Erdogan et les autres…

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Une chose est sûre, vous ne pourrez pas vous dire en commençant cet article : « Oh, non, par pitié, pas encore l’Arménie ! On n’en peut plus ! » À quelques exceptions près, les grands médias ont zappé la tragédie qui continue de se dérouler sous nos yeux dans le Caucase, quand ils n’ont pas pris le parti du richissime Azerbaïdjan qui les arrose ou de la conquérante Turquie, meilleure amie du Qatar, qui les fascine.

Nous voici retombés dans une époque qui rappelle, à bien des égards, la montée du nazisme : devant les menaces d’Erdogan, les gouvernants occidentaux rasent les murs, frappés par le syndrome Chamberlain, du nom du Premier ministre du Royaume-Uni d’avant-guerre, concepteur du collaborationnisme que l’on peut résumer ainsi : plus l’ennemi attaque, moins il faut lui résister.

Qui peut croire que les 3 millions d’Arméniens et leur petit pays caillouteux puissent représenter un danger pour la Turquie, 17e puissance économique du monde, avec plus de 80 millions d’habitants ? Leur seul tort : l’Arménie est le dernier îlot chrétien dans un océan vert de vert, totalement islamisé après qu’ont été chassés ou éliminés à peu près partout les orthodoxes, les melkites, les Coptes, les Assyriens, les maronites, etc.

Si Erdogan a prêté main-forte à l’Azerbaïdjan et au président Aliev, l’idiot du village caucasien, c’est pour prendre pied dans ce pays et faire flotter le drapeau turc à la frontière arménienne, en attendant de voir. L’assassin revient toujours sur le lieu du crime et, comme le Führer, le président turc n’a jamais vraiment caché ses intentions : terminer le travail que ses prédécesseurs ont bien avancé avec le grand génocide des Arméniens de 1915 (1,5 million de morts), suivi et précédé d’autres massacres.

C’est comme si, moins d’un siècle après la Shoah, une Allemagne négationniste ne songeait qu’à finir le travail du IIIe Reich et à effacer Israël de la carte ! Partisan d’une purification ethnoreligieuse et ne reconnaissant pas le génocide arménien qu’attestent pourtant d’innombrables témoignages, Erdogan ne supporte pas la simple existence des Arméniens et des Kurdes qui vivaient dans le pays qu’il préside bien avant que l’envahissent les Turcs, venus d’Asie centrale. Il faut effacer toutes les traces.

L’autre dessein d’Erdogan, la reconstitution de l’Empire ottoman, passe par de nouvelles conquêtes. La Libye, la Tunisie, la Bosnie (qui, à ses yeux, est turque, première nouvelle), les eaux territoriales grecques, tout l’intéresse. Hitler ayant gâché le mot, il ne reprend pas à son compte la formule nazie de Lebensraum ou d’espace vital, mais c’est bien son obsession. Adepte du déplacement des populations, comme Hitler ou Staline, il a au demeurant prévu de repeupler les terres conquises aux Arméniens par des djihadistes, ces compères de l’ex-État islamique qui ont participé à sa guerre.

L’affaire arménienne est une double ignominie. cause de la barbarie de la coalition turco-djihado-azérie, qui publie sans cesse des vidéos abjectes, mais aussi à cause de la molle indifférence du reste du monde : les scènes de guerre et de torture n’ont pas troublé sa digestion. Le sort de ce mini-pays rappelle ainsi le drame de la Tchécoslovaquie que la communauté internationale avait donnée à manger à Hitler en espérant que ça lui couperait sa fringale d’annexions. Ce fut le contraire qui se produisit. Churchill a tout dit, avec sa célèbre formule, à l’adresse de Chamberlain : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre. » 

Où est le Churchill de 2020 ? Cherchez bien, vous ne le trouverez pas. C’est la chance d’Erdogan qui, tel le Führer en son temps, va où le mènent l’hubris et la mégalomanie. Les graves difficultés économiques de son pays le rendent encore plus fébrile. Face à lui ne se dresseront jamais les tapis étalés devant lui et sur lesquels il peut s’essuyer tranquillement les semelles : Merkel ou Trump, bientôt Biden, sans doute, champions toutes catégories de la pleutrerie dans laquelle ne tombe pas, merci à lui, Macron, qui n’a quand même pas reconnu la république de l’Artsakh, désormais rapetissée – n’est pas de Gaulle qui veut !

Alors que la Turquie, membre de l’Otan, est prétendument notre alliée, Erdogan fait chanter les Européens avec les 3,5 millions de réfugiés syriens que son pays accueille en échange d’une subvention de quelques milliards, des migrants qu’il menace d’envoyer à tout moment en Europe. Il fait aussi chanter les Américains avec la base aérienne d’Incirlik, qu’il parle régulièrement de fermer pour maintenir la pression. Tout le monde se tient.

À force de le regarder avancer, ne risque-t-on pas de lui laisser faire un jour le pas de trop ? De même que l’on obtient « la paix par la force », célèbre slogan d’un président américain (Ronald Reagan), on aboutit aussi à la guerre par la faiblesse. Face à Erdogan, notre faiblesse, qui donne le vertige, pourrait un jour nous coûter très cher.

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