VGE…la fin.

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Giscard, un centriste sans véritable héritier au sein d’une famille déchirée.

Si être gaulliste, pompidolien ou chiraquien est à la mode, qui tenterait aujourd’hui de se construire un destin en se disant giscardien ?

© Kak

Ce jeudi matin, entre eux, les téléphones ont crépité. La veille, tard dans la soirée du 2 décembre, jour si cher au cœur des bonapartistes, Valéry Giscard d’Estaing est décédé. Un page se tourne pour les orléanistes ; ils veulent partager leurs sentiments…

Parmi eux, il y a François Bayrou et Alain Lamassoure. Les deux anciens ministres centristes tombent vite d’accord. Emmanuel Macron est son héritier. Entre l’actuel chef de l’État et VGE, les points communs ne sont-ils pas d’ordre structurel ? Ce sont les hommes les plus intelligents de leur génération ; ils partagent une même volonté européenne… « Giscard était au départ très favorablement impressionné par Emmanuel Macron. Mais ces derniers temps, c’était plus compliqué. Il y avait toujours chez lui cet orgueil…», rapporte Alain Lamassoure.

L’actuel locataire de l’Élysée n’apprécie pas beaucoup la comparaison avec ce prédécesseur-là. Qui d’ailleurs aujourd’hui tenterait de se construire un destin en se disant giscardien ? Dans la classe politique française, ce sont d’autres étiquettes qui sont revendiquées. Tout le monde ou presque se dit gaulliste. Le credo pompidolien est à la mode. Le label chiraquien est fièrement arboré. Être sarkozyste demeure un brevet. Le troisième président de la Ve République a marqué toute une génération, par la modernité qu’il a fait entrer dans la vie politique française. Il n’est pas pour autant un modèle. Le giscardisme a-t-il un héritier ? Beaucoup d’anciens de cette famille répondent par la négative.

« Maladresse ». « C’est essentiellement pour des raisons qui tiennent à sa personne, développe Gérard Longuet. Valéry Giscard d’Estaing s’est toujours considéré comme disponible, après sa défaite, pour de grandes responsabilités et donc il n’a pas très bien géré ses coéquipiers et n’a sûrement jamais envisagé d’avoir un successeur. Jusqu’à 2007, et l’élection de Nicolas Sarkozy, il se voyait comme un homme politique en pleine responsabilité. »

Avec cet espoir de revanche, il reprend en 1988 la présidence de l’UDF, qu’il a fondée dix ans plus tôt. « Mais il a une faiblesse semblable à celle d’Emmanuel Macron : une maladresse incroyable dans la gestion de sa famille politique », ajoute Alain Lamassoure, qui débuta conseiller technique auprès de VGE à l’Élysée. En 1998, il laisse même son camp exploser. Lors des régionales, des présidents centristes de région se sont fait élire grâce au FN. Alain Madelin créé Démocratie libérale, tandis que François Bayrou garde la marque UDF (qu’il transformera en 2007 en MoDem). Ce sont les premières fissures d’un miroir centriste qui allait exploser par la suite en mille morceaux.

« Sarkozy n’était pas de sa famille. C’est pour cela qu’il ne le dérangeait pas. Mais, dans sa famille, il n’avait pas beaucoup d’amis »

A droite, la maestria intellectuelle de Valéry Giscard d’Estaing a toujours impressionné. Au milieu des années 1980, dans les couloirs de l’UDF, une blague circule : « Si on fusionne Léotard, Longuet et Madelin, on s’approche du niveau de Giscard. » Le premier à en être conscient est le principal intéressé. Cela n’aide pas à envisager un dauphin. « Quel ancien Président accepte qu’un autre membre de sa famille lui succède à l’Élysée ? », fait remarquer, lui, l’ex-député Axel Poniatowski, fils d’un des plus fidèles lieutenants de VGE. « Il a eu beaucoup de bébés. Aucun n’a grandi au point d’être son héritier », note Xavier Chinaud, conseiller politique de Jean-Michel Blanquer.

Deux hommes auraient pourtant pu l’être. D’abord François Léotard. Dans les années 1980, c’est le centriste qui monte et compte. « Mais, lors de la présidentielle de 1988, en se ralliant à Raymond Barre, il a raté le coche », estime Axel Poniatowski. « Léo bouffait du Giscard tous les matins et ne pensait qu’à le voir prendre sa retraite définitive », ajoute Gérard Longuet.

« Juste valeur ». L’autre est François Bayrou. En 1990, Valéry Giscard d’Estaing en fait son secrétaire général à l’UDF, même si le Béarnais a participé quelques mois plus tôt à l’aventure des rénovateurs qui le visait en premier lieu. « Son vrai héritier, sur le papier, c’était lui. Comme VGE, Bayrou était un chrétien-démocrate qui voulait gouverner au centre. Il fera trois campagnes présidentielles sur cette ligne », affirme un proche du patron du MoDem. Mais ce sera sans le soutien de l’ex-chef de l’État. En 2002, il reste en retrait ; en 2007 et 2012, il soutient Nicolas Sarkozy.

« Bayrou l’admirait, mais Giscard le méprisait un peu, rapporte ce même intime du maire de Pau. Et Bayrou est tellement orgueilleux qu’il avait du mal à supporter de ne pas être reconnu par lui à sa juste valeur. » En 2012, l’Ex parrainera la création de l’UDI par Jean-Louis Borloo. À l’automne 2018, Jean-Christophe Lagarde, désormais à la tête de cette formation, était allé le voir pour préparer sa campagne en vue des européennes de l’année suivante.

Valéry Giscard d’Estaing détestait Edouard Balladur, mais trouvait des qualités à Nicolas Sarkozy, François Fillon et Edouard Philippe. « Sarkozy n’était pas de sa famille. C’est pour cela qu’il ne le dérangeait pas. Mais, dans sa famille, il n’avait pas beaucoup d’amis », confie Gérard Longuet. Cet automne, l’ex-chef de l’État a lu le dernier roman de Giscard, Loin du bruit du monde. Il l’a trouvé pas mal.

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