France : Faire réagir les lâches !

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« Cet acte horrible est la dernière chose capable de faire réagir les lâches »

Enseignante et essayiste engagée en faveur de la laïcité, Fatiha Boudjahlat dénonce le substrat culturel qui a rendu possible cet attentat odieux.

Fatiha Boudjahlat est professeure d’histoire-géo en réseau d’éducation prioritaire dans l’académie de Toulouse. Pour cette militante laïque au tempérament affirmé, « les actes horribles sont la dernière chose capable de faire réagir les lâches ». L’effroyable décapitation d’un enseignant à Conflans-Sainte-Honorine est un attentat islamiste d’une profonde gravité et qui pourrait susciter une prise de conscience dans la communauté enseignante comme dans le pays. Défenseure d’une application rigoureuse des principes de la laïcité notamment à l’école, elle dénonce la grande rigidification de la norme religieuse en cours et le rôle joué par les discours de victimisation portés par des associations en guerre contre l’universalisme. Interview d’une prof révoltée.

Le Point : Est-il devenu impossible d’enseigner la laïcité au collège ou au lycée ?

Fatiha Boudjahlat : Ce sujet me tient à cœur et je l’aborde avec exigence scientifique. Je fais du droit et je démultiplie les sources, j’organise des débats sur des sujets comme « peut-on critiquer ou se moquer de la religion ? », sur Mila, sur les menus confessionnels ou sur le burkini. On travaille sur des supports variés qui vont du simple tweet au texte de loi, en passant par l’édito. On relève les arguments, on débat, mais je veille surtout à ce que les élèves ne puissent pas choisir le point de vue qu’ils vont défendre. C’est comme cela qu’ils comprennent qu’une opinion n’est qu’une opinion. Elle peut les vexer, et alors ? Il faut être ferme. J’ai le souvenir d’un élève qui avait refusé de faire la minute de silence après les attentats de 2015. J’ai été claire : « Vous prenez votre table, vous la retournez contre le mur, vous ne faites désormais plus partie de cette classe. » Cet élève a fait cette minute de silence et ne se souvient même plus de cet épisode aujourd’hui. Son attitude dénotait un conflit de loyauté, il ne faisait que ce qu’il supposait que ses parents attendaient de lui. Cela lui aurait permis de se dire qu’il n’avait pas trahi ses parents.

Les derniers chiffres du ministère indiquent que les atteintes à la laïcité sont aujourd’hui de plus en plus le fait de parents d’élèves…

J’en veux infiniment à ces parents. Je vois déjà les argumentaires qui avancent qu’ils n’ont pas incité à la violence fleurir sur les réseaux sociaux. Mais ils savaient très bien ce qu’ils faisaient, cherchant à entretenir cette idée qu’ils sont à part, qu’ils ne sont pas comme les catholiques, qu’eux croient vraiment. Ce qui me touche, c’est qu’il y a aujourd’hui des enseignants qui ont peur de ne pas être soutenus, et je ne peux pas leur donner totalement tort.

Cet événement va-t-il marquer un tournant dans la culture du corps enseignant ?

Ce qui s’est passé est aussi grave que Charlie ou le Bataclan. On ne cesse de franchir les échelons. Je ne suis pas certaine que les syndicats se montreront courageux, il faudra regarder ce qui se passe dans les jours à venir. Les actes horribles sont la dernière chose capable de faire réagir les lâches. Cette décapitation médiévale à la Daech fait réagir les lâches, prenons-en acte. On a déjà largement perdu la bataille. On voit bien que Jean-Michel Blanquer veut défendre les valeurs de la République, mais qu’il doit d’abord gagner la bataille contre sa propre administration. Il faut que l’indicible se produise – un prof décapité en France – pour que les gens réagissent. Nous le constatons tous les jours, l’orthodoxie religieuse devient la norme et les accommodements ne sont en aucun cas une solution. Plus on sera sympas et accommandants, plus on encouragera l’orthodoxie. Encore une fois, il n’y a que la fermeté qui paye.

Qu’attendez-vous de votre autorité de tutelle et, plus largement, de la classe politique ?

J’attends des propos forts, je n’en peux plus des « oui, mais ». On le constate, ce « mais » est un droit à tuer. J’attends que l’administration remette les parents à leur place et protège ses enseignants. Il n’y a pas de loi supplémentaire à faire pour cela, c’est une culture administrative qui doit changer pour soutenir ses enseignants. Dans les établissements ghettoïsés, c’est la course à qui sera le plus musulman. Il faut casser ces ghettos, fermer ces établissements, qu’importe la vindicte des syndicats de gauche qui ne manqueront pas de s’offusquer. Il faut piloter et encourager la mixité pour que ce soit efficace. Il faut qu’on tienne bon là-dessus, car il n’y a qu’à l’école que les enfants entendent un autre son de cloche.

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