La science infuse…

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Près de la moitié des Français déclare ne pas accepter un vaccin contre la Covid-19, doutant de sa sécurité. S’il est difficile d’anticiper les conséquences d’une faible couverture vaccinale, l’échec de la vaccination contre la grippe H1N1 – 8 % de personnes vaccinées – illustre les risques de l’hésitation vaccinale. Les autorités de santé planchent sur le sujet.

À la question « Vous feriez-vous vacciner si un vaccin contre la Covid-19 était disponible ? », près d’un Français sur deux répond non. L’espoir suscité par l’annonce tonitruante de Pfizer et BioNTech sur l’efficacité de leur vaccin s’évanouit un peu face à ce constat. Les Français doutent de la sécurité du futur vaccin. Ils doutent des autorités. Le succès du documentaire Hold-up, dont les nombreuses contre-vérités ont été mises en évidence, témoigne de cette crise de confiance. Le succès d’une future campagne de vaccination contre le Covid-19 repose en partie sur l’hésitation vaccinale, et préoccupe les autorités.

Parmi les 18 000 adultes de 15 pays sondés par Ipsos début octobre, les Français s’affichent en bas du classement : 54 % souhaitent se faire vacciner, contre 87 % des Indiens ou 85 % des Chinois. Une étude évaluait cette part à 59 % en juin, contre 76 % en avril. « La tendance est à la baisse, analyse Patrick Peretti-Watel, sociologue du risque à l’Inserm. Ces déclarations procèdent d’une volonté de marquer un désaccord sur la gestion de la crise. » Impossible cependant de savoir quelle part de la population se fera effectivement vacciner.

Cette hésitation pourrait-elle enrayer une future campagne vaccinale contre la Covid-19 ? Il faut pour cela connaître la part minimale de la population à vacciner. Elle dépend de nombreux facteurs, comme l’efficacité du ou des futurs vaccins employés, toujours inconnue aujourd’hui. Si 60 % de la population est vaccinée, le pic épidémique peut être évité avec un vaccin efficace à 80 %, voire 90 %.

« Plus un vaccin est efficace, moins la couverture vaccinale nécessaire est élevée, à condition qu’il ait un effet sur la transmission, détaille Daniel Floret, vice-président de la commission technique des vaccinations à la Haute autorité de santé (HAS). La quasi-totalité des essais cliniques actuels mesurent la protection vis-à-vis des formes symptomatiques, mais pas de la transmission. » Si les personnes vaccinées peuvent toujours transmettre le virus, la part non vaccinée de la population reste à risque de développer des formes graves de la maladie.

Jeunes réticents. Autre inconnue : la disponibilité des vaccins. « Les modèles supposent une couverture vaccinale obtenue en une journée, poursuit Daniel Floret. Or les doses arriveront au fur et à mesure, cela pourrait prendre plusieurs mois : l’impact sur la dynamique de la pandémie serait alors différent. » En identifiant des publics prioritaires, la stratégie de vaccination – en cours d’élaboration – vise à compenser la disponibilité partielle des vaccins en début de campagne.

« Si, à un moment donné, la stratégie vaccinale est d’empêcher la circulation du virus, il faut vacciner les personnes les plus à même de le propager : les jeunes », indique Daniel Floret. Or ce sont justement les 18-24 ans qui adhèrent le moins à l’idée de se faire vacciner contre la Covid-19. Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’hésitation vaccinale fait partie de la liste des 10 menaces à la santé globale. « Il y a un vrai risque que la campagne vaccinale se passe mal, à l’image de celle contre la grippe H1N1 », soulève Patrick Peretti-Watel.

Cet échec est dans toutes les têtes. Pendant l’épidémie de l’hiver 2009-2010, seuls 8 % des Français ont été vaccinés contre la grippe H1N1 ; bien peu, face aux 85 % visés par les autorités de santé. En cause, un manque d’accompagnement : la part des Français prêts à se faire vacciner grimpait de 11 % à près de 60 % si leur médecin leur recommandait. Or ces derniers doutent de l’intérêt de la vaccination et redoutent les effets secondaires. En 2015, 16 % à 43 % des médecins hésitaient à recommander – voire ne recommandaient pas – au moins un vaccin à leurs patients.

« Nous faisons les frais des controverses passées sur les vaccins, et actuelles comme celle sur les masques. » Un contexte très similaire à celui précédant la vaccination H1N1, marqué par une succession de critiques sur la dangerosité de la grippe ou la communication alarmiste du gouvernement

« Nous expliquons l’hésitation vaccinale chez les médecins généralistes par l’insuffisance de la formation initiale et un manque de confiance envers les autorités, explique Pierre Verger, directeur de l’Observation régional de santé Paca. Ils déplorent un manque de soutien des autorités de santé publique. C’est une ambiance que l’on retrouve aujourd’hui. » Une étude est en cours pour évaluer l’hésitation vaccinale des médecins face au Covid-19.

« Pour la grippe H1N1, les gens ne se faisaient pas vacciner chez leur médecin mais dans des lieux publics, rappelle Patrick Peretti-Watel. Cela a entretenu la méfiance des médecins généralistes, et c’est l’une des principales raisons de l’échec de la vaccination. » Les autorités profitent du retour d’expérience : « L’un des enjeux de la stratégie que nous bâtissons est de fournir des informations claires et transparentes aux professionnels de santé », affirme Daniel Floret.

Entretiens motivationnels. Mais sera-t-il concrètement possible d’intégrer les médecins généralistes à la campagne vaccinale ? Si le futur vaccin doit être conservé à -80 °C, comme celui de Pfizer, il semble compliqué de l’administrer dans les cabinets des libéraux non équipés. « C’est effectivement un problème – non insurmontable – pour les vaccins congelés, admet Daniel Floret. Mais d’autres types de vaccins vont sortir. »

Autre levier contre l’hésitation vaccinale : la communication publique. La Commission européenne recommande qu’elle soit « claire sur les avantages, les risques et l’importance des vaccins contre la Covid-19, afin de renforcer la confiance des citoyens. » La HAS, chargée d’établir la stratégie française, y consacre un avis où la transparence est de mise.

Les doutes sur la sécurité du vaccin sont en effet le frein principal. « Nous faisons les frais des controverses passées sur les vaccins, et actuelles comme celle sur les masques, explique Patrick Peretti-Watel. Elles nuisent à la confiance envers les autorités, et donc les vaccins. » Un contexte très similaire à celui précédant la vaccination H1N1, marqué par une succession de critiques sur la dangerosité de la grippe, la communication alarmiste du gouvernement, etc.

Malgré les risques pesant sur le succès de la future campagne vaccinale, les autorités n’envisagent pas, pour le moment, de rendre le vaccin obligatoire. « La littérature scientifique hésite entre une attitude directive, via l’obligation vaccinale, ou non, détaille Pierre Verger. Au Québec par exemple, les entretiens motivationnels fonctionnent très bien. » Pendant une vingtaine de minutes, une discussion initiée à la maternité permet de renforcer l’intention des parents à vacciner leurs enfants de 12 %. « Ils demandent beaucoup de temps, je ne suis pas certain que le contexte épidémique permette leur mise en place », rétorque Daniel Floret.

Reste à voir si un vaccin dont la sécurité reste à ce stade à démontrer réussira à conquérir le cœur des Français.

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