Les échecs ont leurs reines…

le

La Russe Kateryna Lagno (à g.) face à la Française Marie Sebag, au Grand Prix féminin de Skolkovo, en Russie, en septembre 2019.

Le succès de la série « Le Jeu de la dame » incite davantage de femmes à s’inscrire dans les clubs.

De plus en plus, elles se rêvent en Queen’s Gambit (Le Jeu de la dame en français), le carton aux 62 millions de téléspectateurs diffusé depuis un mois sur Netflix. Contant l’histoire (fictive) d’une orpheline championne d’échecs dans l’Amérique des années 1950, la minisérie la plus regardée de l’histoire de la plateforme pourrait avoir un effet inattendu : contribuer à la féminisation d’une discipline qui ne compte que 20,22 % de licenciées en France. Le roi des échecs, Garry Kasparov, prédit même « un boom » dans les mois qui viennent. À la faveur du confinement, celles qui boudaient l’échiquier se plaisent désormais à doubler les tours et à pousser les pions. « Notre discipline connaît ces derniers temps un franc succès grâce à la série », confirme Johanna Basti, vice-présidente de la Fédération française des échecs (FFE).

Le trafic des jeux en ligne, tels Chess.24, Chess.com ou Lichess, a doublé. Parmi leurs aficionados, de nombreuses novices. Même engoue- ment dans les clubs, surtout parmi ceux qui cherchent à promouvoir la mixité. En une semaine, celui de Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val- de-Marne, a enregistré 18 inscriptions de mères rêvant de déplacer les pions aussi vite que Beth Harmon, l’héroïne au regard qui tue. C’est en voyant les débats enflammés sur la boucle WhatsApp du club autour de la série qu’Ingmar Harovelo, responsable du pôle féminin, a eu l’idée d’imaginer des sessions spéciales « mamans », Bingo, deux groupes se constituent : les Queens of Chess, pour les débutantes ; les Wonder Women, pour les compétitrices.

« C’est pas pour moi »

« Beaucoup croient qu’il faut un certain QI, être bonne en maths et un peu scientifique pour se mettre aux échecs, dit Ingmar Harovelo, alors qu’en une heure je parie que je vous apprends à jouer ! » Lisa peut en témoigner : deux entraînements à son actif et déjà accro ! Jusque-là, elle n’avait jamais touché une pièce. « Cette série met à l’honneur la force des femmes et débloque plein de freins », se réjouit cette trentenaire. Comme nombre de filles, Lisa était victime du syndrome « les échecs, c’est pas pour moi », Si, petites, elles s’y mettent autant que les garçons, adolescentes elles décrochent plus vite qu’eux pour aller vers des activités plus conviviales.

«On est seule sur un échiquier, en face à face, c’est un jeu assez agressif, qui demande beaucoup de concentration et une certaine confiance en soi », raconte Marie Sebag, 34 ans, grand maître international et première Française à rafler le titre. À 12 ans, elle devient championne d’Europe dans sa catégorie en jouant la sicilienne, comme le personnage de la série. À l’époque, c’est encore un ovni.

Aujourd’hui, les jeunes passionnées régalent de leurs coups leurs milliers d’abonnés sur Instagram, telles les soeurs Botez ou encore Juga Musica, qui s’est même filmée grimée en Beth Harmon. De quoi dépoussiérer l’image du joueur binoclard et un brin rasoir. La FFE aussi multiplie les actions de féminisation alors que les femmes ne représentent que 9,8 % des présidents de club et 8 % des arbitres. Le programme Smart Girls accompagne près de 300 nouvelles licenciées par an dans les quartiers et les zones rurale. Un vivier pour inverser la tendance, faire « rosir » le classement et grimper les primes de matches. Car, aujourd’hui encore, un échec et mat au féminin rapporte moins qu’une victoire masculine.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.