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Le Président a décliné mardi son plan de déconfinement progressif. Pour la première fois, il a évoqué la stratégie de vaccination qu’il entend déployer à partir de fin décembre. « Une lueur d’espoir », a-t-il dit.

« Le pic de la seconde vague de l’épidémie est passé », a estimé mardi soir le chef de l’État, alors que 50 000 personnes sont décédées du coronavirus en France à ce jour. En conséquence, les commerces rouvriront à compter du 28 novembre et les promenades en extérieur seront autorisées dans un rayon de 20 km et pour une durée de trois heures. Emmanuel Macron a aussi annoncé « une campagne de vaccination rapide et massive », qui débutera « vraisemblablement fin décembre, début janvier ».

C’est l’un des « outils » évoqués mardi soir par Emmanuel Macron pour « éviter une troisième vague », celui qui « offre une véritable lueur d’espoir » : le vaccin. « Certains vaccins seront disponibles dès fin décembre, début janvier et une seconde génération arrivera au printemps, a précisé le chef de l’État au cours de son allocution télévisée, les premiers pourront être administrés dès la validation des autorités sanitaires compétentes. »

Après le fiasco des masques au début de l’épidémie, puis le laborieux déploiement des tests, la stratégie de vaccination est sans doute l’ultime occasion pour le Président de démontrer qu’il est à la hauteur de cette crise sanitaire inédite. Pas question pour lui d’apparaître en retard par rapport aux dirigeants des autres pays. « La réussite des vaccinations est fondamentale, estime Pieyre-Alexandre Anglade, député LREM des Français établis hors de France. Les Français sont fatigués de ce virus, il y a pour nous un enjeu d’efficacité très important. »

Transparence. « Nous commencerons dès fin décembre-début janvier par vacciner les plus fragiles et plus âgés », a précisé le chef de l’État, ajoutant que la vaccination ne sera pas obligatoire. Conscient du climat de défiance qui s’est développé en France à l’égard de la vaccination, « un comité scientifique sera chargé du suivi de la vaccination » et un « collectif de citoyens sera aussi mis en place pour associer plus largement la population. » Emmanuel Macron a insisté : « La vaccination doit se faire de manière claire, transparente, en partageant à chaque étape toutes les informations, ce que nous savons et ce que nous ne savons pas. »

La première question à résoudre est celle de l’approvisionnement. « Il va y avoir une diplomatie du vaccin », prédisait-il la semaine dernière dans la revue en ligne Le Grand Continent. Une allusion à l’enjeu de pouvoir que représente pour chaque nation la course aux vaccins. « C’est une sorte de soft power, c’est à celui qui protégera le mieux sa population », estime un macroniste de la première heure.

Cet approvisionnement passera par l’échelon européen : les 27 États membres se sont mis d’accord pour mutualiser les commandes. La répartition des doses se fera au prorata de la population (17 % pour la France). « Cela permet de sécuriser les achats et de peser sur les prix », fait valoir Pieyre-Alexandre Anglade. Six contrats de pré-achats ont d’ores et déjà été signés par la Commission européenne.

Problème : l’absence de transparence sur ces contrats, soumis à la confidentialité afin de protéger les négociations. « On ne sait absolument pas quel régime de responsabilité est applicable, s’inquiète l’eurodéputé Pascal Canfin, président de la commission de l’Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire au Parlement européen. Or la question de savoir qui est responsable en cas de problème sanitaire sera un élément clé de la confiance dans le vaccin ». Le parlementaire européen a obtenu de pouvoir consulter prochainement les six contrats en question, seul dans un bureau, sans téléphone…

Cette négociation au niveau européen est aussi la garantie que tout le monde se vaccinera à peu près en même temps et qu’aucun pays ne sera en avance sur son voisin. Alors que la comparaison avec la gestion de l’épidémie en Allemagne a souvent tourné au désavantage de la France, peut-être la stratégie de vaccination permettra-t-elle aux autorités françaises de relever la tête…

Logistique. Encore faudra-t-il ensuite réussir la partie logistique. Risque de files d’attente, de ruptures de stocks, de commandes facturées mais non utilisées… Pour que toute l’entreprise soit couronnée de succès, la question des transports notamment, est cruciale. « Ce qui compte, c’est de ne pas provoquer de rupture dans la chaîne du froid de l’entrepôt au camion jusqu’à, par exemple, l’armoire frigorifique du pharmacien d’officine, explique Yann de Feraudy, président de France Supply Chain, réseau de 450 entreprises. Vu les masses engagées, l’approvisionnement va se faire à flux tendu alors qu’il s’agit d’un produit fragile. Tout cela doit être extrêmement bien pensé en amont. »

Autre défi : qui pique ? En 2009, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot avait fait l’erreur de ne pas associer – du moins dans un premier temps – les médecins de ville à sa politique de vaccination contre le H1N1, en privilégiant des barnums dédiés, rapidement appelés « vaccinodromes » par les libéraux furieux.

Cette fois-ci, il en est autrement. Les généralistes pourraient en particulier se charger de la vaccination à domicile pour les personnes trop fragiles pour se rendre dans des centres de vaccination, montés avec l’appui des collectivités locales sur le même modèle que les centres de dépistage. L’élargissement de l’acte de vaccination aux infirmiers et pharmaciens, idée soutenue par la Haute autorité de santé, est en cours de discussion.

Scénarios. Autre décision très politique, qui vacciner en priorité parmi les Français ? Les plus fragiles et les plus âgés, ou les actifs, afin qu’ils puissent reprendre le travail ? En anticipation des autorisations de mise sur le marché, la Haute autorité de santé finit d’échafauder une série de scénarios propres aux 30 millions de personnes jugées à risque, mais aussi aux trois millions de professionnels de santé et du médico-social. Bien vu : le Président a tranché mardi soir en faveur des personnes « fragiles et donc des plus âgées ».

Enfin, quid du remboursement ? Sur ce dernier point, le gouvernement joue la prudence. Car pousser les Français à se vacciner sans les accompagner financièrement risque d’en braquer plus d’un. A dix-huit mois de la présidentielle, Emmanuel Macron ne peut pas se le permettre. « Le vaccin est un bien public mondial : il sera gratuit, comme les tests », assure un député LREM.

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