« Suffren »

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Le sous-marin « Suffren », pépite de la marine nationale

Ce « couteau suisse » dote la France de capacités nouvelles, comme celle de frapper à plus de 1 000 kilomètres à l’intérieur des côtes.

Le sous-marin « Suffren », dans le port de Toulon.

C’est un très gros bateau, tout noir et très discret. Depuis le XVIIIe siècle, il est le huitième navire, mais premier submersible, à porter le nom de l’amiral Pierre André de Suffren, mort six mois avant la prise de la Bastille. Le 6 novembre, la ministre des Armées Florence Parly s’est rendue à Toulon pour la réception de ce sous-marin nucléaire d’attaque (SNA). Construit par Naval Group, à Cherbourg, où il avait été mis à l’eau le 1er août 2019, il avait été confié à la Direction générale de l’armement qui veille à sa destinée technique depuis 1998, année des débuts du programme Barracuda dont le Suffren est la tête de série.

À la fin de la présente décennie, si les plans actuels se réalisent, le programme Barracuda comptera au total six bâtiments (SuffrenDuguay-TrouinTourvilleDe GrasseRubis et Casabianca), à 1,5 milliard d’euros pièce, au bas mot. Plusieurs mois d’essais à la mer du Suffren se sont achevés début novembre. La marine nationale a pris possession de ce fleuron, mais il n’est pas opérationnel pour autant. Il devra encore effectuer plusieurs mois d’essais et une « traversée de longue durée » avant d’être admis au service actif à la fin de l’année 2021.

Arme de souveraineté

Ce navire de 5 300 tonnes en plongée (deux fois celui de l’actuelle classe Rubis) dispose comme tous les sous-marins français d’une propulsion nucléaire. Les entreprises de la BITD (Base industrielle et technologique de défense) ont doté de tous les perfectionnements imaginables les soixante-dix mille équipements qu’il emporte et il sera disponible plus de 270 jours par an, avec deux équipages de 65 marins chacun. Ses missions opérationnelles seront celles que la France confie depuis quarante ans à ce type de bâtiments, et d’abord la protection des sous-marins nucléaires lanceurs d’engin (SNLE) de la force de dissuasion.

Deuxième mission : la protection des zones sur lesquelles la France entend assurer sa souveraineté. Ce sont aussi bien des voies d’approvisionnement maritime que les abords de ses côtes – notamment outre-mer – ou celle de ses alliés. Avec une capacité d’écoute sous-marine de plusieurs centaines de kilomètres de rayon, il est aussi en mesure d’assurer la protection à grande distance du groupe aéronaval qui accompagne le porte-avions. Outil de renseignement irremplaçable en raison de sa discrétion couplée à de puissantes capacités d’interception électroniques, le Suffren augmentera significativement les capacités de la marine française en la matière.

« Instruments de puissance »

Trois armements innovants feront du Suffren une arme d’un type nouveau pour les Français qui disposeront de nouveaux moyens d’action. Il peut emporter vingt exemplaires de la nouvelle torpille lourde F21 Artemis de 50 kilomètres de portée. Premier sous-marin français capable d’emporter douze missiles de croisière navals (MdCN) tirés en immersion – comme le font déjà les frégates Lafayette –, le Suffren sera en mesure de frapper une cible à terre à plus de mille kilomètres de son point de lancement. Cette capacité nouvelle sera particulièrement utile dans le cas, de plus en plus fréquent, où les cibles sont très efficacement protégées par des missiles performants. Pour peu que le sous-marin soit prépositionné à proximité d’une zone sensible, la frappe peut survenir quelques dizaines de minutes après la prise de décision.

Les États-Unis disposent de cette capacité depuis 1983 de missile Tomahawk largement utilisés depuis, et acquis par la Royal Navy britannique durant la décennie suivante. Le Royaume-Uni ne sera plus seul en Europe à pouvoir utiliser cette arme. Florence Parly l’a rappelé lors de la cérémonie de Toulon : « Il n’y a pas l’ombre d’un doute : les SNA de la classe Suffren seront des instruments de puissance et des navires de combat d’exception. Tenir une permanence à la mer, en toute discrétion, au plus loin comme au plus proche des côtes, procure une capacité essentielle à notre pays. »

« Sas nageurs »

Contre les navires de surface, le submersible dispose de douze missiles antinavires Exocet SM39 Block2 Mod2. Une autre capacité nouvelle du Suffren concerne les forces spéciales. Les nageurs de combat dédiés à l’action sous-marine sont déjà en mesure de quitter des sous-marins en plongée par le tube lance-torpilles. Mais ce mode d’action super-discret change d’échelle puisque le sous-marin pourra emporter si nécessaire un hangar de pont (ou Dry Deck Shelter DDS) de 43 tonnes, relié au bâtiment par un « sas nageurs ». Cet équipement sera en mesure d’emporter les véhicules sous-marins des commandos, dont le futur PSM3G (propulseur sous-marin de 3e génération). Pour compléter les capacités des opérations spéciales, le Suffren sera en mesure de larguer des mines, par exemple pour bloquer l’entrée d’un port.

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