France : Entretien avec …Une Grande Dame.

L’ex-ministre de Nicolas Sarkozy se montre critique face au grand discours du président sur le séparatisme et alerte : la situation se dégrade.

Dans Ma République se meurt, elle alertait en 2013 sur la progression du communautarisme religieux.

Sept ans après, alors que le président de la République a lancé un grand plan contre le séparatisme – avant d’en enlever le mot du projet de loi –, Jeannette Bougrab reste une infatigable militante de la laïcité. Pour elle, les annonces d’Emmanuel Macron sont un flou artistique et attendent des actes. L’ancienne secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de la Vie associative de Nicolas Sarkozy revient sur le devant de la scène littéraire avec un livre coup de poing, Un silence de mort (éd. du Cerf), sur « cette sale guerre oubliée du Yémen », et livre au passage une leçon d’humanisme. Le Point est allé à la rencontre de cette républicaine acharnée et féministe de la première heure (entretien réalisé avant l’attaque de Conflans) qui n’hésite pas à lâcher ses coups. Entretien.

Le Point : Après Nicolas Sarkozy et François Hollande, c’est au tour d’Emmanuel Macron de s’attaquer à l’islamisme. Quelle différence, cette fois-ci ?

Jeannette Bougrab : Je crois qu’il s’y prend un peu tard, mais mieux vaut tard que jamais. Il aura fallu attendre trois années pour que le président du République arrive à nommer les choses et dans des termes qui peuvent prêter à confusion. Je ne comprends pas vraiment l’emploi du terme séparatisme pour finir par utiliser le concept de laïcité dans le projet de loi, ce qui aurait été plus pertinent dès le début. La laïcité est inscrite dans la Constitution, c’est un principe constitutionnel qui s’inscrit dans notre tradition républicaine. On aurait su immédiatement de quoi il s’agit. On joue sur les mots alors qu’on parle de mouvements qui travaillent en profondeur la société française et qui ont conduit certains à commettre le pire. Ce qui me gêne, c’est qu’il n’emploie pas un lexique approprié. Il y a un repli communautaire, autant parler de communautarisme.

Mais comme Emmanuel Macron est un communautarien au sens anglo-saxon du terme, il a du mal à revenir sur son logiciel à cause de sa jeunesse, de sa formation et de son parcours. Il ne faut pas oublier qu’en octobre 2016, dans un entretien publié dans Marianne, alors qu’il n’était pas encore candidat à l’élection présidentielle, il parlait de « laïcité revancharde ». Depuis quelques années, la France a glissé vers un modèle communautariste sans qu’on l’ait dit aux Français. Ma conception de la République est à l’opposé et j’estime que dans l’espace public, il doit y avoir une forme de neutralité pour permettre à tout le monde de vivre ensemble quelles que soient sa religion, ses origines. Je crois qu’il a mis trop de temps. Il reste seulement deux ans et le processus peut être long. Après ce discours, la montagne va sans doute accoucher d’une souris.

Je ne crois pas avoir entendu que les Mureaux faisaient sécession.

C’est la fin de l’innocence pour le président de la République ?

Ne vous méprenez pas, je partage le constat dressé par les autorités et le président de la République. Je crois qu’aujourd’hui, il n’a plus cette vision erronée ou naïve de la société française, et pas seulement en ce qui concerne les quartiers. Je pense que le constat est juste, mais que les solutions qu’il propose relèvent plus du saupoudrage. C’est aussi une méconnaissance de ce que sont les flux migratoires ou les Français venus d’ailleurs. Je suis d’origine algérienne, la plupart de mes amis ne parlent pas arabe mais kabyle. En Algérie, ils se battent pour l’identité berbère après qu’on leur a imposé violemment l’arabe, notamment dans les manuels scolaires après l’indépendance. En France, on voudrait imposer l’apprentissage de l’arabe à l’école pour lutter contre le séparatisme : c’est absurde, c’est le monde à l’envers !

La communauté la plus fermée, ce sont les Turcs qui revendiquent de plus en plus d’écoles sur le modèle des lycées français à l’étranger. Il y a une forme de maladresse lorsqu’on dit que les imams doivent être formés en France. Comment légalement pourrait-on interdire à un étudiant d’aller étudier la théologie au Caire ? On sent bien que les conseillers du pouvoir ont compilé à la va-vite des dossiers sans maîtriser vraiment les sujets. Le séparatisme, c’est très vague d’un point de vue juridique et ça concerne en général les territoires. On parle de séparatisme basque, corse, l’appliquer à des individus qui rejettent les lois de la République ne me semble pas adapté, agissons au lieu de tergiverser sur la sémantique. Je ne crois pas avoir entendu que les Mureaux faisaient sécession.

Dans le pays de la laïcité, dans le pays de Voltaire, on se préoccupe d’abord des lieux de cultes.

Les déclarations du président de la République ont provoqué de vives réactions à l’étranger, certaines autorités religieuses l’ont qualifié de « raciste » …

L’État doit exiger le respect des principes qui sont inscrits dans la Constitution et dans les textes de loi. Sur l’influence étrangère, les gens ne le savent peut-être pas mais l’essentiel des flux provient de la poche des fidèles souvent modestes. Il est vrai qu’ils n’ont pas assez de ressources pour construire des mosquées cathédrales, mais ce n’est pas le sujet. Dans les quartiers populaires, on devrait se préoccuper de savoir pourquoi il n’y a pas de bibliothèque, de théâtre, de cinéma plutôt qu’une mosquée. Pourquoi l’aide aux devoirs n’est pas assurée par des professeurs suffisamment payés plutôt que par des associations religieuses radicales ?

Le vrai sujet, c’est que dans le pays de la laïcité, dans le pays de Voltaire, on se préoccupe d’abord des lieux de cultes. Et puisqu’on parle beaucoup de la période coloniale, le sentiment d’être stigmatisé vient aussi de cette mise sous tutelle d’une religion par l’État. Parce qu’ils ne seraient pas capables, l’État va le faire pour eux alors qu’il n’a pas à s’en mêler. Les musulmans français ne se lèvent pas tous les matins en se disant qu’ils sont musulmans. Ils sont pères, mères, frères et sœurs, fonctionnaires, avocats, médecins, ouvriers. Ce qui me gêne, c’est qu’on les réassigne en permanence à leur identité religieuse.

A-t-on péché par ignorance ?

Au lieu d’accueillir les nouveaux penseurs qui tentent de réformer l’islam au péril de leur vie, on a hébergé en France des prêcheurs radicaux comme certains membres du Front islamique du salut (FIS). Je rappelle que la décennie noire en Algérie, ça peut vous faire réfléchir, c’est plus de 200 000 morts. C’est la France qui a accordé l’asile à Khomeyni. Voyez comment nos « élites » se sont fourvoyées, à l’instar d’un Michel Foucault qui le prénommait le saint homme. Il n’est pas étonnant que l’on ait connu des actes terroristes par la suite. Le monde musulman, dans sa diversité, est en crise et la France n’est pas coupée du reste de la planète. Ce qui se passe au Yémen par exemple nous concerne, la fatwa contre Charlie Hebdo a été lancée par AQPA, Chérif Kouachi y a séjourné.

Une partie gauche a-t-elle tort de dénoncer l’islamophobie de la société française ?

C’est un calcul purement clientéliste. Les musulmans sont devenus leurs nouveaux prolétaires. Je suis très surprise de les entendre défendre le burkini, le voile… Ces gens-là se contrefichent des combats menés dans les pays arabo-musulmans pour le droit des femmes. En Égypte, il y a des procès contre des homosexuels qui ont été condamnés à plus de trois années de prison ferme. Plus qu’une ignorance, il y a une forme de bêtise occidentale. Je ne crois pas qu’on ait vraiment progressé depuis 2015. Si vous osez dire ou écrire cela, on vous le fait payer, on vous poursuit devant les tribunaux, c’est une chasse aux sorcières. Je le sais, j’ai été poursuivie pour islamophobie, moi, la fille de Harkis. Aujourd’hui, on sublime une religion sans s’inquiéter de ce qui se passe ici ou ailleurs.

Vous avez été, à votre façon, l’une des premières représentantes de la société civile à endosser un ministère en 2010. Quel regard portez-vous sur le nouveau monde ?

Je n’ai pas le sentiment de vivre dans un monde nouveau. Bien au contraire. Il y a toujours eu des représentants de la société civile dans les gouvernements. La liste est longue. Je connais certains membres des gouvernements d’Emmanuel Macron comme Bruno Le Maire ou Nicole Belloubet, l’ancienne garde des Sceaux, qui était ma directrice de thèse. Déjà à l’université, c’était une femme libre, atypique, avec beaucoup de panache et pour qui j’ai beaucoup d’estime. Mais il y a des choses qui m’ont aussi agacée avec la nouvelle majorité. Je trouve qu’il y a eu de vraies occasions manquées, comme sur les violences faites aux femmes, l’une des grandes causes du quinquennat.

Je suis peut-être sévère, mais l’une des promesses faites par Emmanuel Macron, à la veille de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, était de fixer un âge en deçà duquel le consentement ne pouvait être admis afin de protéger des petites filles âgées parfois seulement de onze ans victimes d’agressions sexuelles. Les chiffres sont très mauvais en matière de violences conjugales. Le nombre de féminicides a augmenté. Il y a eu beaucoup de communication, mais pour combien de vies épargnées ?

On pense évidemment à Marlène Schiappa, l’ancienne secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, à la tête de ce Grenelle des violences conjugales…

Je lui reconnais des qualités certaines sur le plan de la communication, mais les moyens financiers et en ressources humaines ne sont pas là. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, mais parfois il vaut mieux faire que communiquer. Il ne suffit pas de faire des tweets. Quand on regarde les chiffres des violences conjugales, près de 20 % en plus, on ne peut que s’interroger sur l’efficacité de cette politique.

Je pense que les gens ont une image fausse ou injuste de Nicolas Sarkozy

Vous avez côtoyé Roselyne Bachelot au gouvernement, une femme de caractère…

C’est une femme très intelligente, très érudite, elle connaît le monde de la culture, mais je pense qu’il reste peu de temps. Elle va sans doute apaiser le monde de la culture qui souffre entre le cinéma, les auteurs, les intermittents et les théâtres fermés. Les sujets cruciaux ne se comptent plus. C’est une ministre compétente, elle connaît la machine de l’État, elle ne se fera pas berner par Bercy. Il nous faut des femmes d’expérience.

Vous connaissez bien Nicolas Sarkozy, sa proximité avec le chef de l’État vous étonne-t-elle ?

Je pense que les gens ont une image fausse ou injuste de Nicolas Sarkozy. Je n’étais que secrétaire d’État de son gouvernement, avant-dernière ou dernière au rang protocolaire mais, depuis qu’il a quitté le pouvoir, il a toujours été présent dans les bons comme dans les mauvais moments de ma vie. Il m’a soutenue quand tous me tournaient le dos. Nous nous voyons toujours régulièrement. C’est un grand républicain et il estime que quand le chef de l’État lui demande son conseil, c’est son devoir de se mettre au service de la France. Comme il me le dit très justement, on a des devoirs envers son pays dont il ne souhaite que le meilleur.

Au Pakistan, des femmes créent des écoles mixtes et restent sur place en dépit du danger. En France, on a Alice Coffin et sa haine des hommes.

Vous avez pris des risques personnels et politiques pour défendre les droits de femmes. Que vous inspire le néoféminisme d’Alice Coffin ?

Elle est tellement attaquée qu’il serait dommage d’en rajouter. Ce mouvement-là, tout comme la « cancel culture », vient tout droit des États-Unis. Alice Coffin incarne aussi quelque chose. La preuve en est que le maire adjoint à la Culture, Christophe Girard, a dû démissionner. On piétine la présomption d’innocence. À partir du moment où il suffit d’avoir un article dans la presse pour que la machine judiciaire commence à vous broyer, il y a un problème. C’est plus large qu’Alice Coffin et ses comparses, en réalité. C’est une forme de déclin. Quand on est faible sur ses valeurs, que l’on n’affirme plus certains principes, c’est qu’on est voué à disparaître. J’ajoute que des valeurs que l’on pensait occidentales sont aujourd’hui défendues ailleurs par des femmes exceptionnelles, en Iran, au Pakistan. On oublie trop souvent de parler de Malala, cette militante pakistanaise des droits des femmes et Prix Nobel de la paix, victime d’une tentative d’assassinat par les talibans. Au Pakistan, des femmes créent des écoles mixtes et restent sur place en dépit du danger. En France, on a Alice Coffin et sa haine des hommes.

Depuis 2013…et qui a écouté cette Dame???

Maintenant il s’agirait de devenir sérieux !!!

Qu’ont fait les divers gouvernements depuis les attentats « Méhrad » … RIEN !

Très forts dans les condoléances et les jérémiades, mais nuls dans l’action !!!

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