Avant Noël…

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Avant Noël on se demande quels sujets il faudra taire

ou aborder à table : la situation politique en Amérique,

le poids des nouveaux cartables, le vaccin qu’on choisira, ou non, de recevoir.

Avant Noël

Avant Noël on pense aux discussions familiales

comme on pense à un premier rendez-vous :

est-ce qu’il faut jouer franc jeu ou

plutôt écouter et ne rien dire du tout ?

Avant Noël tout est blanc ou noir : la nuit qui vient très tôt,

la neige qui couvre en collines des sommets ronds et tendres,

les yeux qu’on charge de mascara, le nappage au chocolat

sur la crête du gâteau, la peau qui voit peu de soleil

et qui passe toute la nuit à l’attendre.

Avant Noël tout se bouscule en nous et nous aux portes

des magasins et des souvenirs de jeunesse : oui, c’est cela,

cette période de l’année.

Où l’on doit ouvrir à la fois sa mémoire,

et surtout son porte-monnaie.

Il faut vider des armoires,

il faut acheter des coffrets, des cartes et des jouets,

Avant Noël on se transforme comme on métamorphose

En cygnes sur la table de simples serviettes en papier.

Avant Noël il y a des boules au sapin et parfois une plus grosse au ventre :

pour certains c’est une grande occasion

pour d’autres c’est un calvaire  

qui scintille aux marches des perrons, aux barreaux des balcons,

on fait l’addition tant redoutée de tout ce qu’on n’a pas osé faire

pendant toute une année.

Avant Noël on boit à l’ombre des hautes cathédrales

des thés bouillants, des vins chauds, des bières tièdes,

on voudrait prendre dans ses bras des amis de longue date

et des amours retrouvées, perdues, puis revenues

sans qu’on ait osé y penser,

on voudrait que tout soit à sa place, que le poids du vaste monde

soit, enfin, rééquilibré,

on se console avec le passage des mésanges d’hiver au-dessus

des lacs gelés,

on court dans la montagne, moins rapide qu’un nuage,

il y a tant de nouvelles nuances aux rives du paysage.

Avant Noël on imagine que tout sera pardonné :

des mauvais moments, des paroles dures,

des mots terribles qui nous ont terriblement blessés,

avant Noël on se sent fait de mousse ou d’écorce,

on se dit que ce serait l’occasion d’arrêter d’être fort

pour enfin, être doux.

Avant Noël on se pare comme l’arbre de sa guirlande ou l’oiseau de sa plume :

on pense différemment, on marche sur du gel, le soir la neige allume

des étoiles aux fronts des vieux volcans.   

Avant Noël on soupire, on pèse

ses mots et son corps qu’on va nourrir,

ses mots et son cœur qu’on va fleurir,

Avant Noël le feu est plus grand, plus vif, en poitrine ou bien en cheminée :

on pensait être seul mais sans le savoir

on est si bien accompagné.

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