Bonne idée…mauvais résultats…?

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L’introduction d’un salaire minimum à Genève permettra-t-elle de lutter contre la précarité et d’améliorer le revenu des salariés ? Poser la question est iconoclaste, tant la réponse semble évidente. Et pourtant, modifier les fins équilibres du marché n’est jamais anodin, comme le montre le cas de l’Allemagne, qui a introduit en 2015 un salaire minimum de 8,50 euros de l’heure.

De nombreuses études fouillées nous apportent de riches enseignements : les populations les plus précaires (environ 10% des travailleurs), soit les femmes, à temps partiel, peu formées et travaillant en PME, ont clairement vu leur salaire horaire augmenter. Par contre, et contrairement aux attentes, de nombreux aspects indésirables viennent assombrir le tableau : le salaire horaire a bien augmenté de 6 à 7% en moyenne, mais le montant mensuel payé aux travailleurs précaires est resté stable.

Comment est-ce possible ? Pour éviter une croissance des coûts, notamment dans les secteurs à faibles marges (restauration, agriculture, commerce de détail), les employeurs ont compensé la hausse du tarif horaire par une baisse du nombre d’heures travaillées et donc une augmentation de la productivité. Ils ont également restreint ou supprimé les avantages annexes, réduit les heures supplémentaires, augmenté les paiements en nature, diminué les salaires des postes payés un peu plus que le minimum et baissé les dépenses en formation. Dans les faits, le salaire horaire nominal a donc bien augmenté, mais le salaire payé à la fin du mois est resté désespérément identique !

D’autres conséquences négatives sont également bien décrites dans les études scientifiques : une baisse de l’emploi, notamment avec une réduction significative des nouveaux engagements, une réticence à proposer des contrats à durée indéterminée, une diminution de la longueur des contrats à durée déterminée, et une augmentation des free-lances. Mais ce n’est pas tout. On note encore une augmentation disproportionnée des prix dans les secteurs les plus affectés, une réduction des investissements, et un appel d’air attractif pour les travailleurs immigrés.

Les conséquences allemandes ne vont très certainement pas se reproduire à l’identique à Genève. Néanmoins, le seuil de 23 francs y est particulièrement élevé. On décuple ainsi les risques, pour un petit territoire enclavé, d’un afflux de travailleurs peu formés et alléchés par le différentiel de salaire, et d’un tourisme de l’emploi, comparable au tourisme d’achat, pour éviter les contraintes genevoises. Les conséquences sur la LPP et les conditions annexes sont également à redouter, avec une réduction au minimum légal de ces prestations. Enfin, l’impact sur le prix des biens et services sera très intéressant à observer. L’avenir nous dira comment une excellente intention peut être contrariée par les mécaniques du marché, ou pas !

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