Télétravail : mauvais timing et confusion générale.

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Les chefs d’entreprise et la plupart de leurs salariés veulent travailler. Il faut les encourager. Vouloir précipiter un accord sur le télétravail en pleine crise sanitaire sera de toute façon contre-productif. 

LES PARTENAIRES SOCIAUX ONT TROUVÉ COMPROMIS SUR LE PROJET D’ACCORD INTERPROFESSIONNEL SUR LE TÉLÉTRAVAIL.

Les partenaires sociaux se sont réunis pour étudier les conditions d’un « accord national interprofessionnel », le 26 novembre 2020. L’objectif étant de donner des « règles pour une mise en œuvre réussie du télétravail ». C’est-à-dire, réaliser un diagnostic approfondi dans la continuité de la concertation paritaire de 2017 sur le développement du télétravail. Nous serions supposé, forts des enseignements de la crise Covid-19, anticiper une nouvelle organisation du travail.

N’est-ce-pas totalement prématuré, voire incongru alors que nous sommes au cœur de la crise, les entreprises autant déboussolées que leurs salariés, dont certains n’ont plus envie plus d’y revenir sinon en traînant la patte et les autres souhaitant au plus ne plus travailler chez eux. Les « chefs » sont exténués à tenter de maintenir un semblant de dynamisme et de coordination, remontant le moral des uns et secouant certains autres, le tout avec une déperdition d’efficacité évaluée à 30%. On peut donc s’étonner de la publication de ce document en pleine période de crise alors que les chefs d’entreprise ont besoin plus que jamais de clarté, transparence et visibilité.

Comment distinguer intelligemment le télétravail de crise qui répond à une situation sanitaire conjoncturelle problématique et le télétravail comme mode général d’organisation du travail « hors circonstances exceptionnelles et cas de force majeur » comme cela est répété d’ailleurs tout au long du document ?

Une trop grande précipitation

Hâter les négociations comme jamais (quelques semaines) pour sortir cette note en plein confinement, afin d’obliger de nombreuses entreprises à recourir au télétravail alors qu’elles cherchent à reprendre une vie normale, n’est pas très stratégique et sème le trouble. Certes, les partenaires sociaux ont été ravis de constater qu’ils tombaient si vite d’accord pour une fois (hors la CGT). Ce dont on est certain, c’est qu’une fois encore le « terrain » n’a été ni écouté, ni consulté.

On s’interroge sur les apports concrets du document qui, je cite, estime que cette remarquable note « concentre toutes les informations relatives à la mise en place du télétravail et rappelle un bon nombre d’éléments nécessaires au chef d’entreprise », sans une seconde réfléchir sur les points de tensions qui actuellement minent la reprise. Comme, par exemple, la prise en charge des frais professionnels ou l’on découvre stupéfaits qu’« à ce titre, il appartient à l’entreprise de prendre en charge les dépenses qui sont engagées par le salarié pour les besoins de son activité́ professionnelle ». Comment ? Combien ? Sur quelle base de calcul ? Comment répondre à la prévention de l’isolement qui est au cœur des débats ? Qu’à cela ne tienne, le document stipule judicieusement de mettre en place « des règles de fonctionnement communes intégrant des repères relatifs aux activités, aux responsabilités individuelles et collectives, à la marge de manœuvre et à l’autonomie de chacun des salariés en télétravail… » Ah, la magnifique novlangue ! Traduction ? Nous apprenons que le chef d’entreprise est invité à recourir à « des dispositifs ad hoc qui peuvent être élaborés en mobilisant tous les acteurs de l’entreprise », c’est justement le « ad hoc » qui inquiète… Quant à l’accident du travail, autre source de préoccupation des patrons, il trouve une réponse plus qu’inquiétante « la présomption d’imputabilité́ relative aux accidents de travail s’applique également en cas de télétravail. »  On peut imaginer que la responsabilité du pot de fleurs qui tombe sur l’ordinateur posé sur la table de la cuisine incombe au chef d’entreprise ?

Pas un mot dans ces 30 pages des questions de fond qui freinent aujourd’hui beaucoup de chefs d’entreprise. Le document est comme d’habitude, très dense, abstrait, avec de nombreuses zones de flou qui demeurent. Certes, on peut se réjouir du flou, au moins ce ne sont pas des obligations ! Mais le ver est dans le fruit. Une menace latente.

Tout ce que veulent les chefs d’entreprise et la plupart de leurs salariés en ce moment, c’est bosser.  Encouragez-les plutôt et laissez-les vivre. On verra après… bien après.

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