Il va y avoir des « morts »…

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. La réponse à la crise sanitaire et économique fondée sur la seule distribution illimitée d’argent public transforme la France en zombie.

Le 2 juin, Emmanuel Macron célébrait « le retour des jours heureux » et saluait la réouverture des cafés, des bistrots et des restaurants, « part de l’esprit français, de notre culture et de notre art de vivre ». Le 14 octobre, il annonçait la mise en place, pour six semaines, d’un couvre-feu de 21 heures à 6 heures du matin dans huit métropoles, étendu depuis à 54 départements où vivent 46 millions de Français, vouant à la liquidation nombre de ces mêmes cafés, bars et restaurants ainsi que de multiples lieux culturels qui entraînent dans leur chute producteurs et artistes.

Emmanuel Macron a ainsi effectué un nouveau revirement dans sa gestion de la pandémie de Covid-19. Il a admis que l’épidémie s’inscrit dans une durée longue. Il a surtout acté la perte de contrôle de la situation sanitaire et économique. La stratégie du yoyo, qui alterne ouverture et fermeture de l’activité et de la société, découle de l’échec du déconfinement en France, contrairement à l’Allemagne et à l’Europe du Nord. Le reconfinement nocturne implique, par ailleurs, la rechute de notre économie dans la récession, réduisant à néant l’hypothèse retenue par le projet de loi de finances d’une croissance de 8 % en 2021 et ruinant tout espoir de retrouver son niveau de production de 2019 avant 2023, au mieux.

Trois secteurs d’excellence

L’instauration du couvre-feu dans les métropoles s’analyse comme un second choc d’offre décidé par le pouvoir politique après celui du confinement au printemps. Il frappe de plein fouet trois secteurs d’excellence de notre économie : la restauration et l’hôtellerie ; le tourisme ; la culture et les loisirs. L’aéronautique, pour sa part, n’attend pas de retour à son niveau d’activité antérieur à l’épidémie avant 2025. Les activités directement touchées représentent 9,4 % du PIB. Elles fonctionneront, au mieux, au tiers de leur capacité, amputant durablement la France de 6 % de sa richesse, déstabilisant les services et affaiblissant sa position internationale, comme le montre la chute de 20 % des exportations et l’explosion du déficit commercial à 80 milliards d’euros.

Au-delà de l’échec programmé de la relance, le reconfinement nocturne engage notre économie dans une spirale d’attrition, aggravant les lourdes séquelles laissées par le mouvement des Gilets jaunes et par les grèves contre la réforme des retraites. Les rares pôles d’excellence qui subsistaient vont connaître une vague de faillites et de suppressions d’emplois, contaminant les banques par la multiplication des créances douteuses et réduisant encore le secteur privé, qui ne représente plus que 35 % de la richesse nationale. La dévastation du commerce, de l’artisanat et des indépendants accélérera la désintégration de la classe moyenne et grossira les rangs des nouveaux pauvres. L’étau du double déficit budgétaire et commercial étouffera la croissance. La crise financière sera inéluctable lorsque la BCE cessera d’acheter la totalité des émissions de titres de la dette française et que les taux remonteront. Le déclassement de la France – pays du sud de l’Europe sous-compétitif, surendetté et paupérisé –, s’apprête ainsi à devenir irréversible.

Les dirigeants français cherchent vainement à masquer la situation critique qu’ils ont créée. Les Français, eux, en ont pris clairement la mesure, en constituant une épargne de précaution de 80 milliards d’euros, tout comme les entreprises viables, qui ont accumulé 160 milliards de liquidités et nos partenaires étrangers, qui suspendent commandes et investissements.

La réponse à la crise sanitaire et économique fondée sur la seule distribution illimitée d’argent public transforme en effet la France en zombie, soit une entité vidée de sa substance et privée de toute volonté ou capacité d’action. Zombies les entreprises françaises, dont les pertes de revenu se sont élevées à 50 milliards d’euros au premier semestre (contre 43 et 23 milliards pour leurs concurrentes allemandes et italiennes), aujourd’hui privées de fonds propres mais gavées de 120 milliards d’euros de prêt garanti par l’État (soit 20 points de valeur ajoutée de dette supplémentaire) qu’elles n’auront pas les moyens de rembourser. Zombie le million d’emplois en sureffectif portés par le chômage partiel de longue durée, qui s’ajoute à la destruction de 840 000 postes de travail en 2020. Zombie la société atomisée par la multiplication de personnes en situation de pauvreté, de précarité et d’anomie, qui dépendent pour la totalité de leurs revenus des transferts sociaux. Zombie l’État dont les dépenses et la dette explosent alors que sa base fiscale rétrécit et qu’il est impossible d’augmenter les taux qui sont les plus élevés du monde développé pour toutes les catégories d’impôts. Zombie la France qui est en passe de remettre sa souveraineté entre les mains de l’Allemagne (où la récession sera limitée à 5,4 % du PIB et qui retrouvera son niveau de richesse dès 2021) et de l’Europe du Nord, qui garantissent le financement de sa dette publique à travers l’euro et les subsides du plan de relance de l’Union, au risque d’une révolte de leurs contribuables.

Un État obèse et impuissant

Le reconfinement partiel, qui porte le coup de grâce à la partie de la France qui tentait de se relever, n’avait pourtant rien de fatal. Sa responsabilité ne revient pas aux Français mais à Emmanuel Macron et à son gouvernement qui n’ont tiré aucune leçon du Juin 1940 sanitaire du printemps dernier. La solution est pourtant connue, comme l’ont montré l’Allemagne, la Scandinavie, Taïwan, la Corée du Sud ou la Nouvelle-Zélande. La condition première est de maîtriser l’épidémie via la stratégie « tester, tracer, isoler, soigner ». Elle implique de déployer des tests rapides et groupés – dont l’homologation est bloquée depuis de longs mois ; d’arrêter le fiasco ruineux de l’application StopCovid – rebaptisée TousAntiCovid sans aucune amélioration –, pour déployer celles qui ont fait la preuve de leur efficacité à l’étranger ; d’instaurer un isolement effectif et contrôlé des malades, d’augmenter la capacité en lits de réanimation qui reste bloquée à 5 800 depuis le printemps ; de coordonner enfin hôpitaux, cliniques et médecins de ville. Pour l’économie, l’urgence n’est pas de déverser des prêts et des aides sociales mais de limiter au minimum le choc d’offre, de renforcer les fonds propres des entreprises, d’accompagner le redéploiement des entreprises et des emplois en sursis.

La vie privée des Français, les libertés publiques, la survie de nos entreprises, de nos emplois et de nos revenus sont prises en otage par la faillite d’un État obèse et impuissant, qui se révèle tout aussi impréparé, incohérent et inefficace face à la seconde vague de l’épidémie que face à la première. En 2017, Emmanuel Macron a hérité d’une France affaiblie et dévalorisée. En 2022, il laissera une France diminuée et définitivement déclassée.

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