Le vélo autrement…

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« Quand j’ai acheté mes 2000 m de terrain, je me suis dit : ici, c’est chez moi ». À mi-chemin entre le chalet alpin et la cabane écolo, comme on en trouve dans ce havre de paix qu’est Santa Elena, perchée au-dessus de Medellin, la petite maison de Simon Pellaud est à son image : simple et naturelle. Un petit jardin, où sa compagne Susana et lui font pousser leurs salades, leurs légumes, leurs herbes aromatiques, une cuisine aménagée aux goûts du « chef » et du bois, beaucoup de bois. Sans la présence d’un livre de Joël Dicker sur la petite table du salon, il serait difficile d’imaginer qu’un Suisse habite ces murs.

Simplicité et respect

« Si je ne le savais pas, je ne pourrais pas l’imaginer une seconde », confesse Susana, qui partage la vie de Simon depuis quelques années. En Colombie, mais plus particulièrement dans la région d’Antioquia, le Valaisan a trouvé un équilibre qu’il a longtemps cherché sans jamais réellement se satisfaire. « J’ai beaucoup bourlingué. Je crois que je suis le troisième cycliste suisse à avoir couru dans le plus de pays différents. Toute ma vie, je recherchais une appartenance à un groupe. Mais en arrivant en Colombie, j’ai senti que cette énergie était la bonne pour moi. »

Invité à découvrir cette terre andine par Edwin Avila, un coéquipier, c’est l’accueil chaleureux et la simplicité des gens qui lui ont sauté aux yeux et au cœur. Dans ce pays où environ 27% de la population vit sous le seuil de pauvreté, les échanges humains ont été cruciaux dans sa volonté d’y installer sa base arrière. « Les Colombiens vivent avec très peu de chose et ça, ça me plaît, » déclare Simon. Dans son village, il est « El Suizo ». Pour autant, pas question de le traiter comme un étranger. « Je suis accepté comme un autre. Je n’ai jamais senti qu’on voulait profiter de moi.»

Depuis sa terrasse, il salue ses voisins d’un geste de la main. À droite, un propriétaire de vaches qui lui vend le lait frais et le fromage. À gauche, un couple de retraités avec qui lui et Susana prennent souvent le café le matin. Une vie à la campagne qui lui va bien. De son propre aveu, il n’est pas un citadin dans l’âme. D’où l’intérêt de vivre reclus dans la sierra, entendez la montagne. À plus de 8000 kilomètres de chez lui, Simon a surtout trouvé une terre amoureuse du cyclisme. Parmi les amateurs d’abord. « Le dimanche, à Bogota comme à Medellin, à 8h dans les cols, il y a 3000 personnes en tenue de cycliste. Certains avec des vélos à 1000 francs, d’autres avec des vélos à 100 francs. »

« Le dimanche, à Bogota comme à Medellin, à 8h dans les cols, il y a 3000 personnes en tenue de cycliste »

Une fièvre que l’on retrouve aussi dans le monde professionnel. « Chez nous, en Europe, on passe tous pour des dopés », admet-il amer, alors qu’au pays d’Egan Bernal et de Nairo Quintana, « les cyclistes sont des dieux. »

C’est l’une des images qui ont le plus buzzé sur les réseaux sociaux en Colombie pendant le Giro italien : Simon Pellaud montrant à la caméra son « carburant », un bocadillo, sorte de pâte de fruit à la pulpe de goyave. Ni campagne publicitaire rémunérée ni coup de comm, mais bien un hommage à la terre qui l’a reçu les bras ouverts. En s’envolant pour le pays du café, Simon a embrassé à pleine bouche toutes les coutumes locales. jusqu’à devenir le plus colombien des Colombiens. Le matin, il boit un tinto, café noir, en mangeant une arepa de choclo (galette de maïs sucré) avant le départ. À table, c’est souvent un jus de fruits frais dont seule la Colombie a le secret et comme collation une cocada (gâteau à la noix de coco et au caramel).

Des habitudes alimentaires qui feraient bondir n’importe quel nutritionniste du sport. Mais pas ici, pas à 2600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Un terrain de jeu de tous les excès où les efforts sont durs, mais payent. « Quand je suis arrivé, j’ai dû prendre un entraîneur spécialiste en altitude, sans lui, j’éclatais le moteur, c’est certain », décrypte le coureur de l’équipe Androni Giocattoli. Des conditions d’entrainement rudes, au point de vouloir parfois totalement couper. « En Europe, je peux rouler sept jours sur sept. Ici, un jour ou je ne touche pas le vélo, c’est de l’or.

Transmettre la fièvre

Ce changement explique peut-être la découverte de ce « coup de pédale » que lui-même n’espérait plus. Un classement distinctif sur le Giro, un titre de champion de Suisse de la montagne : si Pellaud ne s’imagine pas une seconde remporter un Tour de France ou une Vuelta, il accueille ce second souffle avec beaucoup d’enthousiasme et se dit prêt à lutter pour quelques étapes de grands tours.

Celui qui accepte volontiers l’étiquette de « promoteur de la Colombie » reçoit de temps à autre des amis cyclistes, comme la championne du monde néerlandaise Annemiek van Vleuten, pour leur transmettre la fièvre. C’est sa façon de rendre un peu au pays qui lui a tant donné. Autre implication, évidente pour lui dès son arrivée : devenir le parrain de la fondation Moi pour Toit. Cette ONG suisse, fondée par un autre Martignerain il y a trente ans et basée à Pereira, vient en aide aux jeunes défavorisés ou victimes de violences. « Je ne peux malheureusement pas beaucoup les aider financièrement, alors je fais ce que je peux grâce à mon exposition », reconnait Simon, qui se rend sitôt qu’il le peut au siège de la fondation pour échanger avec les enfants. À 28 ans, Simon Pellaud n’a aucune certitude concernant la longueur de sa carrière. Peut-être brillera-t-il encore plus, peut-être un pépin physique viendra brutalement tout arrêter. Loin de Martigny, il n’oublie pas le vin, ni le chocolat, ni le fromage, mais vit son rêve différemment. Il en est convaincu, il espère « faire (sa) vie en Colombie ». Car aujourd’hui, quand il sort de sa propriété, il prend l’allée, grimpe et descend les 2 kilomètres de côtes abruptes et sans revêtement de la route qui l’emmène jusqu’à l’asphalte, avec du vallenato ou despecho dans les oreilles, un bocadillo dans la poche, et il aime ça.

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