La France championne du monde…

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Fiscalité. La France championne du monde des dépenses sociales : les vérités dérangeantes.

Notre niveau record de dépenses sociales publiques révèle un choix de collectivisation à bout de souffle, bien éloigné des procès en démantèlement fait au libéralisme…

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Un jeudi matin, sur France Inter, le chroniqueur économique… chronique (1). La veille, l’OCDE a révélé que la France était le pays de ses 37 (riches) membres qui consacrait la plus grande proportion de son PIB aux dépenses sociales. Avec 32 %, elle bat une fois encore la Finlande (29,6 %) et le Danemark (29,2 %), « souvent considérés comme des modèles sociaux », précise le journaliste. Et distance l’Allemagne (25,4 %), son benchmark obsessionnel. Ce n’est pas une première.

L’économiste utilise alors un argument classique contre les fans du « toujours plus » : « À lui seul, ce constat dément l’essentiel de la rengaine sur le libéralisme, l’ultralibéralisme, le néo-libéralisme dans lequel la France baignerait depuis des années. […] Les chiffres ne confirment pas un démantèlement social. » Aussi prudent que consciencieux, il ajoute : « Il est certain que des excès de la mondialisation libérale ont créé des dégâts sociaux sur les revenus des classes moyennes et ont creusé des inégalités, mais la France est réellement un cas à part. »

Avalanche. Aussitôt, une avalanche de commentaires emporte la prudence du journaliste, taxé de transformer la station publique en Radio Medef. Car, puisque d’évidence la France se perd dans l’ultralibéralisme, sa lecture de l’indicateur de l’OCDE ne pouvait qu’être biaisée. Forcément biaisée. Et l’indicateur avec elle…

C’est vrai, ce classement concerne les dépenses sociales publiques. Or ces dernières ne représentent qu’une partie de la réalité. En y ajoutant les dépenses privées (facultatives et obligatoires), les Etats-Unis passent ainsi de la 21e à la deuxième place ! Traduction : France et Etats-Unis consacrent à la santé une part proche de leur richesse nationale, autour de 8,5 %, mais ne la financent pas de la même manière.

Au demeurant, si l’indicateur « dépenses publiques » paraît à certains trompeur parce que tronqué, l’indice « dépenses privées » ne l’est pas moins. L’OCDE note : « Les travailleurs à faible revenu n’ont souvent pas accès à des prestations sociales privées. Par conséquent, un classement plus élevé en termes de dépenses sociales nettes totales [publiques + privées] ne se traduit pas nécessairement par des résultats plus égalitaires. » Y compris pour la France, en première place dans ce classement-là aussi ? C’est une règle générale : le niveau de dépenses ne dit pas tout (et n’est pas corrélé au bonheur national…)

D’évidence, la manière de financer les dépenses de retraite, de santé, de solidarité ou d’assurance-chômage est tout sauf anodine. Elle traduit un choix de société (à chacun d’adopter le sien). Sans surprise, la France – et à un moindre degré la plupart de ses voisins européens – a opté pour une forte socialisation de ces dépenses. Résultat moins connu, ce niveau de « collectivisation » est si élevé que même en réintégrant les dépenses privées, la France reste championne du monde…

Sans intérêt, vraiment ? Il n’est pas sans intérêt de constater que la France est, après la Grèce (25,4 %) et l’Italie (16,2 %), le pays qui consacre le plus d’argent en proportion de sa richesse à ses retraites (13,9 %). Par générosité financée à crédit et par incapacité à imposer un âge de départ plus important alors que l’espérance de vie s’allonge. Or, comme le rappelle Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, « nous dépensons 4 points de PIB de plus que les autres pays pour nos pensions [environ 100 milliards d’euros]. Ne seraient-ils pas plus utiles dans la transition énergétique ou la formation des jeunes ? » Est-il illégitime de poser la question ?

À bout de souffle. Sans intérêt, vraiment ? Devant les Etats-Unis (8,5 %) et l’Allemagne (8,1 %), la France est le pays qui consacre le plus d’argent public à la santé (8,8 %). Or la crise de la Covid a révélé un système à bout de souffle et pas une semaine ne passe sans que la misère hospitalière ne soit évoquée. À l’issue de la première vague, en mars, Nicolas Marquès, directeur général de l’Institut économique Molinari, avait démontré dans l’Opinion qu’il ne fallait pas « résumer la crise au manque d’argent » : « Nous avons quinze fois plus de décès qu’en Corée du Sud ; pourtant, les Français dépensent 56 % de plus que les Coréens dans leur santé. »

Sans intérêt, vraiment ? À ce niveau de dépenses publiques (sociales, mais pas que…) correspond un niveau de prélèvements obligatoires. Il y a une logique : la France était en 2018 numéro un de l’OCDE pour la pression fiscale. Avec 45,9 % du PIB, elle distançait de loin la moyenne de l’OCDE (34 %) et les États-Unis (24 %). Les Américains paient beaucoup plus de leur poche (avec ce que cela implique en termes d’inégalités), mais l’État leur en laisse aussi beaucoup plus ! C’est une dimension que les étatistes ne veulent pas voir : gagner par le travail et garder 100 euros, ce n’est pas la même chose que recevoir 40 euros de salaire et 60 autres euros sous forme de prestations sociales. Entre les deux, il y a la liberté de choix (en l’occurrence, celle de disposer d’une grande partie du fruit de son labeur). Milton Friedman : « On peut dépenser l’argent des autres au bénéfice des autres. Dans ce cas, on ne se préoccupe ni du coût ni de ce qu’on obtient, c’est ainsi que fonctionne l’État. » Oups, pardon pour ce dérapage libéral…

  • (1) : Il s’agit de l’excellent Dominique Seux, par ailleurs directeur délégué de la rédaction des Échos.

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