À quoi sert la France ?

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Le piège est tendu. Des attentats ensanglantent la France, de Conflans à Nice. Mais ce n’est pas – cela n’a jamais été – qu’une affaire intérieure. L’internationale islamiste nous poursuit. Il y a ces manifestations dans le monde entier, de Gaza à Moscou, des condamnations des caricatures de Mahomet venues du Maroc ou du Koweït, des appels au boycott. Et voici Emmanuel Macron contraint de se justifier, en anglais et en arabe, sur Twitter ainsi que sur Al-Jazira. 

La France, désignée ennemi public numéro un, ne peut compter que sur un soutien de principe, et plutôt mezza voce, de l’Europe. Ce soutien est d’ailleurs plus net à propos de la tuerie de Nice que de l’assassinat de Conflans. Pourquoi ? 

Parce que Samuel Paty, ce sont les caricatures de Mahomet. Et là, il n’y a soudainement plus grand monde pour monter en première ligne. Le pire, dans ce registre de l’intériorisation de la contrainte, est peut-être le Premier ministre canadien Justin Trudeau. Il n’ignore rien de la violence qui se déchaîne contre la France, mais a tout de même déclaré que « nous nous devons d’être conscients de l’impact de nos mots, de nos gestes sur d’autres, particulièrement ces communautés et ces populations qui vivent encore énormément de discriminations ». Ou comment, à demi-mot, donner raison à la rhétorique islamiste. Honte à lui. 

Trudeau n’est pas le seul. Ce galimatias inepte est porté notamment par de grands journaux américains, comme le New York Times ou le Washington Post. Dernier en date, le New Yorker, dont une journaliste, Alexandra Schwartz, assure que « les caricatures sont en réalité des discours de haine ». Sans rire. La haine ne serait pas celle des frères Kouachi ? Non, mieux valait diffamer post mortem Cabu, Charb, Wolinski et les autres. Avec des amis comme cela…

Renoncement occidental. La France se retrouve de plus en plus seule. Et fragmentée. Car la gauche islamistophile n’a pas attendu longtemps après l’assassinat de Samuel Paty pour revenir à la charge. On a pu ainsi lire dans Le Monde, sous la plume de Jean-François Bayart, l’un de ces universitaires dont ce journal a le secret, qu’« il y a bien une islamophobie d’État en France ». Mais ce n’est pas tout. Un archevêque (de Toulouse) et un évêque (de Nice) ont eux aussi tenu des propos ahurissants sur les caricatures, prônant l’apaisement, la modération. De la part de qui ? Savent-ils ce qui est arrivé aux chrétiens d’Orient ? Carlo Strenger avait parfaitement analysé ce renoncement occidental aux Lumières – pensée de l’esprit critique – et ce glissement dont découle « une culture qui a élevé le ressentiment au rang de vertu »

L’internationale islamiste, qui existait bien avant Erdogan, mais à laquelle le président turc donne un souffle nouveau et les moyens d’un État puissant, joue sur du velours. Mais pourquoi en veut-elle spécifiquement à la France ? Ne soyons pas naïfs, il ne s’agit pas que des caricatures. Sans elles, il y aurait autre chose. L’islamisme est un impérialisme. 

Cela ne date pas d’hier. L’Occident s’est résigné assez vite à son expansion ces dernières décennies dans le monde musulman. Une faute stratégique, mais surtout morale. Car avant de tuer à Toulouse, Paris ou Nice, il a tué à Alger, Karachi, Kaboul et Bagdad. Nous avons abandonné des millions de musulmans aux islamistes. Par dédain, ce qui est honteux, ou par haine de nous-mêmes, ce qui est idiot. 

Sur ce dernier point, la flagellation occidentale est stupéfiante. Pendant que la Chine enferme on ne sait combien d’Ouïgours dans des camps – ce qui ne provoque aucun appel au boycott –, c’est la France qui traiterait mal les musulmans ? Sinistre farce. Pourquoi les démocraties libérales devraient-elles avoir honte de ce qu’elles sont ? 

Elle est inconfortable, la position française. Et pourrait coûter encore des vies. Mais c’est à l’honneur de notre pays d’être encore un peu fidèle à son histoire. Les Lumières ont certes des racines dans de nombreuses civilisations : citons par exemple les principes de tolérance appliqués – en rupture avec les massacres passés – par Jalâluddin Muhammad Akbar, empereur moghol (musulman) qui régna sur le nord de l’Inde au XVIe siècle. Mais l’Europe, c’est un fait indéniable, a joué un rôle central dans leur formalisation. Notamment la France. 

À quoi servons-nous ? Ce vieux pays, qui représente moins de 1 % de la population mondiale et craint le déclin, n’est certes plus le phare qu’il fut, mais demeure, en l’espèce, un havre de libertés délaissées. Il est heureux qu’il tienne. Pour lui, et – même symboliquement – pour tous ces musulmans vivant en terre d’islam et que des islamistes terrorisent. Pour toutes ces femmes qui endurent le fouet pour avoir ôté leur voile, pour les homosexuels qui risquent la mort, pour les millions de victimes de ce totalitarisme qui n’ont pas eu la chance de naître dans un pays libre.

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