La Chine a fait fuiter…

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Le H-20, le très secret futur bombardier furtif chinois

LETTRE DES ARMÉES. La modernisation militaire de la Chine est en marche. Pékin a fait fuiter une photo de son futur avion de bombardement nucléaire longue distance.

La Chine a fait fuiter une photo du H-20, produit et développé par Xian Aviation. 

Pour la première fois, la télévision chinoise a diffusé fin novembre des images présentées comme celles d’un nouvel avion stratégique de bombardement nucléaire à longue distance, le H-20. Jusqu’alors, on ne connaissait de cet appareil qu’une photo prise dans un hangar sous un voile, présentée en mai dernier par le consortium Aviation Industry Corporation of China (AVIC). C’est l’une de ses filiales, Xian Aviation, qui développe et produit le H-20.

Quelles sont les caractéristiques de ce bombardier subsonique ? Quel est son stade de développement ? Comment est-il propulsé ? Sa furtivité clamée par les Chinois est-elle du niveau de celle du B-2 de Northrop-Grumman, comme ils le prétendent ? À ce stade, les questions sont plus nombreuses que les réponses. Une seule chose est sûre : l’Armée populaire de libération (APL) chinoise continue de se moderniser et sa triade stratégique prend une forme nouvelle.

Une mise en service avant 2030 ?

Dans son dernier rapport sur la puissance militaire chinoise, publié en août 2020, le département de la Défense américain évoque le H-20, dont l’existence, mais pratiquement rien de plus, ne fait pas mystère depuis 2016. Pour le Pentagone, ce nouvel appareil « pourrait » entrer en service « durant la prochaine décennie avec les performances suivantes : distance franchissable d’au moins 8 500 km, charge utile de 10,5 tonnes minimum, capacité conventionnelle et nucléaire ».

Le 2e porte avions.(2019)

Chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialiste de la Chine et enseignant à Sciences Po Paris, Antoine Bondaz ne doute pas que le H-20 soit à un stade avancé de développement. Mais, pour le reste, il s’interroge : « Théoriquement, cet appareil pourrait avoir des capacités intercontinentales, s’il remplit des conditions importantes. Quelles seront les caractéristiques du missile air-sol qu’il emportera, sans doute dérivé du Dong Feng-21 ou du Dong Feng-15 ? » Le premier ayant une portée inférieure à 3 000 km, quand le second ne dépasse pas 600 km… Une chose est sûre : à Washington, on suit comme le lait sur le feu la gestation de ce futur engin.

Dans un rapport très documenté du Royal United Services Institute (RUSI) de Londres, publié en octobre dernier, le chercheur Justin Bronk évoquait un éventuel premier vol du H-20 au début de cette décennie (nous y sommes !) en insistant sur le fait que les débuts opérationnels de cet avion constitueraient « une percée majeure » pour l’armée de l’air chinoise, jusqu’alors cantonnée à une zone d’action régionale ne dépassant pas la « première chaîne d’îles » entourant la Chine continentale : « Par contraste, le H-20 offrirait à la Chine une vraie capacité intercontinentale de projection de puissance. »

Encore des faiblesses

Spécialisé dans les affaires de sécurité asiatiques et chinoises à l’Institut français des relations internationales (Ifri), Marc Julienne rappelle qu’en matière stratégique la Chine n’a pas encore les moyens de ses ambitions. Contrairement à d’autres grandes nations, « elle ne possède pas de base à l’étranger, sa flotte de ravitailleurs aériens est faible, celle des sous-marins stratégiques a du mal à se diluer dans les grands espaces océaniques et ne dépasse pas souvent le nord de la mer de Chine méridionale. Sa véritable capacité nucléaire demeure terrestre et limitée. Jusqu’à présent, leurs avions n’emportaient que des bombes nucléaires à gravité ».

Le chercheur pense qu’en réalité les Chinois devront disposer d’un nouveau modèle de tête nucléaire, adaptable à un missile de croisière de longue portée qu’on ne leur connaît pas encore. En matière d’armement stratégique, y compris pour l’aviation, une autosuffisance nationale technologique n’est sans doute pas indispensable – les missiles de la Royal Navy sont, par exemple, de fabrication américaine –, mais elle est nettement préférable. S’agissant du H-20, aucun de nos interlocuteurs n’est actuellement en mesure de préciser si ses réacteurs sont des modèles achetés en Russie ou bien de conception chinoise.

Sous marin nucléaire chinois (2019)

Objectif : la « triade »

L’actuel bombardier stratégique d’ancienne génération, le H-6, est de fait une copie locale du TU-16 russe, qui vole depuis… 1952 ! Pour Antoine Bondaz, là se trouve l’une des clés de l’importance du H-20 : « Durant les années 1950, 1960 et 1970, les moyens étaient très limités et les Chinois se sont contentés de l’essentiel avec leurs missiles balistiques terrestres. Puis, dans les années 1980 et 1990, ils ont eu davantage de moyens technologiques et financiers. Ils ont engagé la modernisation et elle avance vite. On arrive aujourd’hui à celle de l’aviation, leur vrai point faible jusque-là. C’était un objectif affiché, ils ont fait des progrès rapides. »

Les Chinois ont fait des efforts considérables pour disposer d’une capacité nucléaire variée, puissante, capable de faire face à toutes les configurations de conflits, y compris contre des adversaires dont le sanctuaire se trouve à distance intercontinentale. Avec, selon les cas, des armes sous-marines, terrestres ou aériennes, cette panoplie étant appelée la « triade » : « Le H-20 confirme cette volonté chinoise de s’en doter. » Ce n’est pas une petite nouvelle…

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