Lettre d’encouragement à nos bureaucrates…

Distances, horaires, jauges, protocoles, règles et dérogations, la bureaucratie donne à plein. La crise lui profite. Mais à qui la faute ?

Chers chefs de bureau,

De tous côtés, on vous accuse, on vous vilipende, on vous calomnie. Encore tout récemment, Arnaud Montebourg dénonçait « l’obscurantisme bureaucratique ». C’en est trop ! Sans du tout vous connaître, notre esprit de justice nous oblige à vous porter assistance. Il est vrai que vous faites gros et qu’en période de crise – nous y sommes – vous donnez le meilleur de vous-mêmes, ce que tout le monde ne goûte pas. Là s’exprime pourtant ce que vous savez faire à merveille, votre goût raffiné de la norme, votre dévotion maniaque à l’interdit, votre souci obsessionnel du détail sans lequel il ne saurait y avoir une bonne règle. Une bonne règle ne supporte pas qu’il puisse y avoir de « trous dans la raquette », comme on dit. Vous nourrissez une aversion absolue pour le flou juridique, ne parlons même pas du vide juridique.

On n’en revient pas de votre agilité normative. Rien ne lui échappe. Les protocoles sanitaires sont au petit poil, mesurés en centimètres, les distanciations, les jauges, les tranches horaires, autant de jardins administratifs à la française quand ils sortent de vos bureaux. Comme si c’était facile : avoir à juger de tout, des rayons essentiels dans les grandes surfaces et de ceux qui ne le sont pas, des professions et des boutiques dont on ne saurait se passer en période de confinement et des autres. Rien de facile non plus, à peine une règle fixée, d’en définir les multiples exceptions, chaque dérogation répondant à un souci d’équité, chacune cachant un lobby. Malin qui s’y retrouve… Le résultat de tous vos efforts est une montagne de dispositions coercitives, mouvantes, et souvent incongrues, d’apparence contradictoire ou capricieuse. Ce que l’on ne manque pas de vous reprocher sans retenue : on soupçonne que votre plus grand plaisir est d’« emmerder les Français ».

Impassibles chefs de bureau

Chers chefs de bureau, restez stoïques sous l’opprobre public, impassibles sous la mitraille médiatique. Ce que vous faites est admirable d’abnégation. Est-ce de votre fait d’avoir à mettre en musique administrative une partition politique, et de votre faute si cette partition est une cacophonie sérielle ? Hier, avoir eu à définir ce qu’étaient précisément des signes religieux « ostentatoires » (taille d’un crucifix, diamètre d’une kippa…), aujourd’hui avoir à réglementer un reconfinement dont les portes doivent être fermées en même temps qu’ouvertes et réciproquement ? Avec un professionnalisme qui force le respect, vous faites le sale boulot dont vous passent commande tous ceux qui participent au concours Lépine de la solution kafkaïenne.

Chers chefs de bureau, ne vous laissez pas abattre ! Surtout en ce moment où la concurrence étrangère menace votre suprématie reconnue. On découvre qu’en Allemagne vos confrères ont pris le même genre de dispositions que vous, fermant salles de concert mais laissant ouvertes les églises, laissant aux coiffeuses une liberté qu’ils refusent aux esthéticiennes et provoquant la même contestation populaire. À croire que vos homologues allemands ont infiltré chez vous des espions et cherchent à vous supplanter. Ne cédez rien ! Il ne sera pas dit que vous renonciez à votre réputation, acquise de longue date, et que vous cédiez votre place, qui doit rester la première en Europe.

Trouvez ici la marque de notre soutien. Bien à vous.

Le Président G. Pompidou en 1966 a dit à Jacques Chirac « Mais arrêtez donc d’emmerder les Français. Il y a beaucoup trop de lois, trop de règlements dans ce pays »…

Qui a écouté ???

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