Courageux, généreux, féministe : le prof de l’année…

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Quand en 2009 Ranjitsinh Disale a accepté un poste d’instituteur à Paritewadi (2 000 habitants, en Inde centrale, dans le district de Solapur), il a demandé où se trouvait l’école. On lui a montré un tout petit bâtiment dans un état désastreux, encastré entre une étable et un hangar. Parmi les élèves qui lui étaient confiés, presque pas de filles : elles étaient au travail dans les champs du matin au soir. Destinées à des mariages précoces par des familles pauvres, elles parlaient comme tous les habitants du village un dialecte dérivé du kannada (une ancienne langue du continent indien). Disale avait bien quelques livres scolaires dans sa besace, mais les enfants ne pouvaient pas les lire et comprenaient à peine ce qu’il disait. Il s’est alors mis à leur traduire tous les textes. Il est allé rencontrer chaque famille et a utilisé tous les arguments pour convaincre les parents que c’était important pour leurs filles aussi de venir à l’école régulièrement.

Vous pouvez aller voir sur YouTube : les petites ont un uniforme rose bonbon et sourient, à la fois fières et intimidées. Mais ça c’est onze ans plus tard. Avant il y a eu un vrai parcours du combattant : encadrer les élèves, leur fournir du matériel, expliquer aux filles que leur avenir dépendait de ce qu’elles allaient apprendre dans la classe si longtemps abandonnée. La semaine dernière un prix fabuleux (The Global Teacher Prize, 1 million de dollars, décerné par une fondation internationale) est venu récompenser ce travail acharné.

Tout est intéressant dans cette histoire : l’annonce du prix où l’on voit l’acteur et écrivain Stephen Fry parler dans la grande salle du Natural History Museum déserté, le long cri de joie du lauréat qui attendait devant son écran comme neuf autres enseignants éparpillés autour du monde, les regards du père et de la mère entourant leur fils et leur expression figée dans un sourire inouï, la décision inhabituelle de partager la moitié du prix avec les nommés dans la dernière sélection.

Certains humains ne se découragent jamais. Ce sont ceux qui cherchent des solutions comme ils respirent. Dans le cas de notre prof de l’année, ce qui frappe c’est le mélange d’esprit pratique et d’inventivité audacieuse. Ce n’est pas tout de parler et de convaincre, de repeindre les murs et d’avoir des toilettes en état de fonctionner. Disali a su tirer parti d’une invention numérique qui a priori n’est pas destinée à l’école : le code QR. Vous savez : ces petits carrés noirs et blancs qui combinent des informations et peuvent être scannés par un téléphone portable. Ils sont faciles à générer, sans coût, et on peut y coder les informations et les vidéos les plus disparates. Les élèves de Paritewadi voyaient leur prof arriver le matin avec des feuilles chargées de ces hiéroglyphes mystérieux ; il suffisait de passer dessus l’écran d’un téléphone portable et hop : les petits carrés se transformaient en poèmes, cartes géographiques colorées, bouts de films, chansons et musiques, formules mathématiques, expériences de laboratoire. Leur prof découpait les codes QR et les collait sur les pages de leurs livres. Il avait trouvé le moyen de connecter les enfants avec tout ce dont leur naissance les avait privés – l’art, les sciences et la variété du monde en couleur.

J’espère que Ranjitsinh Disale nous tiendra au courant de la manière dont il se servira des 500 000 dollars qu’il pourra investir pendant dix ans, mais sa trouvaille a déjà trouvé preneur ; le ministère de l’Éducation de l’État du Maharashtra est en train de produire des livres scolaires en y insérant des codes QR.

J’oubliais : à Paritewadi toutes les petites filles sont désormais scolarisées ; une de leurs aînées a intégré une grande université. Et il n’y a plus eu de mariages arrangés avec des épouses de 12 ou 13 ans.

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