Dialogue de sourds…

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Les librairies, certains rayons de grandes surfaces, les coiffeurs à domicile… Les interdictions pleuvent dans la confusion.

Il y a quelques années, un rapport parlementaire avait souligné l’absurdité de notre réglementation fiscale par un exemple édifiant : un sandwich, selon le lieu et les circonstances dans lesquels il était consommé, pouvait être assujetti à quatre taux de TVA différents. La casuistique dans laquelle s’est enfermé le gouvernement à propos de la fermeture des « petits commerces » montre que, même en temps de crise aiguë, la passion de la norme, de l’interdiction et de la réglementation a de beaux jours devant elle.

Depuis l’annonce des modalités retenues pour ce nouveau confinement, jeudi dernier, les ajustements apportés ressemblent à un jeu perdant-perdant pour l’activité, et tout cela au nom d’une autre passion française, celle de l’égalité. Puisque les librairies doivent rester fermées, on décide d’interdire la vente de livres dans les grandes surfaces autorisées, elles, à ouvrir leurs portes au nom de la « première nécessité ». Ce premier mouvement réglementaire réducteur, destiné à ne pas favoriser les secondes au détriment des premières, en a entraîné d’autres, comme c’était prévisible. Dimanche, pour prévenir une jacquerie des petits commerçants, Jean Castex a annoncé que les enseignes autorisées à recevoir des clients ne pourraient plus leur vendre, à dater d’aujourd’hui, de produits « non essentiels ». Mais, comme le décret tardait à venir lundi soir, pour énumérer les rayons désormais inaccessibles, le Premier ministre a annoncé une « tolérance » jusqu’à demain mercredi.

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a ajouté sa pierre à l’édifice, lundi matin sur RTL, en corrigeant à sa façon l’injustice qui frappe les salons de coiffure. Par quelle action administrative éclair ? L’interdiction d’exercer pour les coiffeurs à domicile, « par souci d’équité ». Et d’ajouter, très sérieusement, à l’adresse des Français, qu’il n’est « pas raisonnable de laisser un coiffeur à domicile venir chez vous ». L’habillage sanitaire de dernière minute pour justifier une nouvelle restriction, par ailleurs impossible à contrôler, a de quoi laisser perplexe.

Un dialogue de sourds

Cet entêtement à surréglementer est, certes, d’ordre culturel dans notre pays. Toutefois, la nomination de Jean Castex répondait, si l’on a bien compris, à la nécessité de renouer avec le terrain et d’entamer un dialogue fécond avec les élus locaux. C’est raté. Si une minorité de maires ont pris des arrêtés qu’ils savent illégaux pour alerter sur la situation de leurs centres-villes, une majorité d’entre eux disent leurs inquiétudes pour de très petites entreprises qui risquent de ne pas survivre à une seconde interruption d’activité.

Pour tenter de faire baisser le niveau de colère sans donner le sentiment de rétropédaler, Jean Castex et Bruno Le Maire font d’ores et déjà miroiter des assouplissements de la règle dès le 12 novembre, moyennant de nouveaux protocoles sanitaires. Personne n’oublie que la deuxième vague de l’épidémie a surpris par son ampleur. Mais n’aurait-il pas été plus sage de commencer par dialoguer avec les représentants des commerçants et avec les élus locaux avant d’édicter des règles qui apparaissent comme inapplicables dans la durée ?

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