Morale et vertu pour ceux qui obéissent…

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Certaines choses ne changent pas. « Il ne faut de la morale et de la vertu qu’à ceux qui obéissent », écrivait Diderot il y a deux siècles et demi. Une saillie merveilleusement illustrée par la création du « délit d’écocide » annoncée par Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, et son collègue de la Justice, Éric Dupond-Moretti (1). Tout cela provient de la fameuse Convention citoyenne pour le climat, dont les membres, quelque peu catéchisés par des idéologues de l’écologie, avaient réclamé l’instauration d’un « crime d’écocide », la consonance avec « génocide » étant censée ajouter au caractère infamant de la chose. Finalement, conscients de certaines limites constitutionnelles, nos deux ministres ont opté pour un « délit » plutôt qu’un « crime ». Soit. Un peu de sévérité dans un domaine essentiel ne nuit pas.

Le problème, c’est que, en matière d’atteinte grave à l’environnement, leur gouvernement se pose là. Et Europe Écologie-Les Verts, dont est issue Mme Pompili, aussi. Leur « écocide » à eux porte un nom : Fessenheim. La fermeture récente de cette centrale nucléaire en parfait état est la première étape du processus qui doit ramener à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité (contre 72 % actuellement), et qui revient donc à… augmenter nos émissions de CO2 ! Car la puissance installée en énergies renouvelables et le fait que ces dernières ne constituent pas une source « pilotable » (le vent et le soleil ne se commandent pas) rendent improbable l’idée qu’elles puissent prendre le relais. En cas de forte consommation, le recours aux centrales à gaz ou à charbon, respectivement 40 et 70 fois plus émettrices de CO2 que le nucléaire, est donc inéluctable… Un scandale écologique d’État.

Comment en est-on arrivé là ? À l’origine de cette décision – la plus nuisible pour l’environnement depuis des décennies – se trouve un accord électoral de bas étage. En novembre 2011, le Parti socialiste de Martine Aubry et les Verts de Cécile Duflot se partagent des circonscriptions en vue des législatives de 2012. Et Aubry accepte comme condition la fermeture de 24 réacteurs à l’horizon 2025.

Un pas en arrière.

Une pure concession politicienne à une obsession idéologique. Celle-ci est ensuite endossée par le candidat François Hollande, soucieux de ne pas mettre en danger sa future majorité. Cette absurdité des « 50 % » est inscrite dans la loi en 2015, et Fessenheim désignée comme première cible. La farce aurait pu s’arrêter en 2017, mais Emmanuel Macron, pendant sa campagne, a cru bon de dire qu’il respecterait l’engagement de son prédécesseur, repoussant juste l’échéance. Pas de rupture en la matière… Les deux réacteurs de Fessenheim ont donc été arrêtés en 2020.

Et voilà comment la France, dont le bilan carbone est moins mauvais que celui de ses voisins grâce au nucléaire, choisit de faire un pas en arrière, malgré l’affichage ad nauseam de son engagement pour le climat. Le pire de la politique.

L’affaire a aussi, il faut le dire, un aspect comique : Emmanuel Macron, son gouvernement, et les Verts qu’ils ont choisi de suivre seront-ils les premiers mis en examen pour « écocide » ? On peut en rire, mais pas le souhaiter. La confusion grandissante entre responsabilité politique et responsabilité judiciaire est un terrible recul. Ce sont les électeurs qui doivent juger, pas les magistrats.

Sommet d’hypocrisie.

Ce ne sera d’ailleurs pas nécessaire, car cette faute commence déjà à se payer. « La plus faible de toutes les choses faibles est une vertu qui n’a pas été éprouvée par le feu », disait Mark Twain. Et le feu, en l’espèce, c’est le froid. Barbara Pompili vient ainsi de confirmer (2) la possibilité de coupures de courant cet hiver. Comment ? Pourquoi ? La ministre cafouille un peu. Elle explique que des tensions sur le réseau en hiver ne sont pas nouvelles, et que la maintenance de centrales nucléaires a été perturbée par la pandémie. Ce qui est exact. Il n’empêche, la fermeture de Fessenheim pèse, même minoritairement, dans cette situation. La ministre tente pourtant de le nier et s’enfonce dans la tartuferie, arguant que le problème est que nous sommes trop dépendants du nucléaire… Il fallait oser.

Ce sommet d’hypocrisie n’enlève rien, bien entendu, au nécessaire développement des énergies renouvelables, ni aux indispensables efforts de sobriété. Mais alors que la consommation électrique du numérique va augmenter, l’attrition du nucléaire – qui n’est certes ni parfait ni exempt de problèmes, comme celui des déchets – nous fera brûler plus de gaz et de charbon. Pourquoi ne pas le dire, puisque c’est vrai ? À quoi bon invoquer les scientifiques à tout bout de champ si, en matière de climat, c’est le chamanisme qui dicte les choix du gouvernement ? Et allez lutter, après cela, contre les croyances loufoques sur les vaccins et la 5G… À la défaite de l’écologie s’ajoute la déroute de la raison.

1. Dans le « JDD » du 22 novembre. 2. Sur BFMTV, le 20 novembre.

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