Terrorisme : ce que l’Europe prépare…

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LETTRE DE BRUXELLES. La Commission européenne annonce un plan pour le 9 décembre visant à renforcer Europol pendant que Macron veut refonder Schengen.

Il n’a jamais été très judicieux de réagir à chaud à une tragédie et de produire, en toute hâte, quantité de textes et de mesures qui, à la longue, n’apportent pas grand-chose. Les attaques terroristes des dernières semaines, en France comme en Autriche, n’échappent pas à cette tentation. Cette semaine, Emmanuel Macron a réuni quelques leaders européens, dont le chancelier autrichien Kurz et Angela Merkel, pour lancer des initiatives sur une refonte de l’espace Schengen en vue de mettre en place des contrôles internes.

Au niveau européen, la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, a annoncé, cette semaine, au Parlement européen que la Commission allait proposer le 9 décembre un « plan pour combattre le terrorisme ». Depuis 1986, la France, à elle seule, affiche plus d’une trentaine de textes et d’initiatives sur ce sujet… Un règlement européen est en cours de discussion visant à retirer de la Toile au plus vite les contenus terroristes. Le trafic d’armes illicites fait lui aussi l’objet d’un plan d’action 2020-2025. Rien qu’en 2015, Europol a enregistré 57 « incidents terroristes » avec l’usage d’une arme à feu. Les victimes du terrorisme en Europe s’élèvent désormais à 450 morts depuis les attentats islamiques de Madrid en 2004.

Renforcer Europol

C’est encore sous le choc des attentats en France et en Autriche que le Parlement a organisé, mercredi, un débat sur le thème intitulé « lutte contre le terrorisme et droit à la liberté d’expression et d’éducation ». Point d’islamisme radical dans cet intitulé, tout comme il n’en fut pas non plus question dans la prise de parole de la commissaire Johansson. « Cette peur d’associer un motif religieux aux attentats terroristes qui ont ensanglanté l’Europe au cours des derniers jours, au cours des vingt dernières années même, cela nous empêche de nous prémunir et de lutter contre ces actes terroristes », a critiqué le député italien Nicolas Procaccini, orateur du groupe conservateur ECR (souverainiste), lui-même membre de Fratelli d’Italia. (…) Cela nous empêche de faire un discours laïc, de donner du courage aux musulmans qui viennent en paix en Europe en vivant leur foi de manière tranquille. La peur de nommer les choses, cela nous amène à cacher les racines de notre société, des racines religieuses, des racines chrétiennes. »

La commissaire Johansson a proposé de renforcer le mandat d’Europol, l’organisme européen de coopération policière. « Le système d’information de Schengen ne fonctionne que sur une base volontaire aujourd’hui. Nous avons besoin d’éléments contraignants », a souligné Manfred Weber, le chef du groupe des démocrates-chrétiens (PPE). Le terrorisme ne connaît pas de frontières, nous ne devons pas nous laisser bloquer aux frontières. » Weber a soutenu la proposition de renforcer le mandat d’Europol.

La liberté de circulation menacée

« Qu’attend le Conseil pour créer une véritable agence de renseignement européenne ? » s’est exclamée Iratxe Garcia Sanchez, la présidente du groupe des sociaux-démocrates (S & D). Mais pensait-elle à une évolution d’Europol vers le renseignement ? « Une fausse bonne idée », commente l’eurodéputé Arnaud Danjean (PPE). Europol est une agence de coopération policière. Et ça marche plutôt pas mal. Mais police ne veut pas dire renseignement. Le renseignement, c’est autre chose et les canaux de coopération existent, mais sans se formaliser dans une agence européenne qui n’apporterait rien. »

Iraxte Garcia a pris ses distances avec les initiatives du président Macron sur Schengen en considérant qu’il ne fallait pas lier « terrorisme » et « migration » et a plaidé pour ne pas mettre à mal la liberté de circulation au sein de l’espace Schengen, l’une « de nos principales réussites », parce que « sinon les terroristes l’auront emporté ».

Nicolas Bay se moque de Charles Michel

Maite Pagazaurtundua (Espagne, Ciudadanos, dont le frère est une victime d’ETA) a pris la parole au nom du groupe Renew (libéraux et macronistes), a proposé d’innover en matière de prévention du terrorisme « au niveau local » et a insisté pour qu’un compromis soit rapidement trouvé sur le règlement permettant de retirer des contenus terroristes en ligne.

Pour le membre du Rassemblement national, Nicolas Bay, le débat a été l’occasion de tirer à boulets rouges sur le projet de loi sur le séparatisme dévoilé, dans ses grandes lignes, par le président Macron accusé de « renforcer le communautarisme en généralisant l’apprentissage de l’arabe à l’école et la prise en charge de la formation des imams par l’État ». Une idée jugée « saugrenue » par Nicolas Bay et reprise par Charles Michel, le président du Conseil, qui s’est déclaré favorable à la création d’un « institut européen de formation des imams ». « Faudra-t-il avoir un commissaire européen à l’Islam ? » s’est moqué l’eurodéputé RN. « Vous voulez former des imams, nous voulons expulser les prêcheurs de haine, a-t-il harangué dans un hémicycle quasi désert. Vous voulez que Frontex sécurise la traversée des migrants, nous voulons que Frontex les ramènent chez eux. »

Les Verts et l’extrême gauche pour des moyens éducatifs et sociaux

À l’opposé de ce propos, les Verts ont confié le soin de porter leur parole à Salima Yenbou, une élue française d’Europe Écologie-Les Verts. Pour elle, la prévention du terrorisme passe par le fait de « promouvoir au quotidien une société inclusive, égalitaire, dans laquelle aucune discrimination n’a sa place (…). La lutte contre la déscolarisation, l’illettrisme, la désinformation, pour l’alphabétisation sont des combats à mener de manière constante auprès de nos jeunesses, riches de leur diversité. La lutte contre le terrorisme est aussi un combat contre nous-mêmes, contre nos préjugés, nos oppressions, contre le racisme individuel et systémique ». En somme, selon Yenbou, le terrorisme serait aussi un peu de la faute des Européens… La jeune élue s’inquiète aussi des restrictions des droits et des libertés que l’État justifie par la lutte contre le terrorisme. « Nous risquons de faire le jeu de ceux qui nous attaquent en vertu de ces valeurs. »

L’intervention de Manon Aubry, mélenchoniste, présidente du groupe de la GUE (extrême gauche), allait-elle être teintée d’islamo-gauchisme ? Elle s’en est prise à la « rhétorique de haine » de l’extrême droite et à la « chasse aux sorcières du gouvernement français » par allusion aux propos de Gérald Darmanin qui s’est déclaré « choqué » par la « cuisine communautaire » en vente dans les hypermarchés, considérant que c’était le début du « communautarisme ». « Toute stigmatisation des musulmans est un cadeau à ceux qui cherchent à relancer les guerres de religion », a-t-elle souligné. Manon Aubry a défendu d’autres moyens pour lutter contre le terrorisme comme renforcer la justice et le renseignement, la surveillance des banques par lesquelles l’argent sale des terroristes est blanchi, une réforme « en profondeur des alliances commerciales et militaires avec les États qui les subventionnent ». Ce dernier propos visait particulièrement Jean-Yves Le Drian, qui, de la Défense sous Hollande au Quai d’Orsay sous Macron, est en première ligne avec les pays du Golfe.

On est pas au bout de nos peines…Pauvre Europe…Pauvre de nous…

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