1974 – Le 30 octobre …

le

Le jour où Ali et Foreman disputent le plus grand combat de l’histoire de la boxe

Dans la nuit de Kinshasa, Mohamed Ali terrasse George Foreman pour reconquérir le titre mondial des poids lourds, au terme d’un combat mythique.

Ce 30 octobre 1974, le monde a les yeux rivés sur le ring de stade du 20-Mai de Kinshasa en République démocratique du Congo (ex-Zaïre). George Foreman, champion du monde des poids lourds de 25 ans, remet son titre en jeu contre Mohamed Ali, 32 ans. Pour les amateurs de noble art, c’est le plus grand combat de l’histoire de la boxe. Pour les autres, la preuve que ce sport est tout sauf une histoire de violence. Baptisé « Rumble in the Jungle », il a donné naissance à un documentaire When We Were Kings de Leon Gast, oscarisé en 1997.

George Foreman est un géant, dans la force de l’âge : 1,92 m pour 100 kilos de muscles. Des poings de la taille de briques. Champion olympique en 1968 à Mexico, il dévaste chacun de ses adversaires depuis qu’il est passé pro. L’année précédente, il a conquis le titre mondial en envoyant Joe Frazier au tapis six fois en deux rounds seulement… Pour lui, la boxe est un métier, un moyen de gagner beaucoup d’argent. Rien de plus.

Dans l’autre coin, son challenger du soir n’est plus à présenter. Le flamboyant Mohamed Ali (1,89 m pour 98 kg), débute en 1974 le crépuscule d’une longue carrière : champion olympique en 1960, puis des poids lourds chez les pros en 1964 sous le nom de Cassius Clay. Il se politise, se convertit à l’islam et prend le nom d’Ali. En 1967, il perd son titre après son refus de servir lors de la guerre du Vietnam, on lui ôte sa licence jusqu’en 1971. Pour redevenir champion du monde, il va falloir battre Foreman. Mais à l’époque, les journalistes sportifs et bookmakeurs ne voient pas l’ancien champion retrouver son titre dans la moiteur de Kinshasa.

Difficile d’estimer le nombre de spectateurs dans les tribunes surchauffées du stade ce 30 octobre ; ils sont entre 70 000 et 100 000. Le président Mobutu, à qui on doit la rencontre (il s’agit pour lui d’un coup politique à long terme, pense-t-il, d’émancipation de la population), regarde le match de chez lui, car il a peur d’un attentat. Le nombre de 500 millions de téléspectateurs dans le monde est évoqué. Chaque boxeur touchera, quel que soit le résultat, 5 millions de dollars. C’est colossal. À quatre heures du matin (heure locale), les pugilistes font leur entrée.

« Ali, bomayé ! »

Le combat débute. Ali, fidèle à sa devise, vole comme un papillon autour de Foreman et, dès qu’il le peut, pique de son direct avant du gauche, telle une abeille. Il peut compter sur un allié de taille : le public. Chacun de ses coups est accompagné des clameurs de la tribune, qui hurlent « Ali, bomayé ! » (« Ali, tue-le »). Pendant sa préparation, Ali n’a en effet pas hésité à aller à la rencontre des locaux, à déjeuner avec eux ; quant à Foreman, il a débarqué sur le sol africain flanqué d’un berger allemand, comme les colons belges autrefois pour effrayer la population locale… Au final, bien que les deux combattants soient de la même nationalité, Foreman est ce soir-là le représentant des États-Unis, Ali, celui des Noirs.

Face aux estocades d’Ali, Foreman semble brouillon, répond par des coups sourds. Lui qui a pour habitude d’être expéditif – ses huit derniers combats n’ont pas dépassé deux rounds – s’épuise. Il a beau faire plus mal que son adversaire, il ne boxe pas. Il se bat. Ali de son côté encaisse et va même plus loin, il invective son adversaire. « C’est tout ce que tu as dans les gants ? » semble-t-il lui glisser lorsque sonne la cloche, marquant la fin du premier round. Ali met tranquillement sa stratégie en place. Sa capacité d’encaissement est remarquable. À 4 h 25 du matin, on attaque le cinquième round. C’est la troisième fois seulement dans la carrière de Foreman qu’il reste aussi longtemps sur le ring de 6 mètres sur 6. Ali, lui, a déjà connu « l’enfer », selon ses propres mots, lors de sa double confrontation face à Joe Frazier, lors du « Combat du siècle » de 1971 et la revanche de janvier 1974 (qui sera suivie plus tard par la belle, le « Thrilla in Manilla » de 1975).

Ali accélère à partir du sixième round. Il ne semble plus si fatigué. Peu le savent, mais ses soigneurs sont arrivés au bord du ring une bonne vingtaine de minutes avant le début de combat. Avec une idée bien précise derrière la tête, détendre les cordes qui délimitent le ring. De ce fait, et c’est flagrant à l’image, Ali peut à la fois se reposer sur ces dernières et s’en servir comme d’un élastique pour repartir au combat. Le septième round est une copie conforme, le match est en train de basculer.

« J’ai mis les menottes à un éclair, j’ai emprisonné la foudre »

Au huitième round, Foreman, exténué à porter des coups au visage et au corps d’Ali, ne voit pas venir le contre. Il ne reste qu’une poignée de secondes quand soudain, l’enfant de Louisville dans le Kentucky contre-attaque à une vitesse foudroyante. On se remémore alors des mots prononcés par ce rhétoricien de génie, lors de la conférence d’avant-match : « Pour ce combat, je me suis préparé à fond. J’ai mis les menottes à un éclair, j’ai emprisonné la foudre. » Elle s’abat sur le pauvre Foreman, qui chancelle avant de s’étendre en étoile au milieu du ring. Les réclamations du camp Foreman criant à la tricherie n’y feront rien. À 32 ans, Ali devient à jamais « The Greatest ». Il conservera sa ceinture de champion du monde jusqu’en 1978.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.