Covid-19: le pouvoir dans les trois pièges …

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On pouvait s’attendre qu’aujourd’hui, au cœur du combat sanitaire, une forme d’unité nationale se recrée autour de la politique vaccinale. Il n’en est rien. 

Une infirmière fait le vaccin contre le Covid-19 Pfizer-BioNTech au Guy’s Hospital de Londres, le 8 décembre 2020.

Au Sénat, ultime fief des oppositions, Les Républicains et le Parti Socialiste, en une union sacrée qui pourrait laisser songeur, persistent à cogner fort sur un gouvernement selon eux incohérent, autoritaire et trompeur dans sa gestion du Covid-19. Les élus de la Chambre Haute, dans leur dernière adresse, se sont concentrés sur « la triste saga des masques ». Il sera en effet indispensable d’y revenir, dans quelques mois, quand l’épidémie sera contenue, pour comprendre ce qui a dysfonctionné d’un bout à l’autre de la chaîne d’État. Mais on pouvait s’attendre qu’aujourd’hui, au cœur du combat sanitaire, une forme d’unité nationale se recrée à propos de la politique vaccinale.

Il en va de la responsabilité des « chefs » politiques.

De la cohérence des « grands » médecins et scientifiques.

De la précision d’une communication aux Français en principe partagée par tous sur un tel sujet.

Rien de tout cela, l’inverse précisément. À l’image d’un délitement collectif. Le Premier ministre Jean Castex et celui de la santé, Olivier Véran, quels que soient leur défauts, faiblesses et qualités, sont pris dans la nasse. Trois pièges se sont successivement retournés sur eux.

1. Le piège des médecins

Quand le professeur Alain Fischer, immunologiste pédiatrique, « sommité » scientifique reconnue et célébrée, a été nommé à la tête du conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, l’accueil fut à la fois unanime et louangeur. Même le professeur Didier Raoult approuva ce choix, c’est dire l’étendue du consensus. Cela ne dura guère. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les porte-paroles populistes ainsi que les anti-vaccins de tous genres poussèrent des râles d’horreur car, lors de sa prise de parole inaugurale, Fischer, assumant une démarche « transparente », précisa que les premiers vaccins étaient certes fort prometteurs, mais qu’il lui fallait encore quelques informations supplémentaires et précises pour écarter les ultimes zones d’ombre.

Que n’avait-il dit là, le « grand » professeur ! Il lui aurait été évidemment reproché de protéger puissants et sachants s’il avait choisi la stratégie contraire, celle de l’occultation, des demi-aveux, des semblants d’explication. Puisque Fischer lui-même ne dissimule pas sa prudence, alors la méfiance est de mise. Plus que jamais. Mais avait-il prévu, Alain Fischer, que ses pairs, pourtant si enthousiastes sur son compte, allaient à ce point lui « saloper » le travail ? En quelques jours, les « grandes » figures scientifiques et médicales ne se sont pas contentées de s’affronter sur les plateaux de télévision ; ils ont rendu inextricable voire impossible la tâche de pédagogie envers des Français chaque jour plus nombreux à redouter ou à refuser la vaccination.

Quand le professeur Eric Caumes, chef du service d’infectiologie à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière réitérait à de multiples reprises sa défiance envers le vaccin Pfizer et son enthousiasme en faveur du vaccin… chinois, le professeur Gilbert Deray, chef du service de néphrologie dans le même hôpital, affirmait avec tout autant de conviction et de certitude sa confiance envers Pfizer et son refus du vaccin chinois.

. Et, dans la foulée, le professeur Enrique Casalino, chef du service d’urgences de l’hôpital Bichat à Paris, autre « figure » médiatique, prenait une position médiane, à mi-chemin de ses collègues Caumes et Deray. À n’y rien comprendre, à désarçonner y compris les Français les mieux disposés au vaccin.

Que dans ce contexte médicalo-absurde, le professeur Raoult vienne décréter la quasi inutilité du vaccin anti-Covid n’était pas fait pour surprendre puisque sa « mission » consiste en priorité à aiguiser toutes les tensions de la société.

2. Le piège des politiques

L’union nationale autour du projet vaccinal… Mais quelle idée stupide, sinon grossière ! Laurent Wauquiez, président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes, l’une des plus frappées par la deuxième vague de l’épidémie, pourrait-il seulement envisager de travailler de façon étroite avec le ministre de la santé Olivier Véran lui-même élu de Grenoble ? C’est être un naïf ne comprenant rien à la politique nationale que de l’imaginer. Une simili guerre civile appliquée à la politique et ce, dans tous les cas, seraient-ils les pires. Et Wauquiez de travailler, seul, dans son coin pour faire tester « sa » population, « ses » électeurs… On pourrait croire qu’il poursuit ainsi sa démarche de « bad boy », qu’il est isolé, que la plupart des autres responsables politiques- à droite, à gauche, parmi les Verts- feront preuve, eux, d’esprit de concorde à l’occasion des nouveaux épisodes de ce combat sanitaire. Eh bien non, rien n’est moins certain.

Le sénateur du Nord Patrick Kanner préside le groupe PS au Sénat. Un parfait social-démocrate, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports sous la présidence de François Hollande. Bref, rien d’un gauchiste. Pourtant ce personnage méconnu mais influent joue à sa façon une partition à la Wauquiez-Mélenchon. À l’entendre, rien de bon, jamais, à aucun moment, dans la politique sanitaire du gouvernement. L’organisation du processus vaccinal mérite à l’avance les mêmes vacheries. Le flingage, rien que le flingage. Mais est-ce la fonction d’un parti de gouvernement dès lors que le PS prétend encore à ce statut ? Est-ce la mission citoyenne du chef de file d’un important groupe sénatorial au moment où 45% des Français seulement se déclarent prêts à la vaccination (une baisse de 7% en moins de quinze jours) et où, dans une continuité fort logique, 65% d’entre eux sont persuadés que les médecins œuvrent sous l’influence des lobbys industriels de la pharmacie.

Le complotisme à l’œuvre. Des leaders politiques qui font semblant de ne pas s’en apercevoir. Ou, pire encore, qui en joue pour essayer de mettre à mal le pouvoir en place. Et ils osent sans cesse évoquer l’esprit républicain…

3. Le piège de la communication

« Vaccin, en particulier le nouveau Pfizer, une révolution vaccinale. Le gouvernement est allé trop vite, nous manquons de recul, la preuve le professeur Caumes et d’autres l’affirment, écoutons-les, repoussons le top départ de la vaccination ». Première psalmodiation.

Vaccin, Pfizer idem. Les premiers Britanniques viennent de se faire piquer. « La honte. Ce gouvernement est vraiment dépassé, incapable, se faire ainsi doubler par l’anglais Boris Johnson pourtant si à la peine depuis le première jour du Covid ». Deuxième récrimination, l’envers de la précédente. Ce sont les mêmes, le plus souvent, qui défendent avec véhémence la thèse puis l’antithèse. Aucune importance dès lors que l’on puisse « coincer » le gouvernement, le prendre au piège d’une communication forcément prudente et mutante puisque le virus et l’état sanitaire varient de jour en jour. Caricaturer, se contredire avec aplomb, truquer et mentir parfois, c’est évidemment plus simple, plus efficace. Les sondages le prouvent.

Dans ce contexte quasi impossible, est-il seulement pertinent de s’interroger sur les faiblesses (incontestables) du Premier ministre Jean Castex pris dans un triple piège ?…

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