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Covid-19 : le fiasco de la data Les commerces sont-ils vraiment des lieux de contamination ? Et les écoles ? La crise sanitaire a jeté une lumière crue sur les carences de l’État en matière de mobilisation et d’utilisation des données statistiques et personnelles.

Epidémiologiste à l’Institut Pasteur, le professeur Arnaud Fontanet va dévoiler dans les prochains jours une étude attendue sur les principaux lieux de contamination de la Covid-19. Un outil indispensable pour une gestion plus fine de l’impact économique de la crise sanitaire, mais pour lequel l’équipe de chercheurs a dû attendre plusieurs mois l’autorisation de la Cnil. L’administration n’a pas brillé dans la gestion des données, mais les choses bougent. Ce jeudi soir, le Premier ministre tient une nouvelle conférence pour revenir sur la levée progressive du confinement.

Enfin ! Dix mois après l’explosion de l’épidémie, les Français vont – enfin – savoir quels sont les principaux lieux de contamination de la Covid-19 sur le territoire. Epidémiologiste à l’Institut Pasteur, le professeur Arnaud Fontanet devrait dévoiler, « probablement la semaine prochaine », une étude très attendue réalisée en partenariat avec la Caisse nationale d’assurance maladie, menée auprès de 80 000 Français contaminés entre septembre et octobre.

Des données essentielles qui vont permettre aux pouvoirs publics de gérer plus finement la crise, notamment les lieux à fermer en priorité en cas de reprise de l’épidémie. « Les résultats confirment ce qu’on a pu voir dans d’autres études étrangères, à savoir que les restaurants, les bars ou les salles de sport sont des lieux de super-contamination. Un seul malade peut transmettre le virus à toute la salle », indique une source ayant eu accès aux résultats. L’étude dévoilera aussi des données très attendues sur le degré de contamination à l’école.

Mais pourquoi avoir attendu si longtemps pour disposer d’informations aussi cruciales dans le bon calibrage des politiques publiques, alors que de nombreux scientifiques, mais aussi d’économistes, ont demandé dès le mois de mars de disposer de plus de données ? En coulisse, beaucoup dénoncent le retard à l’allumage de l’administration, y compris dans les rangs de l’exécutif. « Le ministère de Santé n’est pas taillé pour la crise. Qu’il s’agisse des collectes de données ou de la prospective pour faire de la prévention, les résultats ne sont pas formidables », déplore un conseiller gouvernemental.

De fait, la machine étatique n’a pas brillé par son efficacité. « Est-il normal que, pour suivre l’évolution de l’épidémie, tout le monde consulte CovidTracker, un site Internet monté par un élève-ingénieur de 25 ans, plutôt que Santé Publique France ? », s’interroge Philippe Martin, président du Conseil d’analyse économique (CAE), un centre de recherche rattaché à Matignon.

La Cnil épinglée. Une institution concentre plus particulièrement le feu des critiques : la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). « Il leur a fallu trois mois pour donner leur accord à l’étude de Fontanet. C’est incroyable en temps de pandémie ! », dénonce un visiteur du soir de l’Élysée. Pendant ce temps-là, le cabinet d’Olivier Véran reconnaissait, encore courant novembre, manquer de données pour gérer plus finement la crise.

Une carence qui a poussé Emmanuel Macron à fermer l’ensemble des commerces « non-essentiels » face à la reprise de l’épidémie fin octobre, contre l’avis de Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Jean-Yves Le Drian et Elisabeth Borne qui y étaient opposés. L’étude du professeur Fontanet devrait montrer que les commerces sont pourtant de faibles lieux de contamination. Avec son rapport, le PIB n’aurait pas chuté de 12 % au mois de novembre.

« Ce manque de données, c’est à cause de la Cnil qui refuse de déroger à la règle de la protection des données. Résultat, on est obligé de se baser sur l’étude américaine publiée dans la revue Nature, alors que les pratiques américaines ne sont pas forcément les mêmes qu’en France », pestait mi-novembre un responsable patronal. Le vice-Président du Conseil national du numérique, Gilles Babinet, s’interroge lui aussi sur « la juste proportionnalité dans le traitement de la Cnil » après « les moyens considérables mis en place pour superviser l’application #TousAntiCovid quand le principe de base est qu’aucune data ne remonte vers l’État. »

À la Cnil, on assume. « Les données de santé sont des données extrêmement sensibles. Le principe général, c’est l’interdiction, avec quelques exceptions listées à l’article 9 du Règlement général sur la protection des données (RGPD) », rappelle la chef du service de la santé de la Commission nationale informatique et libertés, Hélène Guimiot-Bréaud. La recherche scientifique en fait partie, sous réserve d’un strict encadrement. La transparence vis-à-vis des personnes interrogées sur l’utilisation de leurs données doit être totale.

Pour obtenir le feu vert de la Cnil, les équipes de chercheurs doivent remplir un engagement de conformité, pas toujours respecté de prime abord. Les allers-retours avec l’administration peuvent allonger la durée de traitement des dossiers. La loi donne deux mois, renouvelable une fois, à la Cnil pour les instruire. Et les demandes se sont multipliées depuis le début de la crise.

« Souplesse ». Chaque année, entre 400 et 500 demandes de dossiers sont déposées dans le domaine sanitaire. Près de 90 autorisations ont été rendues depuis février sur des projets en lien avec la lutte contre l’épidémie de Covid-19, « dont la majorité a été autorisée très vite, parfois en quelques heures », souligne Hélène Guimiot-Bréaud.

Quand les dossiers présentent des non-conformités, la Cnil a fait le choix d’accompagner les acteurs. « Nous avons tout mis en œuvre pour traiter ces dossiers de manière prioritaire, pour que la Cnil participe le plus activement possible à la lutte contre l’épidémie. Mais si nous avons fait preuve de souplesse pour tenir compte du contexte de crise et des obligations qui pèsent sur le personnel soignant, qui est souvent celui qui fait les recherches, il n’est pas question de passer outre les grands principes de la protection des données, tels que l’information aux personnes, qui pose parfois un vrai problème », explique Hélène Guimiot-Bréaud.

Certains chercheurs rechignent en effet sur les dispositifs d’information au public, soit par crainte de manquer de participants, soit tout simplement par manque de moyens. « Nous sommes intraitables sur ce point », insiste la chef du service de la santé de la Cnil. Avec une dizaine de collaborateurs seulement pour le département santé, les équipes chargées de la protection des données personnelles estiment avoir rempli leur fonction du mieux qu’elles ont pu, dans des conditions pas toujours évidentes.

Directeur des Grandes enquêtes au département Public Affairs d’Ipsos en France, Christophe David, qui travaille sur l’étude du professeur Fontanet, confirme d’ailleurs que « différents dispositifs, comme l’étude EpiCov lancée dès le premier confinement, ont été traités plus rapidement qu’à l’accoutumée, dans le respect complet des règles en vigueur. »

Lumière crue. La crise de la Covid-19 a porté une lumière crue sur les besoins d’intégration renforcée entre données économiques et sanitaires. « Si nous sommes contraints de fermer certaines activités jusqu’au printemps, faisons-le en fonction d’une balance coûts économique/bénéfice sanitaire qui soit éclairée par ces données », réclame Philippe Martin.

La bonne nouvelle, c’est que les choses bougent. Depuis deux ans, l’OCDE travaille par exemple main dans la main avec Google pour développer de nouveaux indicateurs macroéconomiques, basés sur les recherches des internautes ou les données de mobilités des utilisateurs de smartphones détenues par la firme de Montain View. « L’économiste en chef de Google nous a donné accès à l’interface de programmation de Google Trends. On a créé une myriade d’applications qui nous permettent aujourd’hui de prévoir en temps réel ce qui se passe en termes de commerce international, d’activité économique ou d’emploi », explique Nicolas Volowszko, économiste à l’OCDE. Le tout, parfaitement anonymisé sans que cela pose problème. Un partenariat public-privé qui préfigure la recherche économique de demain. Une recherche beaucoup plus réactive et précise.

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