Clichy-sous-Bois .2.

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Pourquoi ce rapport « Les quartiers pauvres ont un avenir ?

Dans la foulée de mon travail sur La Fabrique de l’islamisme pour l’Institut Montaigne, je (Hakim El Karoui ) souhaitais porter sur les quartiers pauvres un regard économique. On connaît le contexte : ces quartiers inquiètent, la pauvreté y est forte et l’islam politique – et le djihadisme ! – y prospère. Nous éprouvons des difficultés à « faire France ». Mais est-ce que cela va aussi mal qu’on le croit ? C’est la question à laquelle je voulais répondre, sans pathos. Et la réalité est plus encourageante qu’il n’y paraît.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris durant cette année de recherches ?

 Les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) sont victimes de nombreuses idées reçues. D’abord, ce ne sont pas des territoires d’assistés. Ils contribuent bien plus au financement de la protection sociale qu’ils n’en profitent. Les habitants de Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France, sont les huitièmes contributeurs… et les derniers receveurs ! Les habitants des quartiers pauvres constituent « l’armée de réserve » d’une partie de notre économie. Sans eux, la société ne tient pas.

Vous réactivez la guerre des territoires ?

Je n’oppose personne et je n’ai rien contre les petites villes. Mais ne nous trompons pas : la France a besoin de métropoles puissantes. Je sais que ce rapport va déplaire à la gauche et à la droite. À la première, car il faut accepter que certains territoires restent pauvres. Ça n’est pas le plus grave. Ce qui l’est, c’est que leurs habitants le restent, de génération en génération. À la seconde, car l’image de l’immigré assisté est fausse. Tout comme celle de ces quartiers qui vivent du trafic de drogue alors qu’il représente, selon nos calculs, 20 000 emplois en équivalent temps plein. C’est bien peu au regard des 5,5 millions de Français habitant en QPV. Enfin, « le puits sans fond » que constitueraient ces territoires, c’est une lubie ! L’État y met peu d’argent en fait.

L’un de leurs maux reste l’hyper concentration migratoire…

Les banlieues pauvres de l’agglomération parisienne sont des « Ellis Island » à la française, une terre d’accueil des immigrés et des plus précarisés. Depuis trente ans, la nouvelle immigration s’installe très majoritairement en Île-de-France, là où il y a du travail, des proches et des logements sociaux pas chers. Mais à force de concentrer toute la misère du monde au même endroit – parce qu’on n’en veut pas ailleurs -, ne nous étonnons pas des difficultés que cela engendre ! On parle de repli communautaire, mais pourquoi vivent-ils comme dans le pays d’origine (d’ailleurs réinvente) ? Parce qu’ils ne sont plus en contact avec la population majoritaire. On parle d’universalisme alors que localement, on pratique le différentialisme et le profilage ethnique en divisant les populations par nationalités et par bâtiment. Le problème, ce n’est pas le nombre d’immigrés – leur proportion a à peine changé en trente ans, c’est leur concentration.

Quelles sont les solutions ?

D’abord, répartissons mieux les nouveaux arrivants. Ensuite, évitons que des communes comptent 70 % de logements sociaux et limitons le plafond à 40%, cela évitera de concentrer la pauvreté. Il est nécessaire d’avoir enfin une vraie stratégie de la promotion sociale et de la lutte contre la pauvreté, dont l’exécution serait interministérielle reposant sur une «ANRU* des habitants » à côté de l’AN RU des bâtiments. L’espoir est là : les quartiers pauvres des métropoles peuvent s’en sortir grâce aux emplois dans les services (logistique, restauration, grand âge…), une grande mobilité, et une forte compétitivité, car le foncier n’y est pas cher. C’est beaucoup plus dur dans les QPV des petites villes. Regardez Béziers et sa périphérie qui s’enfonce. Il est temps de changer de stratégie : on peut éduquer, soigner, intégrer plus et exclure moins. La République fonctionne malgré tout. Mais on doit collectivement faire mieux. Et lutter ainsi plus efficacement contre l’islamisme, qui prospère quand la République ne tient pas toutes ses promesses.

  *Quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV)

 *Agence nationale pour la rénovation urbaine

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