Covid-19 : un événement monstre…

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La pandémie de Covid-19 est un événement monstre, dont l’onde de choc tend à se propager dans les domaines les plus divers.

-1.La fin de la primauté de l’économique ?

Avec l’année qui s’achève, l’épidémie qui redouble d’intensité, la polémique qui enfle et les affaires qui périclitent, on ne pourra plus dire, comme on le faisait encore naguère, que les sociétés modernes subissent la tyrannie de l’économique. C’est même le contraire qui est vrai. Jamais, dans le passé, on n’avait fait comme aujourd’hui de la préservation de la vie humaine une priorité absolue, balayant toute autre considération. « Quoi qu’il en coûte », avait dit Emmanuel Macron, dès les premiers signes de la catastrophe. Aujourd’hui, moins on croit à une autre vie, plus on est attaché à celle-ci, au point de faire de l’État le responsable de sa préservation. N’ajoutez donc pas foi aux rodomontades libertaires, voire anarchistes, de la petite bourgeoisie intellectuelle : elles ont pour contrepartie inavouée, mais inévitable, une emprise croissante de l’État sur l’existence des individus.

Songez que, lors de la pandémie de « grippe espagnole » – en réalité américaine – de 1918-1919, la France aurait perdu 400 000 personnes, sans que les chiffres puissent être vérifiés. Elle aurait fait, selon l’Institut Pasteur, de 20 à 50 millions de morts à travers le monde, peut-être davantage. Une catastrophe effroyable, difficilement supportable à nos yeux aujourd’hui, et qui pourtant n’a donné lieu à aucune mesure particulière et a laissé des traces assez modestes dans les écrits de l’époque. Il est vrai que les regards étaient tournés vers la Première Guerre mondiale, qui pourtant aurait fait au total moins de victimes. Le sentiment de fatalité dépend beaucoup de l’état d’avancement de la science et du poids de l’opinion publique. Il faut en conclure que le capitalisme, regardé comme un monstre sans cour, polarisé exclusivement par la dimension économique de la vie publique, a changé, et qu’il se heurte à la pression désormais irrésistible de l’opinion publique. Marx était redoutable contre le capitalisme, mais il est impuissant contre les beaufs.

-2. La défaite symbolique de l’Occident.

Les chiffres évoqués plus haut à propos de la grippe espagnole, soit quelque 18 millions de morts en Inde, 4 à 9 millions en Chine contre « seulement » 2,3 millions en Europe occidentale et 500000 environ aux Etats-Unis – ce ne sont que des évaluations- donnent pourtant une idée de l’inversion de l’ordre de la puissance et de l’efficacité qui est en train de se produire entre l’Occident et l’Orient. Car enfin, la Chine, le Japon, mais aussi Taïwan ou la Corée du Sud paraissent s’être pour l’essentiel débarrassés de ce fléau : le Covid-19. Certes, dans le cas chinois, qui est pourtant à l’origine de la pandémie, on invoquera le caractère brutalement autoritaire, à la limite du supportable, des mesures de confinement, pour expliquer son efficacité quasi totale. Mais dans les autres pays cités, qui s’apparentent à des démocraties libérales, à l’occidentale, l’explication ne vaut pas. Il faut donc invoquer l’ancienneté des mesures prophylactiques, comme le port habituel du masque, l’excellence des équipements, la discipline des populations dans le respect des mesures de traçage, en un mot l’adaptation sanitaire au monde moderne. On ne peut s’empêcher de voir là une sorte de passage symbolique de témoin dans l’hégémonie mondiale. C’est en Occident que l’individualisme, rebelle à toute discipline, à tout sacrifice collectif en faveur des valeurs communes, exerce ses ravages. C’est l’individualisme qui a permis l’essor des sociétés modernes ; c’est l’individualisme qui, si l’on n’y prend garde, en viendra à bout. Jadis, l’existence des sociétés dépendait de l’ampleur des prélèvements opérés sur les jouissances individuelles au profit de valeurs considérées comme supérieures : Dieu, la patrie, la famille. Nous sommes désormais dans des sociétés sans sacré . Soit. Mais y survivrons-nous ?

-3.La France est perdante sur les deux tableaux.

La France est en voie de cumuler des pertes humaines parmi les plus importantes d’Europe en proportion de la population, et les dommages économiques parmi les plus lourds. Dans les deux domaines, la comparaison avec l’Allemagne nous est défavorable, pour ne pas dire qu’elle est accablante. Si les Français s’étaient montrés disciplinés et solidaires lors du confinement du printemps, le déconfinement a tourné au désastre à cause de l’indiscipline de la population, notamment de la jeunesse, et le reconfinement s’apparente à une cacophonie. Notre propension à philosopher, à ergoter quand il serait question d’agir, prend depuis quelques jours des formes caricaturales. Quels sont les produits et les gestes qui relèvent de la première nécessité ? Beau sujet de dissertation pour feu le baccalauréat, section philosophie, auquel la population se livre avec délices. Tout y passe : les livres contre le bifteck, les petits contre les gros, la prière contre l’alimentation. Au printemps, les libraires, qu’on avait d’abord exemptés de confinement, se sont plaints qu’on voulait les tuer. Aujourd’hui, où ils y ont été soumis, ils crient qu’on veut les étrangler. L’Église catholique découvre soudain que les offices religieux sont des produits spirituels de haute nécessité. Tiens donc ! En toute sincérité, et quelles que soient les erreurs commises, je plains Macron.

Mussolini disait qu’il n’est pas difficile de gouverner l’Italie, mais que cela ne sert à rien. De la France, on pourrait dire qu’il est très difficile de la gouverner, mais que cela ne sert pas davantage.

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