Le renoncement…

le

Revoir aujourd’hui l’allocution télévisée d’Emmanuel Macron présentant ses vœux aux Français pour l’année 2020 procure un sentiment étrange, presque irréel, tant elle semble appartenir à un passé extraordinairement lointain. Le président s’y félicitait des « bons chiffres » de l’économie française, mettant en avant les 500 000 créations d’emploi depuis le début de son mandat. Il évoquait aussi avec émotion, à propos de la très contestée et très mal engagée réforme des retraites, le besoin de « solidarité entre les générations » et sa volonté de ne « pas trahir nos enfants, leurs enfants après eux, qui auraient à payer le prix de nos renoncements ». Il avait d’ailleurs prononcé à quatre reprises le mot de « renoncement » pour expliquer que, contrairement à ses prédécesseurs, l’approche des futures échéances électorales ne l’empêcherait nullement d’« agir avec vigueur »

C’était compter sans le Covid-19, qui, au moment même où le chef de l’État s’exprimait, commençait à se propager et, de fait, allait vite le contraindre à renoncer définitivement au projet directeur qui devait être celui de son quinquennat : réconcilier la France avec la mondialisation. Ce qui imposait de procéder à des réformes structurelles d’envergure de l’économie pour permettre à celle-ci de devenir plus compétitive face à la concurrence étrangère. De rendre aussi le marché de l’emploi plus flexible afin de se débarrasser de l’exception française du chômage de masse et de la logique malthusienne de partage du travail ; de réduire enfin une dépense publique record pour alléger une pression fiscale elle aussi record et guérir notre pays de la maladie du déficit chronique. Il ne subsiste aujourd’hui plus grand-chose de ces grandes ambitions, victimes collatérales de la pandémie. L’objectif n’est plus de faire baisser le chômage à 7 % d’ici à 2022 mais d’en contenir l’envolée en deçà de 12 %. Il n’est plus demandé aux entreprises françaises de partir à la conquête du monde avec des produits à forte valeur ajoutée mais de relocaliser au plus vite leur fabrication de biens les plus bas de gamme. Quant aux finances publiques, le Covid-19 les a plongées dans le coma : un déficit de 248 milliards d’euros en 2020, une dette s’envolant à 120 % du PIB, un niveau de dépenses publiques (65 % du PIB) jamais vu dans l’Histoire. 

Esprit français. Le renoncement n’est pas seulement factuel, il est aussi idéologique. La mondialisation n’est plus du tout considérée à l’Élysée comme une chance et une opportunité pour l’économie française mais plutôt comme une menace pour notre souveraineté et notre indépendance dont il convient de se protéger au plus vite. Le discours sur la nécessité de travailler plus pour produire plus a été rangé au fond d’un tiroir, devenu totalement inaudible dans un pays où le chômage s’envole. La dette publique, enfin, n’est plus présentée comme un dangereux piège mais au contraire comme un traitement efficace et peu coûteux contre tous les maux économiques. Donnant le sentiment aux Français que l’État est infiniment riche et qu’il n’est, dans ces conditions, nul besoin de procéder à des réformes.

« Pour redresser l’économie, a affirmé Emmanuel Macron en annonçant les mesures d’allègement du confinement, nous devrons continuer à innover, à créer, à entreprendre. C’est la force de l’esprit français. » À la nécessité de la réforme, en revanche, il n’a pas fait allusion, confirmant que celle-ci ne fait pas partie de « la force de l’esprit français ». Les impératifs conjoncturels ont eu raison un peu trop facilement des besoins structurels, transformant ce qui devait être le quinquennat des réformes douloureuses mais indispensables en quinquennat de l’endettement à gogo et de l’argent magique. La France n’a pas fini de payer financièrement et psychologiquement l’addition du « quoi qu’il en coûte » dont continue pourtant à se féliciter le chef de l’État.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.