Du sang bleu…pas royal ça ???

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Maintenant que Pfizer et Moderna ont fait état d’une efficacité de 95% ou plus pour leur candidat vaccin face au Covid-19, les projecteurs se braquent sur leur acheminement. Gros défi que de distribuer ces produits pharmaceutiques congelés, de façon rapide et si possible équitable. Des usines valaisannes de Viège aux pays partenaires de Moderna dans le monde, en passant par l’Espagne, où les principes actifs développés par le groupe rhénan Lonza doivent être encapsulés. Ou des laboratoires de l’Américain Pfizer qui exporteront des sérums à -80°C.

Nul besoin d’évoquer les tropiques où les infrastructures manquent. Des régions rurales des Etats-Unis n’arriveront pas non plus à gérer le vaccin fragile de Pfizer. Ces obstacles, la presse internationale les couvre déjà largement.

Dix yeux et du sang bleu

Un domaine est resté dans l’ombre. Les défis logistiques qu’il soulève sont pourtant tout aussi importants et les ingrédients dont il est question dignes des meilleures potions de Panoramix : celui des matières premières nécessaires à l’élaboration des vaccins du Covid-19. On ne fera pas toute la lumière ici, mais le point sur des éléments croustillants.

Par exemple le limule, que l’on surnomme crabe fer à cheval. Cet animal marin à dix yeux – un arthropode qui a survécu aux dinosaures- se déplace au gré de la pleine lune, notamment pour aller pondre ses œufs sur les plages de la côte Est des Etats-Unis. Il se fait rare depuis quelques années parce qu’il est la cible de l’industrie pharmaceutique.

Son sang bleu métallique et laiteux contient en effet une substance, le lysat, qui n’a pas son pareil pour détecter la présence d’endotoxines susceptibles de tuer les patients si elles devaient contaminer un vaccin, un médicament ou une prothèse.

Les pharmas du monde entier dépendent de cet arthropode depuis un demi-siècle, ce qui est « assez déroutant », selon la revue National Geographic. Des alternatives synthétiques ont émergé mais elles sont moins efficaces et pas autorisées par les autorités américaines de la santé. Les biologistes tenteraient de protéger ces bestioles, en pompant environ un tiers de leur sang sans les tuer – comme un don de sang – avant de les relâcher dans l’océan. Selon une étude de 2015 – Changing Global Perspectives on Horseshoe Crab Biology-, la mortalité des limules ainsi relâchés, désorientés et affaiblis avoisine les 30%.

Lonza utilise du lysat des crabes fer à cheval pour produire les vaccins de Moderna dans ses usines valaisannes. Le groupe rhénan signale qu’il s’agit de quantités minimes et qu’il veille à utiliser des versions produites en respectant le bien-être des animaux.

Foie de requin

On peut aussi mentionner l’huile de foie de requin, riche en squalène. Cette matière grasse est essentielle dans l’élaboration d’adjuvants nécessaires à de nombreux vaccins, dont les candidats face à la pandémie élaborés par GSK, Seqirus et Clover Biopharmaceuticals. De quoi pousser des activistes à sonner l’alarme. « La demande de squalène pourrait monter en flèche, entraînant une augmentation significative de la capture de requins pour leur foie », craint Shark Allies, une organisation vouée à la défense de ces poissons carnivores. Le squalène de requin est d’autant plus prisé qu’il est de bonne qualité et plus facile à extraire que celui obtenu auprès de sources alternatives, comme l’huile d’olive ou la canne à sucre.

Écorces d’arbre

Citons enfin le cas du quillaja saponaria, cet arbre à feuilles persistantes qui pousse quasiment uniquement au Chili. Ses écorces sont riches en saponine, un agent indispensable à un adjuvant du vaccin du groupe américain Novavax, en phase 3 des tests cliniques face au Covid-19. La demande explose du coup, or les quillaja saponaria ont subi les conséquences du changement climatique et des activités humaines ces dernières années, et ils périclitent. Pour corriger le tir, le Chili entend en planter en masse. La saison de la récolte des écorces commence en novembre d’ailleurs.

Les autres risques de pénurie sont pléthoriques cette année dans les coulisses des pharmas. Le principal fabricant de verres destinés aux flacons pour vaccins, l’allemand Schott, a fait savoir cet été qu’il manquait de sable pour en fabriquer. Les seringues ont également fait défaut mais les producteurs – le plus grand d’entre eux, Becton Dickinson, a son siège européen à Eysins (VD) – rattrapent leur retard.

Dans les vaccins, on peut également trouver de la gélatine, des émulsifiants, des traces d’antibiotiques et, très souvent, du sel d’aluminium. Utilisé comme adjuvant, ce métal renforce notre système immunitaire. Encore une matière première qu’il s’agit d’extraire pour le bien de l’humanité, mais en préservant la planète.

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