«Le “risque” maghrébin est un risque européen».

le

Alors que le Premier ministre tunisien, Hichem Mechichi, est venu à Paris en visite officielle, la reconnaissance par le Maroc d’Israël, annoncée par Donald Trump, a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel maghrébin assombri par l’absence de nouvelles officielles d’Abdelmadjid Tebboune, le président algérien, officiellement soigné en Allemagne pour cause de Covid-19 et sur le compte duquel toutes les rumeurs circulent. En Libye, la situation s’est quelque peu calmée après l’intervention conjointe russo-turque. Pourtant, plus que jamais depuis 2011 et les Printemps arabes, le Maghreb est dans une position de grande fragilité.

Les conséquences économiques et sociales de l’épidémie de Covid-19 sont majeures : arrêt de l’investissement (10 points de PIB de baisse en Tunisie !), baisse des recettes touristiques (de -60 % à -80 % selon les pays), déficits budgétaires monumentaux et surtout absence de ressources pour les salariés (40 % à 50 % des actifs) et les travailleurs de l’informel (tous les autres). Si le Maroc a pu mieux gérer la crise que ses voisins grâce à la force de ses grandes entreprises et à la mobilisation rapide de son appareil financier, le Maghreb va devoir mobiliser des ressources financières nouvelles dans un contexte où la création monétaire qui bat son plein depuis plusieurs années, en Algérie et en Tunisie notamment, a trouvé ses limites.

La menace sociale est bien là : des émeutes sporadiques éclatent ici et là en Tunisie ; en Algérie, le souvenir du hirak est toujours là dans un contexte où l’absence présidentielle contribue à la nervosité ambiante. Au Maroc, la stabilité a l’air plus assurée. Mais quelle sera la réaction de la population marocaine à l’annonce de l’accord avec les Etats-Unis qui porte sur la double reconnaissance de la « marocanité » du Sahara par les Américains et d’Israël par les Marocains ?

Mouvements de troupes. Il y a quelques années, le Premier ministre marocain issu du parti Justice et développement d’obédience islamiste avait manifesté contre les frappes israéliennes contre Gaza. Et la branche religieuse de ce parti, toujours au pouvoir, a qualifié de « déplorable » la décision marocaine. Il est vrai néanmoins que la situation sanitaire n’incite pas au mouvement de foules. Et que les relations entre le Maroc et Israël n’ont jamais été interrompues, tout simplement parce qu’Israël compte un grand nombre de juifs d’origine marocaine.

Le pouvoir marocain va arguer de l’importance pour le Maroc du Sahara et, sur l’échelle des priorités nationales, de la plus grande importance de cette question pour le souverain alaouite que de celle de la Palestine. L’Algérie, elle, va réagir et trouver dans cet accord les raisons d’une nouvelle offensive anti-marocaine, soit par un soutien renforcé au Front Polisario, soit par des discours publics agressifs – notamment dans les enceintes internationales –, soit par des mouvements de troupes frontaliers belliqueux.

Crise économique et bientôt sociale, tensions géopolitiques, le Maghreb est fragile en cette fin d’année 2020. Il serait temps que la France et l’Union européenne s’en soucient car le Maghreb, c’est l’étranger proche de l’Europe. Avec une question : comment aider des Etats instables politiquement (la Tunisie), fermés à l’étranger (l’Algérie) et désireux d’ouvrir le champ des alliances (le Maroc où la Chine s’implante de plus en plus) ? Ce sera un des sujets de l’année 2021.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.