Région : Lyon – Insécurité : le grand ras-le-bol !!!

Le nouveau maire, Grégory Doucet, est très attendu sur ce sujet sensible, alors que les vols avec violence auraient bondi de 30 % depuis le déconfinement.

Patrouille de la police municipale dans le centre-ville, rue de la République.

Parole de flic lyonnais : « La sécurité sera une épine dans le pied du nouveau maire de Lyon. » Pourtant, Grégory Doucet l’assure : « C’est l’un de mes principaux sujets avec la crise sanitaire, qu’on ne vienne pas me dire que je ne m’en occupe pas ! » De fait, l’écologiste fait tout pour éviter le procès en angélisme. Pour lutter contre les rodéos urbains, il a prolongé la vidéoverbalisation – mise en place sur la Presqu’île l’an dernier – jusqu’au 31 janvier 2021 et étendu son périmètre aux pentes de la Croix-Rousse et aux quais de Rhône et de Saône. Il a réclamé au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, 200 policiers nationaux de plus et annoncé qu’il porterait les effectifs de la police municipale de 300 à 350, ce qui correspond en réalité à l’effectif théorique de la ville de Lyon. « Mais nous voulons porter celui-ci à 370 », annonce l’adjoint à la sécurité Mohamed Chihi. « Si l’État veut que les communes prennent plus de prérogatives, il me faut les ressources », défend Grégory Doucet.

« Vouloir augmenter les effectifs, c’est très bien, mais ce sont des paroles. Les policiers sont fatigués, et leurs collègues n’ont pas forcément envie de venir travailler à Lyon », rétorque Nathalie Balmat, à la tête du collectif d’habitants La Guillotière en colère, où elle vit depuis vingt-huit ans. « Un quartier cosmopolite, multiculturel, qui a toujours accueilli les vagues d’immigration, décrit-elle. J’ai choisi d’acheter mon logement ici, je savais où je mettais les pieds. » Depuis trois ans pourtant, elle observe « une dégradation assez monstrueuse, une ghettoïsation et une montée du communautarisme ». Elle prend soin de préciser : « Je sais que ce sont des mots forts, je les utilise à bon escient. »

Trafics.

Les policiers parlent, eux, de « zone d’exclusion ». « Le samedi matin, sur l’avenue de Saxe, il n’y a aucune femme dans les bars, elles ne sont pas les bienvenues », témoigne l’un d’entre eux. Nathalie Balmat évite désormais de passer par la place Gabriel-Péri, mitée par la vente de cigarettes à la sauvette et des trafics en tout genre qui se déploient au grand jour : « Au mieux, on se fait harceler, au pire, on se prend un coup. À partir de 17-18 heures, certains habitants ne peuvent plus rentrer chez eux car les trafiquants bloquent l’entrée des immeubles. Il y a même eu des incendies dans les parties communes. Ce n’est pas qu’un sentiment d’insécurité : j’ai vu des bandes s’affronter à coups de barre de fer et de couteau dans ma rue ! »

370 policiers municipaux C’est l’objectif que la nouvelle mairie veut atteindre. L’effectif théorique de la ville de Lyon est de 350 agents, mais ils ne sont aujourd’hui que 300.

À quelques centaines de mètres, de l’autre côté du Rhône, la Presqu’île, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, est aussi en proie à cette explosion de violence. Depuis son arrivée fin juin à la tête de la mairie du 2e arrondissement, Pierre Oliver croule sous les courriers de riverains exaspérés. « Les habitants fuient la Presqu’île. À la rentrée, on a fermé deux classes à l’école Lamartine et une à Michelet. Les gens se disent que tant qu’à payer cher, autant habiter dans l’Ouest lyonnais », s’inquiète le jeune élu LR, qui a proposé un plan contre les rodéos.

Sarah Bodhuin n’en est pas encore là, mais elle quitte la ville le week-end. Cette mère de trois enfants ne supportait plus les concerts de klaxons en bas de son immeuble de la rue Édouard-Herriot : « On attendait le vendredi soir la boule au ventre. C’étaient des files ininterrompues de voitures qui klaxonnaient sans discontinuer de 22 heures à 3-4 heures du matin. Pendant un an, j’ai emmené mon aîné de 10 ans chez le psy, car il ne dormait plus, et mon fils de 3 ans ne peut plus s’endormir seul : il croit qu’il y a des monstres dehors à cause des hurlements. » Certes, les rodéos et les tapages nocturnes ne sont pas nouveaux dans le centre de Lyon, mais les réseaux sociaux ont amplifié le phénomène, en créant des boucles de rassemblement incontrôlables. En mars 2019, Sarah a créé avec une amie un compte Facebook pour dénoncer ces débordements. Le groupe s’est rapidement transformé en collectif, Presqu’île en colère, et fédère aujourd’hui 4 200 habitants. Il a lancé fin 2019 un premier contentieux contre la ville de Lyon, qui est toujours en cours d’instruction.

Concorde. Nathalie Balmat (à g.), de La Guillotière en colère, et Sarah Bodhuin, de Presqu’île en colère, ont lancé en septembre avec d’autres collectifs une action en justice contre l’État pour qu’il agisse davantage contre l’insécurité.

Collectifs.

Depuis, d’autres quartiers de Lyon – la Guillotière, Gerland, les Pentes, la Duchère – et de Villeurbanne – la rue du 4-Août, Charpennes, le Tonkin – ont constitué des collectifs semblables. Avec la Presqu’île, ils se sont rassemblés au sein de Lyon en colère, qui a lancé début septembre une autre action en justice, cette fois contre l’État. « Le premier contentieux concernait la ville, car il s’agissait de troubles à la tranquillité publique. Depuis, ces troubles ont débordé sur tous les quartiers et se sont mués en agressions et rixes. Ils concernent donc le préfet », explique leur avocat, Me Édouard Raffin, qui réclame plus de policiers nationaux et une action préventive et répressive plus soutenue. Une phase amiable a été engagée avec le préfet, mais le tribunal administratif pourrait être saisi d’ici à deux mois, faute de réponse satisfaisante. « On obligera alors l’État à faire le bilan de son action en matière de sécurité », poursuit Édouard Raffin. Une procédure pour carence fautive, qui a déjà permis de condamner Paris il y a deux ans et Marseille cet été. Problème : les chiffres reflètent mal la réalité. D’après Mohamed Chihi, « il n’y a pas d’explosion de la délinquance puisque celle-ci n’a augmenté que de 2 % entre juillet 2019 et juillet 2020 ». Les chiffres de la préfecture font même état d’une baisse de 3 % des atteintes volontaires à l’intégrité des personnes, mais ils ne tiennent pas compte du fait que la période de confinement a été beaucoup plus calme.

Jeunes désœuvrés.

Selon une source policière, les vols avec violence auraient bondi de 30 % depuis le déconfinement, et les tentatives d’homicide par balle ou couteau de 100 % ! Des faits qui résultent d’une volonté de reprise en main de points de deal, comme au Tonkin – dont les habitants demandent le classement en quartier de reconquête républicaine –, ou de rassemblements, comme ceux en centre-ville, de jeunes désœuvrés, alcoolisés, venant de la première couronne et, Covid oblige, privés de leurs lieux de sortie. Mohamed Chihi promet de lutter contre ce désœuvrement en réfléchissant à une meilleure distribution des loisirs nocturnes sur l’ensemble de la métropole. « D’ici à douze mois, nous allons aussi créer un observatoire de la tranquillité pour comprendre ces phénomènes de délinquance, car nous avons besoin d’objectiver la situation », estime l’élu. De quoi faire bondir les habitants : « Mais enfin, le diagnostic est connu ! Ce que nous demandons, ce sont des mesures urgentes », s’étrangle Nathalie Balmat. Parmi celles-ci : la rénovation des caméras (dont certaines n’enregistrent pas), très attendue par les policiers. Mais ils devront encore patienter : la ville prévoit un audit de la vidéosurveillance… pour la fin du premier semestre 2021.

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