Hier…

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Trouvé, dans un recueil d’aphorismes signé Sylvain Tesson (1), ce petit bijou : « Il y a beaucoup de réponses qui sont hors de question. » Ainsi, se demander ce qui nous est arrivé de bien en 2020 peut paraître bien grossier, même si celle-ci ne sera certes pas, comme l’a annoncé avec une bêtise olympique le magazine Time« la pire année de tous les temps ». Au risque de choquer, osons donc dire que ce méchant millésime aura laissé échapper quelques motifs d’espoir. 

D’abord, ce fut l’année où notre monde, soi-disant gouverné par l’argent, a sacrifié son économie pour les plus fragiles d’entre nous, en particulier nos aînés. Que les prêtres exorcistes de la religion marxiste, qui voient partout la main diabolique du « néolibéralisme », se détendent un peu. Le souci de l’autre n’a pas disparu, au contraire. Il faudrait en revanche se préoccuper désormais de cette jeunesse qui, à moins que l’on ne lui fasse enfin confiance et que l’on libéralise le marché du travail, pourrait bien être sacrifiée… 

Ensuite, 2020 a démontré les formidables bénéfices des avancées technologiques. On a dû compter, face au virus, sur la science médicale, augmentée des apports du numérique. Résultat, des vaccins élaborés en quelques mois au lieu de quelques années. Se remettra-t-on à croire au progrès après cela ? Pas sûr en ce qui concerne les plus récalcitrants, par exemple les ennemis pavloviens de la 5G ou des compteurs électriques Linky. « Le sentiment qu’on a pour la plupart des bienfaiteurs ressemble à la reconnaissance que l’on a pour les arracheurs de dents », soulignait Chamfort. Mais pour les autres, ceux qui n’assimilent pas Bill Gates à la peste bubonique, l’idée selon laquelle ce n’était pas mieux avant est plutôt réconfortante. 

Au passage, il est une autre cible rituelle des esprits chagrins qui a fait la preuve de ses mérites : la mondialisation. Pas de vaccin possible aussi vite sans échanges internationaux, et même – osons le gros mot – sans multinationales. Quelques indices parmi d’autres : les artisans du premier vaccin, produit par BioNTech-Pfizer, sont deux chercheurs d’origine turque installés en Allemagne et un géant pharmaceutique new-yorkais. Il s’appuie, comme le second, celui de Moderna – entreprise américaine dirigée par un Français – sur les travaux d’une chercheuse hongroise émigrée aux États-Unis. Le troisième, proposé par AstraZeneca (issu d’une fusion suédo-britannique, et dont le patron est aussi français), fut testé au Royaume-Uni et au Brésil. Par ailleurs, la majorité des essais sur les vaccins a été réalisée grâce à une plateforme numérique appartenant à Dassault Systèmes. Que les radicaux du souverainisme économique attendent leur vaccin fait à 100 % à la maison… 

L’autre grande nouvelle de l’année fut sans aucun doute le grand réveil de l’Europe. Emmanuel Macron plaidait solitairement depuis trois ans pour un budget adéquat de la zone euro. Finalement, à la faveur de la crise, Angela Merkel a consenti à un plan de relance européen massif – 750 milliards d’euros – en partie assis sur de l’endettement commun. Un saut fédéral inattendu, qui ouvre des horizons au Vieux Continent dans ce monde de plus en plus dominé par l’Asie. 

Et la France, en particulier ? Peu de bonnes nouvelles : les faillites et le chômage n’ont pas fini de saigner le pays. Notons néanmoins le courage, l’ingéniosité et la résilience de nombreuses entreprises. Sur le plan politique, le – vrai – déconfinement risque de laisser les colères remonter. Il reste, au crédit de cette année, une révolte salutaire : à propos de la liberté d’expression, le procès des attentats de janvier 2015 et l’horrible assassinat de Samuel Paty ont fait sortir de leur attentisme ceux qui, notamment à gauche, croyaient pouvoir ménager la chèvre et le chou. Il y a un an, Riss, le patron de Charlie Hebdo, nous disait ceci : « Si on publiait à nouveau les caricatures, on serait à nouveau seuls. » Ce n’est pas ce qui s’est produit et, même si la presse américaine vient désormais prêter main forte aux islamistophiles, le combat a changé d’âme. 

Voilà. Cette liste pourrait être complétée, bien sûr. Et surtout contredite par celle des souffrances nées en 2020. Espérons surtout que la roue tourne et que, dans un an, il devienne un peu moins « hors de question », selon la formule de Tesson, de parler des bonnes nouvelles. 

En attendant, chères lectrices, chers lecteurs, que ces fêtes vous soient le plus douces et joyeuses possible !

1. « Aphorismes dans les herbes et autres propos de la nuit », de Sylvain Tesson (éditions des Équateurs, 2011).

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