1971- Le 09 novembre…

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Le 9 novembre 1971, John Emil List abat froidement toute sa famille avant de s’engager dans une longue cavale qui ne prendra fin qu’en 1989.

John Emil List.

Lorsqu’il déménage avec toute sa famille à Westfield, dans le New Jersey, en 1965, John Emil List apparaît comme un homme accompli. Vice-président et contrôleur d’une banque, ce père à l’avenir tout tracé est également propriétaire d’un somptueux manoir de 18 pièces, sobrement doté de cheminées en marbre et d’une salle de bal. Lui, sa femme et ses trois enfants vivent avec sa mère, une luthérienne très stricte avec laquelle ils se rendent chaque semaine à l’église.

Sang-froid

Vient alors le 9 novembre 1971. John E. List, 46 ans, rentre chez lui. Sur place, il trouve dans la cuisine sa femme Helen, même âge, en train de déguster son petit-déjeuner. Il lui tire dessus. Changement de cap. Le veuf grimpe jusqu’au troisième étage pour rejoindre sa mère Alma, 84 ans. Il appuie à nouveau sur la détente. Avant que ses enfants ne rentrent de l’école, il traîne le corps de sa femme dans la salle de bal et nettoie tout derrière lui pour ne pas que Patricia, 16 ans, et son frère Frederick, 13 ans, ne réalisent ce qui se passe. Pourtant, il leur réserve le même sort.

Assis à la même table sur laquelle il a abattu plus tôt sa femme, John E. List se prépare un repas puis part assister au match de football de son dernier fils, John, âgé de 15 ans. Lorsqu’ils regagnent la maison après la rencontre sportive, le père l’achève et s’acharne sur son corps en lui tirant une dizaine de fois dessus.

Comme le rapporte ABC News, l’homme s’est ensuite empressé d’aligner les quatre corps dans la salle de bal, en laissant celui de sa mère à l’étage car beaucoup trop lourd, avant de mettre de la musique et de tout nettoyer méticuleusement. Armé cette fois-ci d’une feuille et d’un stylo, il écrit ensuite une lettre-confession à son pasteur. Dans sa missive, il explique ses problèmes financiers : « Au moins, je suis certain que tous sont allés au paradis maintenant. Si les choses avaient continué ainsi, qui sait si ce serait le cas ».

Brouiller les pistes

Le lendemain des meurtres, John E. List fouille sa maison à la recherche de photos de famille, en arrachant son visage sur chacune d’elle pour que la police n’ait rien entre les mains pour partir à sa recherche. Il se rend alors à l’aéroport international John F. Kennedy de New York où il laisse sa voiture avant de prendre un bus pour se rendre en ville. Il faut brouiller les pistes. Et, pour cela, le meurtrier semble avoir parfaitement calculé son coup. Il a ainsi annulé son abonnement chez le livreur de lait et a prévenu les services postaux de ne plus livrer le courrier à son domicile. Sans oublier de passer un coup de fil à l’école des enfants et aux proches pour annoncer que la famille compte déménager en Caroline du Nord pour s’occuper de la mère d’Helen, gravement malade.

La voiture de John E. List laissée à l’aéroport John F. Kennedy.

Face à un scénario aussi bien orchestré, ce n’est qu’un mois plus tard que les corps sont retrouvés dans la maison, le temps pour John E. List de filer loin de Westfield et des horreurs qu’il y a commises. En pénétrant dans la demeure, les forces de l’ordre remarquent que la musique tourne encore. Le chien de la famille, lui, est introuvable. Leur seule piste : sa voiture laissée à l’aéroport.

Une courte nouvelle vie.

Le fugitif s’embarque alors dans une cavale qui durera dix-huit ans. Dix-huit longues années durant lesquelles il s’est construit une nouvelle vie. Désormais, le voici devenu Robert Clark, un homme marié à une femme dénommée Delores Clark avec qui il a déménagé à Richmond, en Virginie. Cuisinier dans un hôtel puis comptable, il a rejoint également une église luthérienne, comme il l’expliquera plus tard.

Ce nouveau départ prend fin en 1989 lorsqu’un ancien voisin le reconnaît grâce au portrait-robot diffusé dans America’s Most Wanted, une émission qui demande l’aide des téléspectateurs pour résoudre des affaires criminelles.

Le sculpteur Frank Bender posant à côté d’un buste de John E. List censé le représenter vieilli de quelques années.

Tout au long de son procès, John E. List nie être à l’origine du quintuple meurtre dont on l’accuse. Il expliquera par la suite qu’il n’a jamais pu avouer à sa famille la perte de son emploi, ainsi que l’ampleur de ses dettes. Chaque jour, le père de famille faisait semblant de partir travailler alors qu’il passait ses journées à errer et à lire dans la gare de la ville. En 1990, il est condamné à la perpétuité.

Un article publié par ABC News en 2006 rapporte qu’il a justifié ses actes comme étant le seul moyen de sauver sa famille des problèmes financiers qui les menaçaient, et qu’il attendait de les retrouver après sa mort. « J’ai le sentiment que lorsque nous arrivons au paradis, nous ne nous soucions pas de ce qui s’est passé sur Terre. Lorsque nous nous verrons, ils m’auront pardonné ou ne réaliseront pas ce qui s’est passé », raconte-t-il dans une interview accordée au New Jersey State. Avant de préciser : « Je suis sûr que si nous nous reconnaissons mutuellement, nous apprécieront la compagnie de l’autre comme nous l’avons déjà fait lorsque les temps étaient meilleurs. » Sa réponse, il l’obtient en 2008 lors de son décès en prison des suites d’une pneumonie, à l’âge de 82 ans.

XDDL

Cette affaire n’est pas sans rappeler celle de Xavier Dupont de Ligonnès. Le parcours et la personnalité des deux hommes sont étrangement similaires. Ce Nantais, dont l’histoire passionne l’Hexagone depuis 2011, a également tué sa femme et ses quatre enfants avec une arme. Tout aussi calculateur, le père de famille s’est aussi assuré d’envoyer des lettres aux écoles de ses enfants et d’informer ses proches que la famille comptait partir à l’étranger. Sans oublier les problèmes financiers qui le tenaient aussi au cou et dont il n’arrivait plus à se défaire. Reste aujourd’hui cette cavale qui n’en finit pas de fasciner tant elle perdure dans le temps.

Les similitudes avec l’affaire John E. List sont tellement frappantes que certains penseraient même que Xavier Dupont de Ligonnès s’est inspiré de son homologue américain. Dans l’émission Un homme ordinaire : de la fiction à la réalité, Pierre Aknine, qui a réalisé la série sur l’affaire, explique notamment que « en 2009, quand l’affaire John List a éclaté, Xavier Dupont de Ligonnès était aux États-Unis », rapporte RTL. Une coïncidence qui expliquerait la ressemblance entre les deux affaires, le Nantais s’étant possiblement inspiré de l’histoire tragique de cette famille originaire de Westfield. Reste à savoir si sa cavale durera, elle, aussi longtemps.

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