Castex n’a rien inventé !) : biens utilisés pour la production industrielle, « mais aussi […] la viande fraîche ou salée, le poisson, le beurre et l’huile, le vin et le vinaigre, le cidre et la bière, le bois de chauffe et le charbon, la chandelle et l’huile à brûler, le sucre et le sel, ainsi que le savon, le papier blanc et le tabac ! », note le blog Echos des Lumières (1).

Début mai, la question des masques (recours à la charité privée pour se fournir, pénurie et fixation de leur prix, etc.) inspire un long article à ce site. L’idée de fixer un prix maximum aux choses de la vie quotidienne est vieille comme le monde. Les effets qu’elle entraîne aussi. 1793 n’échappe pas aux règles. « Le résultat est que les denrées disparaissent. Sur le marché noir, les prix flambent, raconte l’économiste Jean-Marc Daniel, professeur à l’ESCP-Europe. L’ennemi de l’époque, c’est le négociantisme. Il est stigmatisé par un ancien prêtre devenu communiste, Jacques Roux, qui déclare : “La République ne sera qu’un vain fantôme si la contre-révolution opère par le prix des denrées.” »

Pour faire face aux pénuries, au printemps 1794, une loi vise les accapareurs. « On oblige les paysans à vendre leur blé en des lieux déterminés et à s’expliquer sur la faiblesse des quantités apportées », poursuit Jean-Marc Daniel. C’est l’époque où les héros deviennent vite des salauds. Et inversement. Prenez Oberkampf. Christophe-Philippe de son prénom est un industriel français (1738-1815) qui a créé une manufacture à Jouy-en-Josas (là où HEC siège aujourd’hui). Il se distingue pour une autre raison, en augmentant les salaires au-delà du maximum autorisé. Devant le tribunal révolutionnaire, il plaide la détresse de ses ouvriers. En vain. Il est condamné à mort et sauvé de la guillotine par la chute de Robespierre. Il sera décoré de la Légion d’honneur par Bonaparte.

La mort de Robespierre ramène l’autre Révolution au pouvoir, celle qui puise dans le libéralisme. Le 24 décembre 1794, la loi sur le maximum général est abolie. « Les prix sont libres, mais l’État se réserve d’acheter la récolte et de la mettre à disposition à ses prix, dit Jean-Marc Daniel. Pour cela, il crée des tickets de rationnement. Au-delà, le marché est libre, les prix flambent, celui du blé est multiplié par 20 en deux ans. En 1797, le directoire conclut cette phase. En février, la machine à imprimer les billets est brûlée place Vendôme. Ce qui n’est pas aisé : il pleut beaucoup ce jour-là. En septembre, c’est la banqueroute des deux tiers.”

Morale de l’histoire et de l’Histoire ? Primo : toute administration des biens provoque du marché noir. Secundo : il existe bien en France deux gauches irréconciliables. On les retrouve aujourd’hui dans la figure d’un Michel Rocard d’un côté, d’un Jean-Luc Mélenchon de l’autre.

Ce site, tenu par des docteurs et doctorants en histoire moderne, entend tisser des liens « entre notre actualité et le siècle des Lumières. »

Frédéric Bastiat meurt, sa pensée libérale prospère

1850. Chaque 24 décembre, les libéraux devraient avoir une pensée pour Frédéric Bastiat, mort seul à Rome, à 49 ans. Des milliers de touristes visitent l’église Saint-Louis-des-Français pour admirer les tableaux du Caravage, sans même s’arrêter devant la tombe de cet intellectuel – « aussi éclairé que consciencieux » précise son épitaphe – assez méconnu en France. Il fut comme économiste, magistrat et député sous la IIe République un fervent défenseur du libre-échange, de la concurrence et des droits de l’individu.

Claire et percutante, sa pensée libérale inspira Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Mais pas seulement. En plaçant l’homme et la responsabilité individuelle au centre de sa réflexion, il ouvre la voie à Schumpeter, Pareto et von Mises. Et aussi à Arthur Laffer : sa célèbre courbe illustrant que « trop d’impôt tue l’impôt » rappelle le « imposer plus, c’est recevoir moins » inventé par Bastiat un siècle plus tôt. L’opposant à Proudhon rappelait aussi cette évidence fiscale, qui n’a pas pris une ride : « Privilège suppose quelqu’un pour en jouir et quelqu’un pour le payer. » Dans la même veine, sa citation la plus célèbre : « L’État, c’est la grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde.»

Car pédagogue au style imagé, le député des Landes (il siège à gauche, son seul critère de vote : la défense des libertés) n’a eu de cesse d’expliquer les ressorts économiques, ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, selon le titre de son plus célèbre pamphlet. Un exemple : « Vous comparez la nation à une terre desséchée et l’impôt à une pluie féconde. Soit. Mais vous devriez vous demander aussi où sont les sources de cette pluie, et si ce n’est pas précisément l’impôt qui pompe l’humidité du sol et le dessèche. » Sur son lit de mort, Frédéric Bastiat fit de son ami Gustave de Molinari son fils spirituel. Et son esprit reste vivace.

À Tours, le parti communiste français voit le jour

1920. C’est un tournant dans l’histoire de la gauche française. A Tours, en ce jour de Noël 1920, s’ouvre le 18e congrès de la SFIO. Il va durer cinq jours. Il aboutira à la naissance du parti communisme français et une scission de la famille socialiste puisque la SFIO, ancêtre du PS, continuera de vivre.

Faut-il adhérer à la troisième internationale, l’internationale communiste, qui, après la révolution bolchevique de 1917, a vu le jour ? L’année précédente, la SFIO a décidé de quitter la deuxième. Les semaines précédentes, les fédérations sur le territoire se sont prononcées : pour elle, c’est oui. Mais de grandes figures résistent, au premier chef Léon Blum. Ce sera tout l’enjeu des débats à Tours, sous l’œil d’envoyés russes présents.

Ce sont les vingt et une conditions fixées par le Komintern et Lénine à l’été 1920 qui doivent être respectées pour pouvoir adhérer à la IIIe internationale (et qui servent à filtrer l’entrée des membres) qui nourrissent les débats. Parmi elles, il y a le fameux principe du centralisme démocratique qui fera couler tant d’encre les années suivantes. Pour Léon Blum, ce n’est pas acceptable. Le député de la Seine plaide que, puisqu’on ne peut les accepter qu’en bloc, ce serait se lier les mains et que la vieille maison socialiste ne peut devenir un appendice de Moscou.

Les plaies encore ouvertes de la Première Guerre mondiale se ressentent à plein. La famille socialiste s’est déchirée. Si le parti a soutenu le conflit, jouant l’union sacrée, les antimilitaristes et les pacifistes se sont sentis trahis, alors que les classes ouvrières ont payé un lourd tribut sur le front. Un vent de changement souffle. L’adhésion l’emportera très largement. Cela aboutira à la création du PCF, qui restera jusqu’au mitan des années 1980 puissant, et au début d’un long combat avec les socialistes.

La Libye indépendante, vraiment ?

1951. « Nous proclamons solennellement au peuple de Libye qu’en récompense de ses efforts et en conformité avec la résolution de l’Organisation des Nations unies, notre pays bien aimé a, avec l’aide de Dieu, accédé à l’indépendance. » C’est en ces termes que le roi Idriss Ier fait de ce pays le premier pays maghrébin indépendant de l’après-guerre. L’ancienne colonie italienne occupée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale par la France et la Grande-Bretagne a obtenu le feu vert de l’ONU, deux ans auparavant, pour se constituer en Etat souverain. L’indépendance est un fait d’autant plus important pour sa population que la Libye a vécu depuis quatre cents ans sous domination étrangère des Ottomans jusqu’à la conquête italienne au début du XXe siècle. Toutefois, elle reste soumise à une forte influence étrangère faute de disposer de moyens économiques pour faire respecter cette indépendance longtemps désirée.

La découverte de réserves pétrolières au tournant de la décennie suivante lui permet enfin de connaître une période de relative tranquillité jusqu’à la prise du pouvoir, en 1969, par le colonel Mouammar Kadhafi qui met fin à la monarchie au profit d’une République socialiste. Jusqu’à sa disparition en 2011 dans le tumulte des printemps arabes qui a embrasé tout le Maghreb il y a dix ans, celui qui s’est fait appeler le « guide » de la révolution à partir de 1977, s’est attaché à faire de la Libye un acteur indépendant de la scène internationale au point de basculer dans le soutien au terrorisme pour affirmer son existence à l’égard des grandes puissances occidentales. Cela vaut au pays de subir les foudres des Etats-Unis en 1986 et un long isolement international à l’initiative de l’ONU après l’attentat contre un Boeing de la PanAm en décembre 1988.

Au fond, la Libye aura peu profité de son indépendance proclamée, il y a près de soixante-dix ans. Le chaos provoqué par le soulèvement de la population dans le prolongement des événements qui ont secoué d’autres pays de la région a conduit de fait à sa mise sous tutelle. Ironie du sort ou répétition de l’histoire, à l’aube d’une année où elle devrait célébrer l’anniversaire de son existence en tant que nation souveraine, la Libye se retrouve une nouvelle fois sous l’influence d’un côté de la Turquie et son rêve d’empire ottoman ; de l’autre, sous celle des puissances occidentales qui s’en inquiètent. Sa situation actuelle montre que les « efforts » du peuple libyen évoqués par Idriss Ier, la veille de Noël 1951, n’ont pas suffi à garantir l’indépendance à laquelle il aspirait pourtant depuis des siècles.

Le suprémacisme blanc, déjà

1865. Un siècle et demi après sa création, le Ku Klux Klan reste la société secrète suprémaciste blanche la plus connue des Etats-Unis. La veille de Noël, six militaires démobilisés nostalgiques du temps de l’esclavage se réunissent à Pulaski (Tennessee) pour fonder leur club raciste, contre l’égalité des droits civiques des Afro-Américains. Aujourd’hui, le KKK se fond dans une nébuleuse d’activistes d’extrême droite. Donald Trump, dont le père Fred fut arrêté à New York, en 1917, à la suite d’une manifestation violente organisée par des mouvements fascistes et suprémacistes a toujours fait montre d’une certaine ambiguïté à l’égard de ces derniers.

En août 2017, il avait renvoyé dos à dos suprémacistes blancs et contre-manifestants antifascistes qui s’étaient violemment affrontés (1 mort, 19 blessés) à Charlottesville, en Virginie, autour du retrait d’une statue du général sudiste Robert Lee. Mais le mois suivant, il promulguait une résolution contre les « nationalistes blancs, les suprémacistes blancs, le Ku Klux Klan, les néonazis et les autres groupes prônant la haine ». Ce qui n’a pas empêché David Duke, ancien “grand sorcier” du KKK, d’appeler à voter pour lui à l’élection présidentielle américaine cette année comme il l’avait fait en 2016. Et ce n’est sans doute pas à un hasard si les mouvements suprémacistes connaissent une renaissance aux Etats-Unis à une période où les Américains n’ont jamais aussi été divisés depuis la guerre de Sécession.

Le Web est « live »

1990. Noël au CERN. Tous les ordinateurs sont éteints. Tous ? Non ! Une machine est restée en veille, frappée d’un avertissement écrit au marqueur rouge : « Cette machine est un serveur. NE PAS ÉTEINDRE !! ». Tim Berners-Lee a pris la précaution de coller cette étiquette sur son NeXT Cube pour éviter qu’il soit éteint avec tous les autres ordinateurs de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Et pour cause : son ordinateur héberge le premier site web et le premier serveur web du monde, info.cern.ch.

Cela fait alors plusieurs mois que l’informaticien britannique travaille, avec l’aide du Belge Robert Cailliau, sur le développement de WorldWideWeb, le premier navigateur web et éditeur HTML. Juste avant la fermeture du centre de recherches pour les fêtes, les deux ingénieurs ont établi la première communication entre un client et un serveur web sur Internet : concrètement, ils accèdent à la première page Web, sur le premier serveur Web, avec le premier navigateur Web. Et font la démonstration que le Web fonctionne. Il ne restera plus qu’à le rendre mondial.

C’est un moment historique pour Tim Berners-Lee, qui avait exposé un an plus tôt, en mars 1989, son idée d’un réseau mondial d’échange de documents hypertexte dans un mémo au CERN. Le créateur du « World Wide Web » avait envisagé un temps d’appeler ce système « Mine of information », mais s’est ravisé, considérant que « “Moi”, c’est un peu égoïste ».

Tim Berners-Lee a rappelé plus tard qu’il ne « travaillait PAS le jour de Noël » cette année-là. De fait, sa femme était sur le point d’accoucher – la naissance de leur premier enfant était prévue le 24 décembre. « Le destin a voulu que nous attendions quelques jours de plus. Nous sommes partis à l’hôpital en pleine tempête du réveillon du Nouvel an et notre fille est née le lendemain », raconte-t-il dans son livre Weaving the web.

Trois décennies plus tard, la pandémie de coronavirus a plus que révélé l’importance de son invention, alors qu’entreprises, écoles et gouvernements basculaient toute leur activité en ligne et que le monde se confinait. « Imaginez traverser une telle crise sans le Web », a-t-il lancé au Parlement européen en octobre.

Gorbatchev acte la fin de l’URSS, par Vladimir Fedorovski (*)

1991. « C’est un jour fatidique pour l’histoire de l’évolution géopolitique du monde. Tout commence le 8 décembre avec la réunion secrète en Biélorussie des présidents des républiques de Russie (Boris Eltsine), d’Ukraine (Leonid Kravtchouk) et de Biélorussie (Stanislaw Chouchkievitch). La soirée est pittoresque, complètement improvisée comme tout ce qui se passe dans le monde aujourd’hui. À l’image de Boris Eltsine, certains des convives boivent jusqu’à plus soif. Et si les trois hommes s’entendent à cette occasion sur la dissolution de l’Union soviétique, c’est en réalité pour prendre le pouvoir dans chaque république. Leur déclaration s’est faite sur un bout de papier. C’est en fait un coup d’État !

Le KGB de Biélorussie propose alors de les arrêter, mais Mikhaïl Gorbatchev hésite. La confrontation n’est pas dans sa nature. Pour certains de ses proches comme Alexandre Iakovlev, il y a, en effet, un risque de dérapage vers la guerre civile comme la Russie en a déjà connu une au moment de la Révolution. Là, ce pourrait être la Yougoslavie multipliée par 100 dans un pays violent qui possède des centaines de têtes nucléaires.

Gorbatchev décide donc de ne pas résister. Le 24 décembre est, en fait, une passation de pouvoir entre deux hommes qui se haïssent. Pour éviter qu’ils se battent, Iakovlev est présent pour les calmer. Mikhaïl Gorbatchev transmet des documents secrets et négocie des garanties quant à son traitement futur. Il est ensuite débarqué sans ménagement. Il doit rendre toutes ses résidences. Bien qu’amer, il fait une déclaration assez neutre sans dénoncer le coup d’État.

Aujourd’hui, le 24 décembre 1991 est une date maudite de l’histoire de la Russie. Mikhaïl Gorbatchev et Boris Eltsine, dont la popularité était au plus haut à l’époque (80 %), sont à l’heure actuelle les deux hommes les plus détestés du pays, toutes époques confondues. Le premier est vu comme « un crétin et un traître », le second comme « un crétin et un ivrogne », qualificatif qui a toutefois une connotation très positive en Russie. Beaucoup de Russes n’ont de cesse de réclamer que les deux hommes soient jugés pour trahison. Ils sont 80 % à regretter l’URSS en tant que grande puissance tout en se disant, dans les mêmes proportions, anticommunistes !»

(*) Diplomate de profession, Vladimir Fedorovski était un proche d’Alexandre Iakovlev, membre du Politburo, l’homme qui passe pour avoir inspiré la perestroïka à Mikhaïl Gorbatchev. Prochain ouvrage : Le roman vrai de Gorbatchev (Flammarion).

Miracle ! On fraternise dans les tranchées

1914. « Après quatre mois de combat dans le froid et la boue, les soldats sont épuisés […]. C’est là que le miracle se produit. En plusieurs points du front, les Allemands placent des sapins de Noël, avec bougies et lanternes, sur le parapet des tranchées de première ligne. Quelques soldats, britanniques et allemands, vont spontanément et sans autorisation, sortir de leurs tranchées avec des drapeaux blancs et fraterniser. A lieu alors l’impensable : les hommes se serrent la main, boivent et chantent ensemble des chants de Noël. Du côté des Français, les actes de fraternisation sont moins nombreux, précise le site du ministère des Armées qui relate l’histoire. Mais ils existent, comme dans la Somme avec la 28e division d’infanterie, la 70e division d’infanterie dans l’Artois ou encore la 5e division d’infanterie dans la région de Reims. »

Cette fraternisation est une bouffée d’espoir. La trêve se prolonge dans certains endroits jusqu’au 1er janvier 1915. Mais la guerre va vite reprendre ses droits, et il n’y aura plus de parties de football improvisées en pleine zone de combat au cours des Noëls suivants. La Grande Guerre sera celle de la grande hécatombe. Et la « der des ders » engendrera un autre conflit majeur vingt ans plus tard. A peine ébauchée dans la boue de la Somme, l’amitié franco-allemande devra attendre de longues années avant de se consolider. Plus précisément avec la signature du traité de l’Elysée, le 22 janvier 1963, par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, scellant l’amitié entre les deux pays. Hasard de l’histoire, le dernier vétéran allemand, Erich Kästner, est décédé à 107 ans le 1er janvier 2008. L’ultime poilu français l’a suivi dans la tombe quelques semaines plus tard : Lazare Ponticelli est mort à 110 ans, le 12 mars 2008.

Un réveillon en orbite à l’origine d’un éveil écologique

1968. Un peu de friture sur la ligne, puis une voix distante et un peu brouillée se met à déclamer, lentement : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut… » Que dirait-on aujourd’hui, alors que la laïcité est incomprise ou fragilisée, si un équipage de la Nasa se mettait à lire quelques versets de la Genèse dans un message diffusé depuis l’espace ! Le 24 décembre 1968, ce sont ces mots qu’entendent les millions d’auditeurs et de téléspectateurs qui suivent les vœux adressés par l’équipage d’Apollo 8 depuis l’orbite de la Lune. « On nous avait dit que le réveillon de Noël, nous aurions l’audience la plus importante à avoir jamais écouté une voix humaine… et de faire quelque chose de convenable », a raconté l’un des astronautes de la mission quarante ans plus tard.

Mais ce n’est pas ce record médiatique qui rend Apollo 8 si remarquable. En passant le réveillon dans l’espace plutôt qu’avec leurs familles, les astronautes Frank Borman, Jim Lovell et Bill Anders ont accompli plusieurs « premières » qui allaient ouvrir la voie à l’illustre mission Apollo 11 et permettre à John Kennedy de réaliser son objectif d’aller sur la Lune avant la fin des années 1960. Pour la première fois, des hommes avaient quitté l’orbite terrestre, réussi à se mettre en orbite de la Lune, et à revenir sur Terre.

Pour la première fois, enfin, à l’occasion de cette mission, un humain a pu photographier la Terre entière. L’image de lever de Terre captée par Bill Anders (« Earthrise »), opposant la surface lunaire grise et aride à la planète bleue, a ainsi « permis à l’humanité d’avoir une autre perspective sur sa planète », avance la Nasa. Une perspective nouvelle qui s’est matérialisée par la création du « Jour de la Terre », célébré pour la première fois en 1970, et un éveil des consciences écologiques dans les décennies suivantes.

Et aussi…

498 : Baptême de Clovis à Reims
800 : Charlemagne sacré Empereur
987 : Hugues Capet associe son fils Robert au trône de France
1491 : Naissance d’Ignace de Loyola
1789 : l’Assemblée adopte un décret reconnaissant les protestants aptes à tous les emplois civils et militaires et leur assurant le droit d’élection et d’éligibilité
1887 : Naissance de Louis Jouvet
1894 : Naissance de Georges Guynemer
1916 : Joffre, le vainqueur de la Marne, est nommé maréchal de France
1926 : avènement de l’empereur du Japon Hirohito
1941 : ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon aux Forces françaises libres du Général de Gaulle
1941 : Hong Kong se rend aux forces japonaises
1964 : attentat de l’hôtel Brink pendant la guerre du Viêt Nam
1977 : mort de Charlie Chaplin
2003 : la sonde Mars Express se met en orbite autour de la planète Mars
2008 : début des massacres de Noël en République démocratique du Congo
2014 : entrée en vigueur du traité sur le commerce des armes

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