«Le déni du politique met en danger les policiers»

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Alexandre Langlois: «Le déni du politique met en danger les policiers»

Policier depuis quatorze ans, le délégué du syndicat Vigi Police a décidé de rendre son insigne après l’affaire de violences contre Michel Zecler dans le XVIIe arrondissement.

Des policiers sur le pont de Notre-Dame à Paris.

Quitter la police est un acte irréversible que vous avez décidé de faire. Pourquoi l’affaire Michel Zecler est-elle la goutte de trop ?

On ne tabasse pas une personne sans défense en entrant chez elle par effraction. Quelle police fait cela ? Il devient impossible de lutter en interne pour une police exemplaire, propre, respectée. Des dérives aberrantes, heureusement minoritaires, sont protégées par le sommet de l’État. Le préfet de police de Paris a dit n’être au courant de rien, alors qu’il y a eu envoi de renforts et tir de grenade lacrymogène. Le DGPN n’a pas pris la parole. Le ministre de l’Intérieur s’est dit choqué par les images mais veut les interdire par une loi. Aujourd’hui, une personne qui met en danger un policier encourt 2 à 5 ans de prison. L’article 24 de la proposition de loi sur la sécurité globale prévoit un an. Quel est l’intérêt, à part dissuader les gens de filmer les forces de l’ordre ? Cette loi met en danger les policiers car elle crée de la suspicion, de la confusion et de la tension. Darmanin nous jette en pâture. Le risque est de camoufler des actes délictuels, voire criminels, et de brouiller le message du droit. Les valeurs sont inversées. On ne se retrouve plus dans le service de l’intérêt général, de la population et de la loi. Les gens n’ont plus confiance. Ils demandent : « Quel est votre matricule ? ». Les seuls qui n’ont pas peur, ce sont les dealers et les délinquants.

Des dérives « protégées » par le sommet de l’Etat, que voulez-vous dire ?

Après l’affaire Malik Oussekine en 1986, le préfet de police a dissous les voltigeurs et présenté des excuses à la famille. En 2020, il ne se passe rien. Zineb Redouane, Cédric Chouviat, Steve Maia Caniço… Les autorités politiques sont embarrassées mais n’agissent pas. Elles s’en remettent à l’IGPN, une instance soumise à la hiérarchie du ministre de l’Intérieur, qui se conforme aux désirs, réels ou supposés, du ministre de l’Intérieur. Le fait qu’il n’y ait aucune évolution après deux ans d’affaires témoigne qu’il n’y a pas d’autorité, pas de responsabilité politique. La police est pleine de belles vocations, mais les policiers sont tiraillés entre leur conscience professionnelle et la peur de leur hiérarchie, alors que les deux ne devraient pas être contradictoires !

Les autorités craignent d’exposer tous les policiers en admettant un problème systémique…

C’est le « pas de vague » qui règne. Les syndicats croient à tort qu’être policiers, c’est être solidaires et se protéger coûte que coûte. Pourquoi se protéger de la société, qu’on est censé servir dans la légalité ? Il y a des comportements inadmissibles dans la police qui doivent être dénoncés, ou c’est toute la police qui est entraînée vers le fond. On n’est pas forcés par principe de le faire publiquement. Mais il faut comprendre que si tant d’affaires jaillissent sur la place publique, c’est parce que le mal n’est pas traité en interne. Ce déni est contre-productif, d’abord parce que les scandales successifs entachent l’image de toute l’institution et nuisent à son attractivité ; ensuite, parce que dans le flot d’images, certaines sont instrumentalisées ou mal interprétées, et des collègues injustement accusés. Le problème indépassable, c’est que la population a intégré que filmer était devenu son seul moyen de protection. Sans vidéosurveillance, un homme serait aujourd’hui derrière les barreaux alors qu’il a été victime d’un tabassage gratuit.

L’introspection ne peut-elle pas venir des policiers, eux qui se disent « lâchés » par le pouvoir lorsque celui-ci rappelle qu’il existe une déontologie ?

La plupart savent que s’ils l’ouvrent, leurs vacances seront annulées pour nécessité de service ou leur mutation refusée. Pire, il pourra y avoir des sanctions disciplinaires pour avoir dénoncé une dérive, même grave ! Il y a dix ans, personne ne voulait être garde-barrière au tribunal. Aujourd’hui, les collègues s’arrachent ce job parce qu’ils sont certains de ne pas être au contact d’éléments perturbateurs, ou d’ordres absurdes. Pendant que les mauvais policiers se sentent confortés dans leur déviance violente ou raciste, tous les autres sont fragilisés. C’est au politique de se saisir du sujet. Au lieu de cela, Gérald Darmanin instrumentalise la souffrance des policiers pour faire passer sa loi. Il a cité l’attentat de Magnanville contre le couple de policiers en 2016, alors que cela n’avait rien à voir avec des vidéos, mais avec des données RH du ministère de l’Intérieur non sécurisées qui se sont retrouvées dans les mains d’une fichée S. Les policiers ne se suicident pas non plus à cause des réseaux sociaux. C’est un problème structurel, comme l’a reconnu Christophe Castaner. Par comparaison, France Telecom a été condamné après une vingtaine de suicides en deux ans. Dans la police, il y a 50 suicides en moyenne chaque année, 150 depuis 2017. Quelle est la réponse du gouvernement ? Un numéro vert.

Il a raison…c’est le problème d’un Etat faible…

Les Politiques sont pris (depuis 50 ans) entre l’élection, la justice, les réseaux sociaux, les fausses infos, les photos vraies ou fausses, les manifs…

Alors la seule solution trouvée : faire porter le chapeau aux autres…

Triste, mais dérive vers un état totalitaire…

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