Monde : «l’oppression des hommes»…

La romancière qui veut sortir les musulmanes de « l’oppression des hommes »

D’origine kurde, Sara Omar fait sensation au Danemark. Ses romans relancent le débat sur le séparatisme et lui valent de vivre sous protection policière.

Sara Omar est une romancière danoise d’origine kurde

« C’est mon arme ! » Montrant sa plume, Sara Omar, 33 ans, la nouvelle découverte de la littérature danoise, s’érige humblement comme « la voix qui brise le silence des femmes et des enfants opprimés dans le monde au nom de l’islam ». Avec son regard angélique dans un corps frêle, elle assure avec une voix ferme qu’elle a une mission : « aider les femmes musulmanes à se libérer de l’oppression des hommes ».

Romancière danoise originaire du Kurdistan irakien, elle suscite débats et controverses depuis la publication, le 30 novembre 2017, de son premier roman Dødevaskeren (« La Laveuse de morts »), un best-seller vendu à ce jour à plus de 100 000 exemplaires, un record pour une écrivaine novice dans un pays de 5,8 millions. Un ouvrage qui fera date dans le royaume scandinave, bouleversant, choquant et passionnant les médias et l’opinion publique, et qui sort le 14 octobre en librairie en France (Actes Sud).

La critique danoise unanime évoque « une littérature qui peut changer notre société », « un livre courageux que vous n’oublierez jamais », « une lecture émouvante et cruelle » ou encore « un premier roman violent, dur, déchirant et passionnant qui frappe son lecteur comme un coup de poing ». Il raconte l’histoire d’une petite fille Frmesk (« larme » en kurde), née comme Sara Omar le 21 août 1986 à Souleimaniyé, en pleine guerre entre l’Irak et l’Iran. Indésirable pour son père, ayant le tort d’être une fille, elle est élevée par Darwésh, son grand-père maternel, et Gawhar, sa grand-mère, laveuse des corps des femmes dites impures, victimes d’un crime d’honneur, et qui risque sa vie en les enterrant avec dignité.

Comme son héroïne, Sara Omar fuit la guerre avec sa famille à la fin de la décennie 1990, séjourne plusieurs années dans divers pays musulmans, où elle vit « la même manière oppressive de traiter les femmes et les filles, la même idéologie politique religieuse où les hommes utilisent le Coran comme une sorte d’arme de peur contre les femmes ». Réfugiée, elle débarque au Danemark en 2001 à l’âge de 15 ans, marquée par « les violences terribles vécues au Kurdistan et dans d’autres endroits envers les femmes et les fillettes ».

Sur sa vie privée, elle se mure dans le silence, gardant son « jardin secret pour des raisons de sécurité », mais confie, dans un murmure, être « la mère d’une fille tuée », qui aurait été « en vie si elle avait été un garçon ».

« Les autorités danoises et françaises qui font face à des sociétés parallèles, où les lois religieuses priment les lois de l’État »

Tant de souffrances et de traumatismes l’ont conduite à plusieurs tentatives de suicide. À la dernière, sur son lit d’un hôpital au Danemark, elle écrit les premières phrases de son roman, « une initiative qui m’a sauvé la vie ». Son livre a envoyé une onde de choc dans la communauté musulmane et libéré la parole des femmes. Des milliers d’entre elles ont témoigné sur les réseaux sociaux, sous des noms d’emprunt, des violences physiques et psychiques dans le foyer familial, des crimes d’honneur, des mariages forcés et du contrôle social dans des milieux musulmans conservateurs.

Un séparatisme semblable à celui en débat en France, selon Sara Omar, et qui « constitue un défi pour les autorités danoises et françaises qui font face à des sociétés parallèles, où les lois religieuses priment les lois de l’État ». Dans La Laveuse de morts, elle « dévoile l’hypocrisie de la société patriarcale, fondamentaliste, et lave le linge sale en public », ce qui lui vaut des menaces de mort et une protection policière.

« Je le fais, dit-elle, pour toutes les femmes silencieuses et muselées, qui sont systématiquement victimes de cette mentalité arriérée et pétrifiée, de cette idéologie religieuse et culturelle qui coûte à la fois la vie et la liberté. » Réconfortée par le succès de son début de romancière et par les nombreuses distinctions reçues, dont le prix de l’Institut danois des droits de l’homme, elle continue son combat avec son second livre Skyggedanseren (« La Danseuse de l’ombre ») sorti fin novembre 2019.

Elle espère que « le Danemark et la France deviendront des pays pionniers de la défense des droits des femmes et des enfants musulmans et », car « ils ne pourront jamais intégrer les immigrés si nous n’osons pas parler ouvertement des problèmes dans la société musulmane et lutter pour les femmes et les enfants asservis partout dans le monde. » Avec ses livres, « mes écrits de bataille », elle « veut réformer la partie sombre d’une religion, l’islam, qui contribue à détruire la vie de nombreuses femmes et enfants ».

« J’ai vu tant de femmes vivre une vie indigne. C’est pour elle que je me bats, contre cette culture patriarcale qui règne dans certains milieux musulmans. Je ne m’arrêterai pas. Je ne me tairai pas, quel qu’en soit le prix », assure-t-elle.

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