Le bal tragique des clones du samedi soir.

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« La preuve du pire, c’est la foule », disait Sénèque, qui avait tout compris il y a deux millénaires. Observez comme elle fabrique de la haine et contrôle aujourd’hui les esprits, mis en demeure de répéter ses slogans antiflics.

Jadis, Rabelais mettait en garde contre les moutons de Panurge, aussi grégaires que décérébrés, qui suivent le mouvement sans esprit critique. Au XXIe siècle, modernité oblige, est venu le temps des clones formatés qui dévastent tout sur leur passage en se présentant comme les victimes des « violences policières », lors de leurs manifs saturnales dans les grandes villes de France. 

À l’heure du tribunal populaire permanent, l’indignation sélective bat son plein : nous voici enjoints de condamner (à juste titre) le lynchage barbare d’un citoyen par trois policiers, mais de rester indifférents à un autre lynchage non moins barbare d’un représentant des forces de l’ordre par des casseurs, place de la Bastille. Deux scènes immondes. Encore que les médias aient eu tendance à zapper la seconde, Dieu sait pourquoi. Pour ne pas « choquer les sensibilités » ? 

Deux poids, deux mesures : telle est la règle quand il est devenu interdit de penser, sauf à sens unique, en suivant le courant dominant. Résumons. Il y a les tabassages « normaux », ceux qui consistent à s’acharner contre les policiers dans les manifs de fin de semaine, et il y a les tabassages scandaleux, ceux de citoyens comme Michel Zecler, producteur de musique, par des policiers qui se comportent comme des black blocs, une agression d’une abjection sans nom.

Cela justifiait-il pour autant ce qui s’est passé ensuite lors de la « marche des libertés », ce week-end, sous le haut patronage de politiciens à la ramasse ? Plutôt que faire appliquer la loi, ce nouveau synonyme de lettre morte, ceux qui nous gouvernent préfèrent en inventer de nouvelles, appelées à finir dans les oubliettes de l’Histoire. Ce sera peut-être encore le cas de la loi « sécurité globale », contre laquelle les clones manifestaient et dont on peut espérer que l’article 24 sera ratiboisé : en tentant de restreindre la diffusion de vidéos, la première version ne faisait qu’alimenter encore les fantasmes. 

Nous vivons, c’est connu, en dictature, sous la férule de M. Macron et de son État policier, massacreurs de libertés individuelles : la chose est certifiée – « vue à la télé ». D’où la sainte colère des clones du samedi soir. Pensez ! Au mépris de tous nos droits, les forces de l’ordre ne nous laissent plus faire ce que l’on veut : brûler des voitures, attaquer les commerces, tirer au mortier contre les policiers, à moins de les lyncher, comme ce fut le cas ces derniers temps à Lyon, dans l’indifférence générale.

Avec le confinement, la France avait perdu le rythme, quand tous les samedis c’était manif et que l’on pouvait aller casser du flic, des vitrines de magasin ou du mobilier urbain en jouant quasi sans risques les guérilleros d’un soir, Che Guevara de poche, avant d’être célébrés comme des héros par l’extrême gauche. On fait les révolutions que l’on peut.

Avec le déconfinement, les manifestants sont revenus dans nos rues samedi dernier et, apparemment, ils se sont bien amusés. Là, on a brûlé un kiosque à journaux ; ici, on a mis le feu à une brasserie. C’est très jouissif, très sympa, sensations fortes garanties. En plus, sous les banderoles du journal Le Monde, on se bat pour une grande cause, la première des libertés, celle d’attaquer la police. 

Quatre-vingt-dix-huit blessés ont été recensés parmi les policiers et les gendarmes, beaucoup moins chez les protestataires. Pour paraphraser une célèbre formule, quelle belle chose qu’une manifestation populaire ! Mais quel crime aussi de la laisser gâcher par des abrutis, lanceurs de cocktails Molotov, pilleurs de boutiques, castagneurs de flics au nom du combat contre les violences policières ! M. Darmanin peut remercier tout ce joli monde. On ne voit pas bien comment le gouvernement pourrait maintenant reculer sur sa loi « sécurité globale », qui ne semblait pas très bien engagée avant ce samedi rouge. Mais que la doxa médiatique ait condamné d’emblée le ministre de l’Intérieur, en chœur avec La République en marche, c’était déjà le signe qu’il avait l’opinion derrière lui, tandis que s’agrandit sans cesse le fossé entre le pays et les commentateurs, les faiseurs d’opinion, les prétendues « élites ». 

L’hiver sera-t-il chaud ? Gageons que, malgré tous les amortisseurs mis en place par le gouvernement, les unanimités de façade se fissureront peu à peu devant la montée des difficultés économiques et sociales. Le gouvernement aura des comptes à rendre, mais ce ne sera pas le cas des clones absurdes et mithridatisés de la pensée unique. Quoi qu’il arrive, ils resteront toujours dans la plainte, à exhiber leurs stigmates, entre deux échauffourées. Ils ne changent jamais. C’est même à ça qu’on les reconnaît.

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