C’est pas « nous »…

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Sidérante sidération. Comment s’étonner d’un reconfinement annoncé par le relâchement prématuré de l’été, confirmé par la débandade de la rentrée, justifié jusqu’au dernier soir par les terrasses des cafés parisiens débordantes et provocantes ? La privation de liberté qu’on nous impose aujourd’hui n’est pas que le résultat d’une mauvaise gestion de crise par l’État, elle est aussi le fruit amer de notre indiscipline individuelle et collective. Celle-ci condamne aujourd’hui quelque 200000 commerces à la fermeture totale, sinon à la mort programmée, et des centaines de milliers de personnes au chômage partiel ou total.

Libéralisme et responsabilité.

 Les vrais libéraux le savent bien, il n’y a pas de liberté sans responsabilité. Être libre, c’est avoir des droits mais aussi répondre de ses actes. Or nos égoïsmes ont fait disparaître le visage de l’autre, celui du libraire, de la fleuriste, du parfumeur, du cafetier du coin de la rue. À ces présences familières et réconfortantes, nous avons préféré la masse informe et impersonnelle des grandes surfaces, du télétravail (télé qui signifie « loin ») et des plates-formes en ligne. Dont acte. À ce cout humain s’ajoute un coût économique dont les montants sont si astronomiques qu’ils paraissent nichés sur une autre planète : le déficit public annoncé pour 2020 s’élève à 248 milliards d’euros, soit quelque 11 % du PIB. La dette atteindra un niveau historique de 120 % du PIB. Et il faudra bien la rembourser. C’est la signature de la France qui est en jeu et sa capacité à emprunter dans le futur. Il faudra un jour revenir sur terre.

Si donc nous avons sacrifié nos enfants, ce n’est pas en limitant (pendant un temps et insuffisamment) leurs petites soirées entre amis, leurs week-ends d’intégration, c’est en plombant durablement leur avenir avec un fardeau financier qu’il leur faudra des années à rembourser, en même temps qu’ils devront payer nos retraites. Faute de leur avoir appris le civisme, nous risquons fort de nous priver un jour de leur solidarité. Face au virus fatal, nous sommes libres et nous avons arbitré. Contre tous les beaux discours à la mode sur l’« humain », le « respect et la « bienveillance », contre les applaudissements d’hier à nos soignants, contre nos libertés d’aujourd’hui, nous avons sacrifié du même geste l’autre et nous-mêmes, en attendant que l’État infantilisant finisse par mettre sa menace à exécution, comme le parent qui sévit, lassé des avertissements sans effet.

Injustice et incompréhension.

 Et puis, il y a ce sentiment d’injustice de ceux qui ont respecté les règles et se retrouvent punis comme les autres. Ces restaurants qui ont bouleversé leurs espaces pour respecter scrupuleusement les gestes barrières, ces maires qui ont tenu leur ville, ces citoyens qui ont gardé leur masque jusque dans leur famille. Il y a l’incompréhension devant la hiérarchie arbitraire des choses « nécessaires », devant l’absence de bon sens, la gestion erratique des espaces publics sans jauge ni jugeote, privilégiant l’affluence sans mesure dans la grande surface à une visite régulée dans le petit commerce de quartier.

Que l’on regrette l’incapacité de l’État à émettre et à faire respecter une règle claire, ou l’irresponsabilité des personnes à se soumettre d’elles-mêmes à la loi de la raison, le résultat est le même : nous avons choisi l’indiscipline à la liberté et nous n’avons pas fini d’en payer le prix.

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